BIENTÔT FINIE LA GRANDE RÉCRÉ DE L’ART DIT CONTEMPORAIN ? Par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

Oeuvre : L’étron géant de McCarthy

C’est en tous cas ce que semble annoncer cet article paru dans le Figaro, journal de la
bourgeoisie de droite modérée…

https://www.lefigaro.fr/vox/culture/comme-l-art-contemporain-est-institutionnalise-il-y-a-une-fuite-en-avant-dans-la-transgression-20220523

La merde gonflable de Mac Carthy comme la plus gigantesque transgression jamais réalisée en art contemporain). Pas possible encore de voir un article aussi insolemment informatif et aussi audacieusement disruptif dans sa dénonciation de cette « fuite en avant dans la transgression », dans les canards de la gauche identitaire bien-pensante, artistiquement « correcte », toujours sûre d’elle-même , médiatiquement et culturellement dominante, de type Libération, Le Monde, l’Obs, France-Cul, ou Les Indékrotuptibles, etc.

Et pourtant , dans cet entretien avec la diva de la sociologie de l’art française, Nathalie Heinich, même si – il faut lui en savoir gré- cela récapitule bien, « y a pas de quoi casser trois pattes à un canard » comme on disait dans mon Poitou natal…Avec son « art contemporain du genre paradigme » , on ne va pas bien loin, on ne gratte pas trop au fond, on se répète, on feignasse, on reste entre experts autorisés, on fait de la socio mondaine prudente, on ne risque pas d’être barré des grands vernissages internationaux, on se contente d’enfoncer courageusement des portes déjà bien ouvertes par quantité d’analystes dont on ignore obstinément l’existence…Des fois qu’il fassent de l’ombre à la pensée auto-critique « qui ne mange pas de pain », agréée par le milieu universitaire et « idiote utile » du circuit grand-marchand.

Mais qu’à cela ne tienne, on commence donc à découvrir chez les experts de haut- niveau, « scientifiques », « chercheurs », historiens et philosophes de l’art, cette réalité pourtant bien connue depuis longtemps par le vulgum pecus non-expert, du caractère crétinement systémique de la trangressivité dans la production artistique institutionnelle…

Cet article du Figaro semble donc être un signe avant-coureur…Il annonce la prise de conscience, l’apostasie libératrice, il sonne vraiment la fin de récré…la fin de l’omerta… la fin de la plaisanterie…la fin d’un « contemporain » en art de plus en plus sénile …Ça sent le sapin, la grande débandade, l’arrêt de l’acharnement thérapeutique…L’aube d’une reconstruction après 40 ans de consanguinité dégénérative post- languienne et post-moderne.

On ne se risque pas, certes, dans l’analyse profonde des mécanismes sous-jacents, mais on constate et on ose dire avec NH – et c’est déjà ça – que l’art « contemporain et/institutionnel, et /ou financier international, est d’une même nature : transgressive

des modèles, provocatrice du bourgeois, cracheuse dans la soupe, subversive des valeurs communes, casseuse des codes, fouteuse de gueule, questionnatoire sociétal, autodérisionniste, révolutionnariste, interpellatoire, déconstructive, avec tout le fatras intello-verbeux avenant, qui nourrit la critique d’art asservie à la bureaucratie et au pognon. (cet aspect-là des choses n’est jamais abordé, bien évidemment, par nos sociologues assermentés de l’art de type Quemin et Heinich).

Cette pensée sensible si méprisée par les intellos distingués, les blaireaux culturels et autres sbires de DRAC et de FRAC, affectant notamment les ploucs périphériques amateurs de l’art tripal brut, expressionniste, corporel nauséabond, réac, populiste et singulier, va peut-être se voir réhabilitée…en même temps que va disparaître, par une sorte d’auto-déconstruction programmée, ce transgressivisme d’État progressiste d’avant-garde, si utile en termes de distinction sociale, de subventionnabilité , dévalorisation financière…et si consubstantielle à l’art « contemporain » et à son genre aussi bien paradigmateux que syntagmateux .

Gazette 50