Jessica Todd Harper – HERE / Centre Claude Cahun – Galerie Confluence (FR)

Photo: Jessica Todd Harper

Du 9 septembre au 17 décembre 2022

Jessica Todd Harper a passé une grande partie de son enfance à errer dans les musées avec un carnet de croquis, copiant des peintures. Cette préparation artistique traditionnelle a pris un cours inattendu lorsqu’elle a commencé à faire des photographies à l’adolescence, mais les toiles familières des héros de son enfance comme les peintres Whistler ou Vermeer ont toujours leurs influences dans son travail. Qui n’a jamais rêvé de se balader dans les univers des livres de Jane Austen, des films de Wes Anderson ou ceux des tableaux de Vermeer? La couleur y habite l’espace comme les objets. La présence des choses et des êtres nimbés de lumière en fait des pierres précieuses. Chaque action, chaque regard compose alors un chemin merveilleux où les meubles sentent le miel, les lourds tissus des rideaux deviennent des cavernes moelleuses, les bruits se font sourds feutrés par l’image et ce temps suspendu.

Les photographies de Jessica Todd Harper déploient ce monde épais qui donne à chaque scène représentée la force d’un roman. Dans La Recherche du temps perdu, Marcel Proust aime regarder le petit pan de mur jaune de Vue de Delft de Vermeer comme le moyen d’assoir le temps, la possibilité de donner à l’image la profondeur de l’existence. Ce petit pan de mur jaune est une matière dans la matière du tableau, une image dans l’image, comme si, selon Proust, Vermeer saisissait là non le moyen de représenter mais de présenter : donner accès à une tranche de temps. Jessica Todd Harper, saisit cette force de l’image : ces photographies ne sont pas des surfaces lisses, elle en fait des sons, des odeurs et nous laisse y vivre.

Chez Jessica Todd Harper, la maison est une scène où se déploient les tableaux du quotidien. Ces images, unies par la lumière et les regards, assurent la présence de la photographe à leur côté. À la manière de la photographe Alessandra Sanguinetti avec Les Aventures de Guille et Belinda, qu’elle suit depuis leur plus tendre enfance dans leurs jeux et leurs vies, Jessica Todd Harper nous invite dans son monde avec toute la pudeur et l’élégance des voyages dans le temps. Nous voyons tout, nous ne savons rien. Les personnages familiaux grandissent et se déploient sans que jamais nous ne pénétrions leurs secrets. Car les photographies de Jessica Todd Harper ne nous montrent pas, elles nous racontent des histoires et nous plongeons dans ce roman. Scènes de vie quotidienne, peintures photographiques, presque documentaires, le travail de Jessica Todd Harper voyage dans les catégories plastiques avec l’aisance des formes qui inventent.

La photographe Jessica Todd Harper utilise le portrait pour explorer les tensions subtiles des interactions familiales quotidiennes et la complexité des relations humaines. Son travail est ancré dans la tradition de l’histoire de l’art, mais avec un courant psychologique sous-jacent qui marque sa modernité. Médaillée d’argent au Prix de la Photographie à Paris (2014), elle a été lauréate du concours de portraits Outwin Boochever (2016) et sélectionnée la même année pour le concours de portraits Taylor Wessing à la National Portrait Gallery de Londres. Son travail sera représenté de manière significative dans Kinship, qui ouvrira ses portes à la Smithosonian’s National Portrait Gallery fin 2022, et se poursuivra jusqu’en 2024. Harper a publié trois livres de photographie primés aux éditions Damiani Editore, Italie : Interior Exposure (2008), The Home Stage (2014) et Here (à paraître en octobre 2022).

Présentation du livre :
Here, Jessica Todd Harper
Publié chez Damiani Editore

«L’une des expériences humaines les plus satisfaisantes est d’imaginer que notre environnement signifie plus que ce qu’il semble être à première vue, que ce monde pointe vers quelque chose de transcendant. C’est exactement ce que j’essaie de faire dans mes images. À l’instar des peintres hollandais du XVIIe siècle qui faisaient apparaître des scènes d’intérieur ordinaires chargées de sens, je recherche la beauté des moments quotidiens. Les personnages de mon imaginaire sont les gens qui m’entourent — mes amis, moi-même, ma famille — mais ce ne sont pas tant eux qui sont importants que la manière dont ils sont mis en scène et éclairés. Une femme qui aide son enfant à s’exercer au piano n’est pas un moment particulièrement sacré, mais comme dans un tableau. La plupart du temps, les scènes du quotidien ne signifient rien pour nous — en fait, c’est un truisme moderne que de chercher à s’en distraire. Cette collection de photographies utilise ce qui se trouve juste devant moi, ce qui est ici.» Jessica Todd Harper

Centre Claude Cahun / Galerie Confluence

45 Rue de Richebourg

44000 Nantes, France

http://galerie-confluence.fr/