André Masson – Un prophète / Galerie Alexis Pentcheff (FR)

Un prophète

Du 13 Mai au 15 Juillet 2022

Vernissage le 12 mai à 19h

Nous sommes heureux de vous inviter au vernissage de notre nouvelle exposition le 12 mai à 19h.

RSVP @ a.pentcheff@gmail.com

Cette exposition, organisée à la galerie Alexis Pentcheff, à Marseille, du 13 mai au 15 juillet prochain, présente plus de quatre-vingts oeuvres originales d’André Masson (1896-1987), dont certains travaux emblématiques, qui témoignent de sa période surréaliste, de son utilisation du sable ou de son exil américain. Seront aussi présentées des sculptures, qui attestent des incursions plus rares de l’artiste dans ce domaine.  Toutes les oeuvres seront proposées à la vente et un catalogue accompagnera cette exposition.

André Masson est l’un des peintres les plus importants du XXème siècle. Son engagement de la première heure dans le mouvement surréaliste, son expérience américaine pendant la guerre, et plus généralement son approche singulière de la voie picturale, inspirée par les préceptes du Zen, font notamment de lui l’un des chaînons nécessaires entre la peinture d’avant-guerre et l’art de la seconde moitié du XXème siècle.  De son vivant, sa renommée fut très grande, de nombreuses institutions reconnaissant son talent et son apport immense, particulièrement à la jeune peinture américaine.

Notre génération avait un peu oublié son importance. Cette exposition souhaite rendre hommage à la richesse de son parcours, celui d’un artiste qui a toujours préféré le labyrinthe à la ligne droite, les méandres à la répétition, et n’a jamais craint de s’y perdre, laissant toujours le souffle du monde traverser son oeuvre. 

JUBILATION, 1955
Technique mixte et sable sur papier, marouflée sur toile signée en haut à gauche et datée en bas à droite, 
65 x 50 cm.

Après une longue pause, au monde imposée, en raison de l’inquiétante crise sanitaire, au sortir de cette situation mondiale inédite et bouleversante, nous attendions avec impatience la reprise de nos activités, de « nos vies d’avant ». Mais le répit fut de courte durée. Nous n’avions pas encore ôté le masque que nous assourdissait le vacarme des bombes tombant sur l’Ukraine, que nous choquaient les images d’une maternité détruite, des longues files d’attente gelées aux frontières de l’Europe, les femmes et les enfants emmitouflés, fuyant pour sauver leur vie, laissant derrière eux les hommes au combat, leurs maisons sous les feux. Des images en couleurs et bien réelles, la guerre, maintenant et à nos portes, la loi du plus fort et la diplomatie impuissante. Le monde entier sur un fil, de conséquence en conséquence, la machine détraquée que l’on ne parvient plus à réparer, des fuites de tous les côtés dans une barque qui prend l’eau… voilà le sentiment qui nous prend, nous qui jusqu’alors, avions été des enfants gâtés : gâtés par nos parents, par l’école et par l’Histoire. Comment appréhender ces bouleversements, comment penser le monde d’aujourd’hui, accepter de voir la violence que nous cachions à nos yeux et qui n’a pourtant jamais cessé d’habiter les êtres humains que nous sommes, depuis la nuit des temps, à la fois élan et pur sabotage. 


C’est alors que les philosophes, les peintres ou les poètes, frappent à notre porte, viennent à notre secours avec des mots et des images. Masson est de ceux-là, et même les trois à la fois, mettant en images ce que les mots, seuls, ne peuvent dire. Peintre « sage » plus qu’intellectuel ou érudit, il enrichit sa vie comme sa peinture de ses lectures, notamment philosophiques, pour tenter de saisir l’ordre bouillonnant d’un univers où il vécut dans sa chair la violence de deux guerres (la première le laissant gravement blessé, la seconde le contraignant à l’exil). En ce sens, sa peinture est un enseignement. Peintre poète, il exprime au travers de l’image plus qu’une réalité et sa peinture se fait vibration directe des forces de la nature dont il est le médium. Il compare ainsi son art à « une fenêtre, sur laquelle est imprimée -floraison mentale de givre- l’image de (son) univers, depuis le squelette du sable jusqu’à la chair de l’étoile ». Par définition, la peinture de Masson est donc aussi, dans une certaine acception, transcendantale.

Notre génération l’avait un peu oublié… c’est que nous avions moins besoin de lui puisque nous pensions comprendre, ou que nous ne voulions pas voir. En dehors d’une exposition récente au musée de Céret, peu de présence dans les institutions et, depuis longtemps, plus de grande manifestation d’envergure dans les musées parisiens. Maintenant que Masson appartient au siècle précédent, il est temps de le lire à nouveau, à la lumière du XXIème siècle, qui est désormais le nôtre, et il semble que nous soyons mieux placés que jamais pour l’appréhender depuis que nous avons vécu le tournant des années 2020. Les thèmes qui lui sont chers ont pris dans nos vies de nouvelles résonances. Ne pas détourner le regard des abattoirs lorsqu’on mâche la viande : davantage que le rôti bien ficelé, c’est le résultat du sacrifice de la bête équarrie. Ne pas détourner le regard de la nature insultée par le béton qui la recouvre, des massacres, de la mort, du sexe, grand ouvert ou dressé, de l’origine du monde. Voilà le monde cru, nous dit Masson, sans travestissement, celui auquel nous appartenons quoi qu’il en coûte, ce monde à la fois immuable et en perpétuel mouvement, par l’effet des mêmes forces qui le sous-tendent. Le voile est levé, tout n’est que métamorphose. Masson nous éveille, nous décille, comme d’autres, Sade, Novalis ou Nietszche par exemple, ont tenté de le faire avant lui, à leur manière. Il n’y a pas de place ici pour la culpabilité, le jugement ou la morale. Il s’agit simplement d’ouvrir les yeux. 

À nous, les lecteurs du XXIème siècle qui sommes immergés dans un monde véritablement saturé d’images, si nous ne sommes pas trop paresseux, Masson devrait apparaitre clairement comme un pourfendeur de faux-semblants, un visionnaire, capable de partager ses fulgurantes clairvoyances. Il devrait nous apparaitre comme celui qui, de sa main, écarte les rideaux, non pour découvrir la scène du spectacle mais pour révéler ses dessous insoupçonnés, l’envers du décor. Celui qui nous tend la main, nous offre sa mythologie salutaire, qui n’est rien d’autre qu’une fenêtre ouverte sur l’âme humaine. En un mot, Masson devrait nous apparaitre comme un prophète. 

Galerie Alexis Pentcheff

31 Rue Paradis,13006

Marseille,France

+33 4 91 42 81 33.

https://www.galeriepentcheff.fr/