QUI EST LE « FOSSOYEUR DE LA CULTURE » ? QUI SE PAYE LA TÊTE DE L’ART ? Par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

Photo: Sad Wheelchair Atelier van Lieshout at Brutus / Inside Rotterdam Magazine

Le « progressiste » Edouard Philippe, adepte du contemporainisme déconstructif , ou le « réactionnaire » Laurent Wauquiez, protecteur du patrimoine ?

Je tenais à vous évoquer ici, deux cas de figures exemplaires et lourdes de signification, de ce qu’il est possible de faire, dans un sens ou à son opposé, en matière de développement culturel, quand on est un élu du peuple. Le premier, haut-normand, implique Mr Edouard Philippe, maire du Havre : le second, auvergnat-rhône-alpin, implique Mr Laurent Wauquiez, président de la région.

1- AU HAVRE ON DIFFUSE À FOND DE L’ART « CONTEMPORAIN » DANS L’AIR NORMAND

Le Ministère de la Culture – la DRAC-Normandie, le Département de Seine Maritime et la Ville du Havre- se sont récemment dotés du « Portique « , appareil à diffuser de l’art « contemporain » international dans la région normande . Une réalisation couteuse en argent public, sans public ou presque , mais très efficace ,selon Mr Edouard Philippe, en termes d’image de la ville à l’international…. Et où, à l’occasion du vernissage du tas de Julien Berthier, il déclara tout de go : “les interventions s’amuseront des formes et du décalage pour réinventer le regard et renouveler le rapport au quotidien.”…Ben voyons Edouard !

Domestikator is a 2015 architectural sculpture by Atelier Van Lieshout

Le Portique, vieille usine réaffectée très vilaine, reçoit donc pour l’été, le fameux financial-plasticien hollandais Van Lieshout, qui avait réalisé le Grand Fornicator devant le centre Pompidou … qui avait armé d’une mitrailleuse un gros pick-up Mercedes pour parader dans les rues d’une ville du Sud et y affoler les populations, il y a une dizaine d’années, … qui avait vendu au FRAC – Occitanie un gros phallus en résine epoxy , etc…L’expo havraise , quant à elle, se place sous le thème du voyage (image 04) , car Joep Van Lieshout , à la grande satisfaction d’Edouard : « aime raconter des histoires, proposer des voyages immobiles à ses visiteurs qui, pénétrant dans les espaces investis pas l’artiste, perdent leurs repères pour plonger dans un univers parallèle où l’environnement quotidien est réinterprété… Oscillant entre espoir et pessimisme, l’exposition convoque différentes esthétiques, transformant l’espace d’exposition en un grand laboratoire, où formes et matériaux se mélangent, se mêlent, s’emmêlent. » …Ben voyons Ginette ! Pourquoi se gêner ?

Plus d’informations ici sur le Portique :

https://www.leportique.org/expositions/a-venir

2 – À LYON, ON « TAILLE À LA HACHE » DANS LES SUBVENTIONS CULTURELLES

…C’est en tous cas ce que titre le Journal des Arts sur sa première de couverture, pour clouer au pilori le président de Région, accusé d’être un fossoyeur de la culture…. Celui-ci se défend en parlant d’un « rééquilibrage » de l’aide de la Région, d’une volonté de meilleure et plus juste répartition des subventions et d’une réduction des dépenses et salaires somptuaires non justifiés, sans diminution globale du budget affecté à la culture…Il rappelle également l’intervention déterminante du Conseil Régional pour le sauvetage de ce trésor patrimonial qu’est le Musée des tissus et ses fabuleuses collections uniques au monde.

Plus d’infos ici sur cette « taille à la hache »:
https://www.lejournaldesarts.fr/actualites/wauquiez-taille-la-hache-dans-les-subventions-culturelles-de-sa-region-161138

3 – DES DEUX, QUI EST LE PLUS « FOSSOYEUR » DE CULTURE ?


Le « progressiste » adepte du contemporainisme déconstructif , ou le « réactionnaire » protecteur du patrimoine ? Que l’on soit de telle ou telle obédience politique ( hors des extrêmes, parce qu’il ne faut tout de même pas exagérer…) , on se rend bien compte, qu’en l’occurrence, le fossoyeur de culture est manifestement le premier avec son « Portique » et son terrifiant artiste casseur de codes, …on pourrait même parler (sans vraiment exagérer) de complicité d’assassinat de l’art…. en bande organisée autour de fonctionnaires ministériels et avec un détournement massif d’argent public.

POUR EN FINIR AVEC LE DÉCONTRUCTIVISME PROGRESSISTE AU POUVOIR DEPUIS 40
ANS DANS L’ART ET LA CULTURE


L’évocation de ces deux « cas de figures » opposés en politique culturelle, nous prouve que le moment est venu de « changer de paradigme » et de se libérer de 40 ans d’hégémonie d’une idéologie d’origine lango-miterrandienne auto-proclamée « progressiste » dépositaire du bien et du beau, mais objectivement régressive, déconstructive et contre-productive en termes d’interventionisme de l’Etat dans le champ de la création .

Un interventionnisme qui se caractérise par :

  • L’ahurissante priorité du soutien au  contemporain  progressiste , pour mieux
    « réactionnariser » les valeurs patrimoniales ( dans les DRAC, ceux de la culture
    méprisent ceux du Patrimoine)
  • Le non-respect de la diversité créatrice et de sa fabuleuse richesse, avec
    l’exclusion et l’occultation de 90 % de la création visuelle d’aujourd’hui, taxée de
    ringardisme, par les experts des DRAC et du Ministère qui ne jurent que par le
    subversif subventionnable et le « casseur de codes » financiarisable par Mrs
    Pinault et Arnaud, et mondialisable…
  • le très onéreux bourrage des collections publiques avec de dizaines de milliers
    d’invraisemblables inepties conceptualo-posturales très bavardes et engagées
    sociétalement, mais sans contenu, sans mystère, sans poésie, ni durabilité…Des
    achats faits entre-soi, en toute opacité et échappant à tout contrôle extérieur
  • le détournement du dispositif public DRAC, FRAC, Musées, et tout l’audio-visuel
    public au profit d’une idéologie esthétique de type totalitaire gaucho- woko-
    écolo- intello- élitaire et – c’est bien là le comble du paradoxe – en lien direct avec
    la haute finance capitaliste spéculative et ses oligarques collectionneurs d’art dit
    contemporain de type FRAC.
  • le coût exorbitant des multiples petites officines municipales subventionnées
    pour la promotion du « contemporain » comme signe du dynamisme culturel
    d’une ville et pour l’amélioration de son image «  à l’international », mais sans
    public autre que les opportunistes gravitant autour des l’Ecoles des Beaux-Arts ,
    des FRAC et des Musées d’Art contemporain locaux.
  • La terrifiante démesure prise par certaines biennales d’art contemporain, qui
    absorbent une énorme quantité d’argent public et privé, qui pourrait aller au
    soutien des innombrables initiatives locales chargées de sens et de
    contenu…pouvant redynamiser un territoire …
  • l’existence de réseaux culturo-affairistes, bureaucratico-financiers, avec conflits
    d’intérêt privés-publics à tous les étages, collusions diverses, dérogations à toutes
    les règles non seulement esthétiques mais aussi éthiques, juridiques,
    démocratiques…au nom d’une étrange « raison culturelle d’Etat »
  • l’existence d’un « entre-soi » institutionnel frappé inéluctablement de
    consanguinité dégénérative avec bouffées verbales délirantes
  • le scandaleux détournement de l’argent public au profit d’une improbable
    modernité et d’une caricaturale contemporanéité de l’art, au détriment de la
    sauvegarde du patrimoine et de la reconnaissance des créateurs actuels à valeur
    patrimoniale
  • L’obsession permanente de l’ «international » comme consubstantiel au
    « contemporain », quand il faudrait se préoccuper plutôt du « local », du
    réancrage de l’art dans la cité , de la restauration de l’écosystème naturel de l’art,
    de retrouver un vrai public de proximité.

COMMENT FAIRE LES INDISPENSABLES RÉFORMES STRUCTURELLES ?

Ce « changement de paradigme » ne pourra être fait

  • Ni par les créateurs eux-mêmes, tant ils sont isolés, paupérisés, démoralisés, et
    désorganisés,
  • ni par l’appareil institutionnel et/ou ministériel, puisqu’on ne peut concevoir
    qu’un réveil matin se remette à l’heure de lui-même,
  • ni par les agents de cette culture d’Etat, subventionnés ou professionnels
    cramponnés à leur rente de situation.
  • ni par les spéculateurs de tous poils qui auraient beaucoup à y perdre en termes
    d’argent et surtout d’image.

Nous ne pourrons sortir de cette hégémonie culturelle gaucho-progressiste ( comme on vient d’en sortir dans le domaine politique), de cette terreur intello-culturelle que les progressistes de gauche font encore subir aux réacs de droite, que par une prise de conscience des politiques de tous bords, par une volonté commune de s’informer pour comprendre ce qui se passe dans cet « Etat Culturel » (comme l’avait nommé Jean Clair) de non-sens et de non-droit, et voir les réalités. .. autant de choses qui ne sont pas de l’ordre du jugement esthétique …mais du simple bon sens.

Car les dérives de cet « Etat culturel » sont déjà bien analysées et décrites dans de nombreux ouvrages « dissidents »…( comme beaucoup des réalités qui font l’objet d’omerta ou de déni). Et Il existe quantité d’ initiatives institutionnelles dissidentes , précurseuses d’une salutaire alternative . Celles – ci viennent toujours d’instances périphériques. Elles sont régionales, départementales ou municipales… Jamais nationales, jamais ministérielles…et surtout pas de DRAC locales qui n’ont d’autre vocation que de décentraliser la pensée ubuesque centrale.

Et pourtant, les indispensable réformes structurelles ne pourront être réalisées qu’au niveau national et par l’Assemblée législative…. (En commençant par exemple par des commissions d’enquête parlementaires, des groupes de travail, des audits de la Cour des Comptes, etc…)


La tâche est immense et compliquée certes …Mais en attendant cette formulation et cette mise en oeuvre de réformes structurelles pour un autre mode d’intervention de l’Etat dans le champ culturel , il est bon qu’un certain nombre de régions et de collectivités  périphériques expérimentent déjà ou « passent à l’action » dans les limites de ce qui leur est possible et permis de faire aujourd’hui…


Ce « travail » pourrait être poursuivi avec la collaboration des créateurs « indépendants » des réseaux institutionnels de la région, artistes reconnus parfois nationalement, mais méprisés (et privés de subventions) par les « conseillers » de la DRAC et les « inspecteurs de la création » du Ministère, pour non conformité à l’esthétique « officielle ».


Il doit être possible de constituer en région des groupes de réflexion informels, ( pour chaque discipline ou domaine de création) , où les élus pourraient échanger avec les vrais et libres acteurs de l’art, afin de mieux s’informer sur les réalités du terrain.


Le problème des critères de choix des personnes pour la constitution de ces petites instances, qui ne peuvent être que consultatives et n’avoir d’autre pouvoir que de proposition, n’est pas simple à résoudre… mais, il serait bon de l’aborder.

Car les artistes attendent beaucoup de l’engagement des élus…

… pour qu’adviennent les réformes structurelles indispensables à leur survie : les élus sont en effet les seuls à avoir la légitimité de concevoir, décider et mettre en œuvre ces réformes… les seuls à pouvoir rendre possible, par la voie législative , le retour du sens, de la justice, de la démocratie , dans ce champ de l’art où les valeurs communes et patrimoniales, tant éthiques, que juridiques et esthétiques, ont été bien malmenées ces dernières décennies et doivent être restaurées en urgence.