DE LA TRÈS SUFFISANTE INSUFFISANCE DE LA SOCIOLOGIE DE L’ART EN France par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

Photo: Alain Quemin et Nathalie Heinich

L’image, de nos deux vedettes hexagonales de la sociologie de l’art en France,  illustre bien l’état déplorable de cette discipline en notre pays, qui devient aussi un lieu très prisé pour les embrouillaminis  idéologiques à la mode intersectionnelle.

Sur cette photo,  prise lors d’un vernissage à la financial-gallery Templon, on voit Alain Quemin et Nathalie Heinich, en « immersion » et au plus près de leur  sujet d’étude, de questionnement, de réflexion, d’investigation et d’analyse. Cette méthode est dite  du « pique-assiette de proximité», ou bien  d’ « observation participante »….Elle  est à l’opposé de la très rigoureuse « neutralité axiologique » revendiquée habituellement dans ce domaine des sciences humaines..

Alain Quemin en observation paticipante avec une galeriste…

L’enflure médiatique de ces deux incontournables  VIP de la socio, obstrue totalement le paysage et obère toute possibilité d’avènement  d’une vraie et sérieuse approche sociologigue de l’art en France….Une sociologie de l’art digne de ce nom …Une sociologie « sport de combat », politiquement incorrecte, qui va au fond de la réalité et non de superficialité mondaine, avec de véritables enquêtes « de terrain » auprès de tous les acteurs de l’art , des artistes, des galeries, des amateurs d’art, collectionneurs, des institutionnels, des politiques , des enseignants, etc…pur en dresser les diverses typologies, pour bien comprendre les facteurs surdéterminant leur pensée artistique et leur « goût », pour démonter les mécanismes de survalorisation et/ou de dévalorisation des œuvres, de dérogation à la loi et /ou de « subversion » du bon sens commun…..Bien comprendre la logique interne d’un discours d’autant  en plus « distingué » qu’inepte et  délirant…Une étude des réalités qui s’avère grâce à ces deux encombrants-là ( et à d’autres) tout aussi impossible et tabou que les statistiques ethniques dans certains autres domaines de la sociologie…. Un travail de recherche interdit ou censuré là-aussi par le terrifiant politiquement correct universitaire qui sévit aujourd’hui en sciences Humaines.

Remarque importante : On ne demande pas aux sociologues de l’art d’être des artistes ou des poètes, de connaître l’art de l’intérieur, dans sa substance mystérieuse et irréductible à toute analyse, y compris sociologique…Non,  on leur demande seulement de démonter les mécanismes de sa falsification  et de son détournement au profit de causes extérieures à lui…On leur demande de déblayer les tas de faux-semblants qui encombrent son accès direct, qui empêchent l’art plein de sens et de contenu d’être librement partagé entre tous, indépendamment des l’appartenances socio-culturelles, des mélanges des genres, etc…Pensons ici à ce qu’avait initié Bourdieu dans « Les règles de l’art », qui date de 1994 : de la vraie sociologie de l’art…

ALAIN QUEMIN

J’avais eu l’occasion d’écrire ce qui suit sur ce sociologue mondain bodybuildé, assidu des vernissages en prestigieuses galeries « internationales », farouche soutien des minorités opprimées dans leur luttes convergentes….

L’ « OBSERVATION PARTICIPANTE » : LE NOUVEAU TRIP DE MR QUEMIN EN SOCIOLOGIE DE L’ART

Quand les sociologues se font les « pique-assiettes de proximité »des « grands » vernissages

NATHALIE HEINICH

Voici un texte écrit il y a vingt ans par mon ami François Derivery, sur cette diva mandarin-e   universitaire, redoutable   brasseuse de vent et enfonceuse de portes ouvertes…ou , au mieux, « journaliste améliorée » telle qu’elle peut apparaître dans son livre sur Christo ou bien dans  L’Art contemporain exposé aux rejets. Études de cas (1998). Une « journaliste  améliorée » qui, dans ce livre plus ou moins commandé par le Ministère, faisait plutôt dans l’investigation inquisitrice en identifiant cette part de la population réfractaire au contemporainisme artistique institutionnel, cette partie réactionnaire et anti-progressiste qu’il convient donc de désigner et dénoncer pour mieux en prévenir les méfaits potentiels sur l’appareil culturel d’Etat…Une journaliste « améliorée » incapable en tant que telle, d’aborder au fond cet art dit « contemporain » comme art de classe, marqueur tribal, emblème communautaire, signe de distinction et d’appartenance à l’élite intellectuelle, bureaucratique  et financière, panache de ralliement entre conceptualo-bidulaires identitaires,  instrument d’endoctrinement des populations  laborieuses et support de lucrative spéculation  financière, etc…Ce serait la  vertueuse façon d’aborder la question, que l’on serait en droit d’attendre  de la part de tout sociologue libre et honnête…Mais l’honnêteté et l’indépendance dans ce domaine de non-sens et de non-droit qu’est l’art « contemporain » est aussi impossible, voire scabreuse, qu’elle pouvait l’être en Union Soviétique qui avait elle aussi ses sociologues « maison »,  collaborateurs dévoués du système totalitaire et qui jouaient déjà le rôle de « pare-feu » à toute contestation de l’idéologie dominante….

Voici le texte de François Derivery :

 « N. Heinich se prête à une critique beaucoup plus sérieuse que Bourdieu lequel, critique du néolibéralisme artistique à ses débuts, a eu le tort de céder sur la fin aux pressions modernistes et opportunistes de son entourage en faveur de « l’art contemporain » ( voir son dérapage avec l’artiste Haacke ). Heinich, par une sorte de malhonnêteté, se dit « critique », du système tout en adoptant sa logique, système où elle tient à avoir sa place. D’abord elle se pose comme ayant inventé toute « sa » critique — ce qui est d’une immodestie assez « contemporaine » — mais aussi tout son discours est suspendu en l’air sans la moindre référence aux recherches (historiques, philosophiques, sémiologiques, idéologiques…) disponibles depuis les années 60-70. Autrement dit elle fait partie de ceux qui nient l’histoire. Enfin, on chercherait en vain chez elle le moindre point de vue (bis) philosophique, politique ou idéologique… On parle « d’art » et de rien d’autre ! C’est d’ailleurs pour cette raison que, bien qu’elle puisse parfois gêner quelques inconditionnels de l’officialité, elle est reconnue comme une voix « autorisée ». Elle pratique le  « jeu des limites », hypocrite s’il en est, cher à l’art contemporain, qui en vit. Elle reste « in » tout en jouant à être « out »  : seul moyen de construire une lecture réputée « critique »  de ce même système. Quel est en fin de compte le réel statut du texte d’Heinich ? sociologique ? mais un sociologue comme Bourdieu avait, nécessité oblige, une approche philosophique de son objet. Il faut plutôt voir le texte de Heinich comme une sorte de journalisme  « amélioré », qui trompe son monde. ».

Ce passage est extrait de l’ article de François Derivery  « La certitude plutôt que le risque » de 2012 paru dans Ligeia n°149-52 en 2016. 

« …Le caractère prétendument subversif de l’art contemporain apparaît pour ce qu’il est si on le replace dans le contexte de l’idéologie « libérale-libertaire » qui est censée lui servir de justification théorique. Contrairement à ce qu’écrit N. Heinich , l’artiste « contemporain » idéal ne s’affirme pas « en opposition au pouvoir » mais bien, et jusque dans sa posture pseudo contestataire, en parfait accord avec lui. »

Ce  texte de F. Derivery se réfère à N. Heinich « L’élite artiste »  2005, p.312.

BIBLIOGRAPHIE DE  FRANÇOIS DERIVERY :

Aux Editions E.C.

Pulsions et inscriptions dans deux romans de Jules Verne, 1994.

Avant-dernier acte, nouvelles, 1995.

Deux Entretiens (avec Maurice Matieu), 2000.

L’Exposition 72-72, 2001.

Art et travail collectif suivi de La politique d’art officiel en France, 2001.

Le système de l’Art, 2004.

Les artistes terrassant la CAVAR (avec Robert Maggiani), 2005.

L’Art contemporain de marché, vitrine du néolibéralisme, 2008.

Art et voyeurisme, des Pompiers aux Postmodernes, 2009.

L’Art contemporain, produit et acteur du néolibéralisme, 2013.

Art contemporain : le déni du sens, 2016.

Paysages Politiques, 2019.

Articles

« Massacres et répression en Iran »

« Guerre et répression : l’hécatombe vietnamienne »

in Le Livre noir du Capitalisme, Editions Le Temps des Cerises, 1998.

Revues

Esthétique Cahiers, Manifeste, Intervention, Artension, Ecritique, Ligeia…

Ouvrages collectifs

Publications du Groupe DDP :

Chercher l’esthétique, Editions DDP, 1985.

DDP, Forces du peindre, Editions DDP, 1986.

Esthétique critique, E.C. Editions, 1994.

Le Groupe DDP 1971-1998, pratiques collectives, pratiques artistiques, E.C. Editions, 1999.

La peinture collective du Groupe DDP, E.C. Editions, 2005.

Le salon de la Jeune Peinture, une histoire 1950-1983, de Francis Parent et Raymond Perrot. Réédition augmentée d’Annexes, Editions Patou, 2016.