Chrisine Fabre

UNE SOMPTUEUSE EXPO DE CÉRAMIQUES CONTEMPORAINES…ET UN BEL EXEMPLE DE DÉSINVOLTURE DE LA CRITIQUE D’ART par Nicole esterolle (Billet d’humeur)

Oeuvre: Chrisine Fabre

Voici donc une somptueuse exposition sur la céramique contemporaine en France, intitulée «Terra incognita ». Elle se teint  conjointement dans trois lieux : au Palais Jacques Cœur à Bourges, à la galerie Capazza de Nançay,  et au Centre de Céramique contemporaine de La Borne…

Plus d’infos ici :

https://www.galerie-capazza.com/fr/content/37-terra-incognita

https://www.palais-jacques-coeur.fr/Actualites/Terra-Incognita

Le catalogue :

https://www.galerie-capazza.com/fr/15_champy-schott-nani#29756-terra-incognita-triptyque

Et puis voici (copie jointe) un texte lamentable , (image 01) concernant cette manifestation, écrit par le  fameux critique d’art Olivier Cena, paru dans le n° 3786 de l’hebdomadaire Télérama, ( où il sévit depuis 40 ans) … Un article  qui ne va pas être bénéfique  pour l’image des céramistes, potiers , artisans d’art et autres  tâcherons de la matière, déjà bien malmenés par 40 ans de conceptualisation distinguée et dématérialisation de la création au service du grand capital.…L’intelligence du cerveau ayant supplanté voire éliminé , chez les sbires du Ministère de la Culture, celles du cœur et de la main, pour se conformer aux critère  du « contemporain » de l’ art d’Etat et de l’art financier…. Un article qui s’ajoute au déshonneur de la critique d’art française parvenu à un état de délabrement ultime.

je vous joins ici le lien  vers  le féroce réquisitoire que j’avais écrit sur la critique d’art française :

Olivier Cena et Philippe Dagen sont ,depuis quelques décennies , les deux plus influentes stars de la critique d’art sur la place de Paris… émergeant donc d’un paysage dévasté par le vent mauvais du conceptualo-bidularisme dominant.

Philippe Dagen,  premier chroniqueur d’art au journal Le Monde s’est spécialisé en cirage des pompes de l’art financier international. .. Il en a fait notamment des tonnes pour l’expo de Koons au Château de Versailles et vient de se surpasser par un article récent sur l’exposition Gloria Friedmann au Château d’Oyron ( Gloria Friedmann est une plasticienne internationale très engagée pour la survie de la planète comme animaliste-antispéciste forcenée , et qui déclare tout de go : « si nous acceptons d’être un animal comme les autres on voit les choses autrement. » …Les grands prédateurs financiers oligarques destructeurs de la faune autant que le flore de la planète aiment et soutiennent farouchement son travail ( Vous trouverez avec le lien joint , l’image  d’une œuvre grossièrement allégorique, mais  particulièrement appréciée par  Mr Dagen, intitulée « l’Arche de Noé » .)…Et voici le lien vers l’article de Dagen :

https://www.lemonde.fr/culture/article/2022/08/11/a-oiron-l-artiste-gloria-friedmann-en-son-chateau-hante_6137811_3246.html

Olivier Cena, lui, est le pendant de Ph. Dagen, du  côté « régressif » ,  « réac » et anti-koons de la critique d’art. Il ose présenter d’authentiques artistes et il manifeste volontiers son rejet de l’art conceptualo – bidulaire dit « contemporain »… Un rejet plutôt tempéré cependant et ne versant pas dans l’outrance réactionnaire de certains (comme votre serviteuse), pour ne pas heurter un lectorat middle-classe culturelle bien pensant,  tendance Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale, et  qui continue à regarder la télé sur le poste, (sauf  CNEWS, qui « pue la haine » comme dit la NUPES)

Tout cela est à mettre au crédit de Mr Cena, qui n’est donc pas toujours complétement mauvais… Mais là , dans cet article, il l’est vraiment,  et au-delà même  de ce qu’on pouvait imaginer de lui et de ses 50 ans de pratique de la chronique d’art dans un organe de presse hautement culturel… Ce texte ( à 150 euros le feuillet, tout de même) est écrit « par dessous la jambe » comme un pensum obligé, confus , incohérent, gallimatiesque, désinformatif, dont on n’arrive pas à savoir s’il est bâclé, méprisant, alcoolisé, vicelard ou simplement stupide….S’appesantissant lourdement sur les chapiteaux de Palais Jacques Cœur, sur les « ymagiers » et le « varlets » ,  comme pour nous bluffer avec son savoir historique (merci wikipedia…) et ne pas trop se compromettre avec les œuvres de vulgaires  « potiers » dont il n’a rien à secouer…et pour cacher surtout le fait qu’il n’a manifestement pas été voir cette expo  et s’est contenté de parcourir en diagonale le dossier de presse … Question : Mr Cena , est-il aussi désinvolte quand il s’agit de rendre compte d’une expo parisienne ?

  • Andoche Praudel
  • Bernard Dejonghe
  • Chrisine Fabre
  • Daphne Corregan

Mais le plus grave , c’est que  Mr Céna, ne sent pas, ne sait pas  et ne comprend pas  que ces 50  créateurs, avec, parmi eux les prestigieux . ses Georges Jeanclos, Daphne Corregan , Andoche Praudel, Robert Deblander , Christine Fabre ,  Bernard Dejonghe – Edmée Delsol , Claude Champy… sont de grands artistes à part entière et qu’il est d’une scandaleuse imbécillité de dire que leurs œuvres « ce ne sont que poteries décoratives »…De quel droit, au nom de quelle exigence, vient ce mépris ?   Quelle arrogance de la part d’un laborieux pigiste d’art, dont l’histoire de l’art oubliera vite le nom,  pour parler avec autant de condescendance et d’irrespect d’artistes dont les œuvres resteront au patrimoine français ! Quelle tristesse de constater  que nos  experts les plus influents sont  à ce point  ignorants, arrogants  et incompétents !

Mais heureusement,  et malgré cette indigence du discours dominant et des systèmes de reconnaissance de l’art vivant, la création d’aujourd’hui est de plus en plus fabuleusement riche et variée…et les « artisans d’art » sont de plus en plus aimés, reconnus, célébrés, par un public de plus en en plus large, qui reconnaît en eux l’antidote et l’alternative salvatrice face au totalitarisme de l’esthétique sèche conceptualo-bidulariste… De même que des revues comme « Les Ateliers d’art » et  « La revue de la céramique et du verre » ( image 03) sont de plus en plus lues par des amateurs d’art qui les trouvent plus créatives, sensuelles, actuelles et innovantes que la plupart des revues d’art papier de plus plus « tue l’amour » parce qu’ asservies à un système institutionnel et marchand de plus en plus  sclérosé…Des amateurs d’art qui comprennent bien que l’indispensable restauration du sens, la réinfusion de valeurs humaines,  la  reconstruction des critère esthétiques,  devront se faire avec la contribution des « artisans » d’art et la réhabilitation du « savoir-faire », du plaisir sensuel et de cette «  intelligence de la main » qu’ils n’ont jamais cessé d’incarner.

Une bonne nouvelle : l’OPA des réseaux institutionnels sur la céramique a échoué.

C’est assurément ce que signifie le limogeage récent de Madame Thiphanie Dragaud, qui avait été nommée il y a deux ou trois ans par le Ministère à la direction du Centre Céramique Contemporaine de la Borne…Cette nomination d’une apparatchik polyvalente dévouée au système qui l’a engendrée, permettait de s’assurer le contrôle institutionnel d’une structure subventionnée par l’Etat, et de parer ainsi aux erreurs esthétiques des « potiers » de l’association gestionnaire du Centre. Elle permettait également d’introduire des produits artistiques plus conformes à la pensée ministérielle, avec notamment les œuvres de haute tenue, particulièrement déconstruites, casseuses de codes, andouillomorphes et morbides de Elsa Sahal ou Hélène Mougin , dont vous retrouverez les terrifiantes images accompagnant l’article que j’avais écrit sur le sujet et qui était intitulé :

Quand  la céramique d’art part en eau de boudin et jus de cerveau

Enfin bref, Madame Dragaud (qui m’avait demandé de cesser de lui envoyer mes écrits qu’elle qualifiait de nauséabonds), a été virée sous la pression des « potiers » de l’association qui en avaient marre sans doute d’être considérés par elle comme des culs terreux ringards à rééduquer.

Mais rassurez-vous !

Cette dame a été immédiatement été recyclée comme directrice de l’Ecole des Beaux-Arts du Havre (pour le plus grand bonheur d’Edouard Philippe) …La poly-incompétence permettant aux quelques centaines de clones  servants.tes de l’art officiel, de changer de poste sans problème dans un jeu ininterrompu de chaises musicales… Et puis cela prouve aussi que, dans l’entre-soi  des circuits mafioïdes de l’art d’Etat, on se tient les coudes, et on ne laisse jamais  tomber les copains.pines en difficulté.

UN APARTHEID EN VOIE DE DISPARITION

Ce qui se passe, dans, avec et autour de cette magnifique exposition , nous permet donc d’entrevoir l’arrivée d’une vraie réflexion sur les fractures qui ont été imposées dans le champ de la création plasticienne actuelle : sur  cette répartition absurde en différentes catégories et niveaux de recevabilité par la pensée dominante. Avec une catégorie supérieure, bien sûr, sorte de noblesse d’Etat  de nature conceptualo-bidulaire écrasant et invisibilisant toutes les autres participant du sensible, de la ruralité, du corporel, de l’archaïque, du senti et du vécu , du poétique, du savoir-faire, de l’inventivité formelle,  parmi lesquelles les « métiers d’art », qui est devenue une sorte de sous-catégorie malodorante,  reléguée dans les marges et souffrant  le plus de cet invraisemblable apartheid, installé depuis 40 ans par les autorités ministérielles post-languiennes associées aux réseaux de la haute spéculation marchande.

Il serait donc bien qu’on en finisse avec ces « divisions pour mieux régner », avec cet isolement individuel des artistes, avec cette impossibilité pour eux de s’unir et de se soutenir face aux mécanismes intello-financiers destructeurs de l’art.

Les retrouvailles de l’art avec les « métiers d’art » est ce qui présage l’avènement d’une création plasticienne unie, sans clôtures, sans coutures , sans discriminations, enrichie en permanence de ses brassages et conforme aux règles élémentaires de notre démocratie.

Il faudrait aussi, dans la foulée, pouvoir se débarrasser de cette critique d’art verbeuse, cuistre, arrogante ,collaborationniste et qui , pour les  trois quarts, n’aime pas l’art et ne le comprend pas.