François Cabrit – Ineffable / LE PAVÉ D’ORSAY (FR)

Ineffable

Maître de la ligne claire, de l’ombre d’intense couleur

 Jusqu’au 19 décembre

Il existe un courant en France, sans doute le plus secret, toujours là tout au long de l’histoire,  toujours ressuscitant. On pourrait les nommer «  Les maîtres du paysage ». Il rassemble des peintres solitaires, français ou venus de loin,  qui ne se connaissent pas le plus  souvent.   François Cabrit est l’un d’entre eux. Il s’impose au regard. 

Son royaume est la forêt. Il la connaît charnellement depuis l’enfance. Il y a grandi. Elle lui appartient par l’amour qu’il lui porte.  Elle le nourrit, lui, contemplateur, chasseur, pêcheur, cueilleur. 

Celui qui aime passionnément ne peut seulement regarder.  Impérieusement  il lui faut saisir, prendre, embrasser.  Que faire d’autre alors si non dessiner, peindre, magnifier !

Tel fut le destin de François Cabrit. Lors de son passage aux Beaux Arts de Paris, il eut la chance de recueillir, auprès de Pierre Carron et Pierre Faure son assistant, quelques savoirs de métier, avant qu’ils ne s’évanouissent. 

Peindre le moindre brin d’herbe, arbre, mousse, roche, ciel, lui ont fait choisir une technique permettant de capturer la transparence mais aussi de rendre les effets de matière. Rugosité de l’écosse, velouté de la mousse, granité de la pierre… opérer une conjonction des opposés en quelque sorte. 

Quand l’amour impérieux commande.  le chemin apparait.  Tout commence par un travail à la détrempe  et se termine à l’huile, pour plus de matière et consistance. 

François Cabrit nous fait entrer visuellement dans le monde des sensations :  toucher,  sons feutrés, couleurs sourdes et intenses,  odeurs animales, végétales, minérales. Pour survivre dans la forêt tous les sens doivent être en éveil. Chaque tableau agit comme un précipité, un baume composé pour éveiller les cinq sens. 

Le gout du contraste, du paradoxe anime la peinture de François Cabrit.  Il appartient à ce courant qui traverse l’histoire de l’art,  les praticiens de la ligne claire qui, sans peur ; cisèlent chaque forme. Dans cette graande famille on trouve la très particulière tribu des « forestiers ». Ces sauvages de la peinture, gravure, sculpture,  aiment décrire le chaos de la forêt primaire,  sa vie grouillante mais secrète et silencieuse. Ainsi Dürer, Altdorfer, Hercule Seghers,  Rembrandt, Bresdin, etc. Tout y est précis et néanmoins inextricable. Comment décrire autrement la vieille forêt  où tous les arbres naissent, poussent et meurent en même temps ? 

On ne sait comment, malgré le trait si précis, François Cabrit  parvient à  associer ligne claire et  atmosphère brumeuse, ciels orageux, humidité, toutes choses profondément ressenties par le contemplateur, 

Les maîtres du dessin sont généralement peu doués pour la couleur, ce n’est pas le cas de François Cabrit qui  nous fait découvrir dans chacun de ses tableaux de nouveaux assemblages colorés, éclatants ou sourds, chauds ou glacials, intenses ou diaphanes, sombres ou rayonnants. Il est le peintre de l’ombre colorée se perdant doucement dans la profondeur du noir. 

 Il aime le contraste lumineux.  Grand outil de sa composition, ordre glissée secrètement sous le chaos forestier. Il morcèle comme pour un vitrail, sources lumineuses, ciels, rivières, lisières.   Ainsi circule la lumière qui dévoile les secrets de l’ombre.

Ce délicat et savant travail a le pouvoir de rendre apercevable la vie intérieure, l’âme si silencieuse et invisible.  L’interrogation métaphysique s’invite au détour d’un sentier, d’une lisière, permettant de voir soudain un horizon lointain : Qui suis-je ? Où suis-je ? Où vais-je ? 

Tous les ans,  la forêt avance en France,  silencieusement, réellement. Elle abrite, révèle, inspire  tout un monde de peintres, graveurs et sculpteurs  au métier et visions parfois remarquables. Leurs œuvres, dès qu’aperçues, sont aimées. 

François Cabrit est une belle figure de ce fort courant qui surgit aujourd’hui à la vue. 

 Aude de Kerros

Né à Montauban, François Cabrit en 1953 grandit dans l’Aveyron non loin de Villefranche de Rouergue, proche de la nature, de la forêt.

 Il fera son apprentissage aux Beaux Arts de Paris et partagera sa vie entre la capitale et sa forêt natale.

LE PAVÉ D’ORSAY

48 rue de Lille,
75007 PARIS, France

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Ligne 1 – Musée du Louvre-Palais Royal / Tuileries

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