UN KOH-LANTA DU WOKISME AUX MAGASINS GÉNÉRAUX par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

Victorien soufflet, vue de l’exposition « Daybeds,daydream, they have non reproductive desires » Keur, Paris,2020

L’ART « CONTEMPORAIN » BOOSTÉ AU MILITANTISME LGBTQIA+ : UNE CATÉGORIE ARTISTIQUE DE PLUS EN PLUS CRAPOTEUSE, INVASIVE ET PAYANTE EN TERMES DE COM.

C’est l’énorme agence de pub BECT qui a aménagé cet énorme bâtiment désaffecté aux bords du canal de l’Ourq en « lieu d’expérimentaion de nouveaux modèles culturels »…

BETC, agence de communication créée en 1994.

Rappelons que  le groupe BETC compte près de 1 000 collaborateurs installés à travers le monde, dont 900 à Paris, et travaille avec plus d’une centaine d’annonceurs. Parmi ses clients, Louis Vuitton, Evian, Air France, Peugeot, CANAL+, Total, Lacoste, Petit Bateau, La Poste, McDonald’s, Disneyland Resort Paris..

C’est donc du lourd économiquement et financièrement et ce sera du lourd culturellement quand il s’agira d’ «  explorer les enjeux et les idées qui agitent la société contemporaine sous le prisme de la création, les diffuser auprès du plus grand nombre, pour anticiper et penser ensemble le monde de demain. »… et d’inscrire tout ça  «  dans l’écosystème déjà bouillonnant du Grand Paris. »…Gniark Gniark !

La haute efficacité du wokisme comme vecteur de communication, n’a évidemment pas échappé aux brillants créatifs de cette agence de pub qui enfourche donc ce fougueux cheval de bataille wokeux en organisant Utopi.e,( le point entre le I et le E donne le ton inclusif)  « semaine d’exposition et de festival visant à encourager et à visibiliser la scène artistique queer, et à faire appel à une approche de l’art attentive aux différences, engagée, diversifiée et inclusive… Et visant à  accompagner et défendre des artistes engagé-es LGBTQIA+  dont les pratiques s’emparent des enjeux sociétaux , et qui portent à travers leur travail des notions d’inclusion, de visibilité et de respect de la différence. »…Bref, toute la panoplie : convergence des luttes, minorités invisibilisées, décolonialisme, intersectionalité des insoumissions, etc… Au service de la haute communication capitalistique d’entreprise…Un modèle du genre dans la récupération ou instrumentalisation lucrative des grandes causes sociétales et humanitaires au profit des grands réseaux financiers.

Pour cette opération culturo-affairiste exemplaire, on a donc cueilli ici ou là une dizaine de spécimens des plus croquignolement crapoteux du wokisme artistique le plus pathos et délirant sur la scène hexagonale, pour les réunir une semaine dans une sorte de koh-lanta pue-la-sueur ébouriffant  et attribuer à l’un d’eux un prix Utopi.e de 5000 euros…

Parmi cette dizaine de représentants des minorités, notons la présence d’un.e  Victorien Soufflet, plasticien.ne queer qui vit et travaille à Paris. « La sculpture, l’édition, les initiatives auto-gérées, et l’enseignement critique constitue sa pratique artistique. Il-elle  n’a pas de medium de prédilection, mais il-elle cherche plutôt à les questionner, les expérimenter et les déconstruire au rythme de se besoins professionnels et personnels »…Il-elle enseigne à l’Université Paris 8…Notons aussi la présence du plasticien réunionnais Brandon Cercara,(image 03 ) pas mal non plus dans le genre barbu.e non genré.e ….

Outre le généreux soutien en argent public venant du Ministère de la Culture, on note le partenariat d’une autre boite de com :  la Maison Gersaint, qui  est « une agence de communication culturelle, digitale et engagée, qui accompagne des artistes, des entreprises et des porteurs de projets dans la construction de leur univers de marque, dans la production et la promotion de leurs oeuvres et de leurs différents événements.  Elle porte une attention particulière à l’accessibilité, à l’éducation, à l’environnement et à l’innovation. »

Enfin, notons aussi la participation active d’un nommé Raphael Gatef, présenté comme  sociologue de l’art, mais également  dircom  chez Perrottin, et de la co-fondatrice de la Galerie parisienne Marcelle Alix, l’exquise Isabelle Alfonsi qui vient d’écrire un charmant bouquin intitulé « Pour une esthétique le l’émancipation » ( image 04 ) , ou elle vante les mérites d’un art engagé politiquement, sociétalement  questionneur, casseur de codes, chargé idéologiquement…bref, émancipé, déconstructif, rebelle, duchampo-gauchiste, insoumis, anti-bourgeois,  et farouchement subversif…avec les artistes correspondant, éminemment subventionnables, financiarisables et propulsables  sur le grand marché spéculatif …Le wokisme arrivant donc à point nommé pour élargir le champ déjà bien étendu de l’ art engagé, postural, progressiste, conceptualo-bidulaire, pavé de bonnes intentions,   et porteur d’un message compensant la viduité intrinsèquement  artistique de l’œuvre.

En résumé : nous sommes donc là en présence d’un modèle indépassable de crème fouettée argent public-intérêts privés sur fond de néant, avec un coulis LGBT et un zeste de QA +…de la grande cuisine culturelle !

N.B. : Nous avons traversé, il n’y a pas si longtemps, une époque bénie où les artistes n’avaient pas de message à nous bourrer le mou cérébral… De vrais créateurs parfaitement « émancipés » ,  libres et indépendants  de leurs « orientations », politiques, religieuses, sexuelles, qui ne regardaient qu’eux et dont on n’avait rien à faire…comme Richier, Brauner, De Saint Phalle, Tapiès, Viera Da Silva, Bacon,  Poliakoff, Klee, Dado, Cremonini, Reyberolle et tant d’autres, qui faisaient notre bonheur…vous vous souvenez ?…

Mais qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu pour mériter, aujourd’hui, recevoir en pleine figure, ces paquets de bouillasses idéologiques sponsorisés par les boites de com?

Plus d’infos :

https://magasinsgeneraux.com/fr/expositions/prix-utopi.e

https://www.prixutopie.com/

UNE GAZETTE DE NICOLE PLUS EXPECTORANTE QUE JAMAIS 

Oui, nous sommes   furieux de constater que le système de légitimation dominant, ministériel et marchand n’ait d’autre fonction que de  nous obliger à ne pas voir la richesse, l’abondance, la formidable diversité, la vitalité, l’inventivité, l’extraordinaire liberté de la création plastique et visuelle d’aujourd’hui…

La gazette 50