LES IMAGES SONT DE PLUS EN PLUS VIDÉES DE CONTENU Par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

Christian Noorbergen est critique d’art, philisophe et historien.  Photo DR

… par la publicité , l’évènementiel, le paraître, l’argent, la mode futile, l’inepte galopant… Et ce serait  à l’art de leur redonner du contenu … s’il n’était lui-même gravement contaminé par un contemporainisme post-languien, férocement éradicateur  de sens et d’humanité profonde.

Parmi les textes constituant l’excellent dossier «  L’art contemporain est-il vieux ? » paru dans le magazine Artension de juillet,  figure ce texte essentiel de Christian Noorbergen intitulé :

« L’image et l’artiste sont-ils encore de ce monde ? »

je vous en livre ici quelques extraits :

« Les institutions naviguent dans le sens du vent et se laissent porter, faute d’envergure, de courage et de lucidité. Sans être cependant totalement responsables de la mise en sourdine de la “vraie“ création. Elles ne sont que le symptôme d’un mal plus profond.

Durant des siècles, voire des millénaires, l’image d’art est au cœur du savoir. L’artiste-artisan ne peut signer ses œuvres, sa créativité étant totalement encadrée. Au service de l’identité collective, il devait illustrer des codes imposés qui le dépassaient. L’image, infiniment partout répétée, correspondait à des strates idéologiques disparaissant à la fin de la civilisation qu’elles structuraient.

“Trop d’images tue l’image“ pense très justement Régis Debray… Allusion à l’image innombrable qui de partout sature la très fragile modernité, sur les miroirs aux alouettes des hordes publicitaires et sur tous nos écrans, y compris ceux de dedans (…)

Selon David Davies (revue Philosophiques), le statut de l’œuvre d’art est devenu de nos jours celui de l’événement, c’est dire que le temps de l’image dite d’art est inféodé au choc événementiel, instant vite remplacé par un autre. (…) Et cette esthétisation de l’ « événement » impose le tempo de l’art contemporain, évacuant ainsi l’esthétique des profondeurs, vocable osé. Les institutions font de leur pire, dans l’incapacité de faire mieux. Art comptant pour rien ?

Abonnement

Le formidable Marc Le Bot soutenait que chaque artiste est lié à des formes premières nées de la préhistoire de son mental. La création artistique serait la difficile mise à jour d’une image à l’origine singulière et incréée. Le rôle du flot fabriqué d’images de surface serait alors d’empêcher le surgissement de cet essentiel secret, enfoui, lointain et peut-être impensable.

Consommation imposée es-tu là ? Inévitable mise à l’écart des “vrais“ artistes. (…) la récente multiplication des images médiatiques a connu un essor monstrueux. Les possibles messages culturels se sont noyés dans la masse devenue infinie des banalités médiatisées. (…) n’apparaissent plus que les fabricants de bricolages malins et avisés qui jouent la carte dominante de la transgression événementielle et futile. On connaît la suite. De crainte d’inexister, les dracs-fracs jouent le jeu. Et la machine à phynances se lance alors à fonds gagnants…

Mais les images d’art ne peuvent mourir. Les artistes attendent la fin de l’attente. »

Ce beau texte a aussi la vertu de faire comprendre l’utilité du nicolemuseum.fr , qui, avec ses 6000 artistes dont « la création est liée à des formes premières nées de la préhistoire de son mental » comme le disait Marc Le Bot, est une « arme de reconstruction massive du sens » et de restitution du contenu aux images.