L’EMPOUBELLAGE DE L’ARC DE TRIOM PHE OU LE ÉNIÈME BAROUD D’HORREUR DE L’ART CONTEMPORAIN Par Jean-Pierre Cramoisan (Billet d’humeur)

« Sans doute le meilleur texte écrit sur cette gigantesque imbécillité » – Nicole Esterolle

À l’époque où l’on honnit le plastique, les décideurs de l’art contemporain n’ont rien trouvé de mieux que d’en remettre une couche en recouvrant l’Arc de Triomphe d’un grand sac poubelle.

Christo qui demandait depuis 1962 l’autorisation de faire une de ses surenchères haute-couture, habillage déshabillage sur le célèbre monument parisien aura enfin été récompensé post-mortem.

Dépuceler les consciences ?

Habitué à le côtoyer en haut des Champs-Élysées au point de ne plus le voir, on le voit à présent comme jamais, mis en scène dans une fanfreluche couleur mastic. Il semblerait que l’artiste ait eu l’intention de solliciter l’interrogation du quidam sur la survenue interlope de ce  bâchage de ravalement. Mais pour quoi au juste ? Réaliser un fantasme ? Après tout, le but de cette démarche, comme il en est de toute mascarade en pensée dominante de l’art contemporain, n’est-il point de dépuceler les consciences, de désengourdire l’apathie de l’ordinaire en repensant l’Histoire. L’important consiste à ce que l’on ne comprenne rien d’autre que de se demander pourquoi rien plutôt que quelque chose. Roulement de tambour, et tout se transforme dans le grand appareil circacien des détenteurs de cerveaux dont certains ont perdu l’usage. Remodeler le réel en l’anéantissant, n’est-ce point là un tour triomphal de repoétisation ?

Koi qu’c’est ce truc ? 

Le passant qui traîne ses godasses devant ce truc encapuchonné, se tripote le menton, se matagrabolise les neurones : « Koi qu’c’est ce truc ? Prendrait-il froid qu’on l’emmitoufle ? Le repeint-on ? Le ravauderait-on ? On n’est pas chez les Talibans que l’on nous burqanise ce haut-relief représentant une Victoire à la poitrine déployée. » Beaucoup se turent, médusés, d’autres crièrent à l’absolu génie. On s’écharpa sur le sens de l’art. Il n’en sortit rien qu’un courant d’air qui fit frissonner aimablement l’étoffe de plastique.

Puis, un matin, il n’y eut plus rien.

Tout avait disparu. D’aucuns le regrettèrent ; d’autres, après cette éclipse de cellophane, se sentirent soulagés de voir renaître ce bon vieil Arc de Triomphe et sa majestueuse et éternelle beauté. Pour qu’après avoir travesti ce monument, symbole de la République, il se revivifie dans sa grandeur et dans sa force ? Qu’il respire à nouveau son vrai prestige ?

Qu’en aurait pensé Napoléon ?

Lui qui ordonna qu’on le fît ériger en hommage à la bravoure et à l’héroïsme ? En le voyant ainsi troussé, les grenadiers de l’Empire en eussent ravalé leur tablier de sapeur. Et qu’en penserait le sculpteur François Rude devant l’effacement de son Départ des Volontaires ?

Tout est bon pour la tambouille de cet art d’attraction fanfaronesque. S’introduire dans le patrimoine historique, non pour le commenter, voir même le critiquer, mais le dévoyer par les moyens les plus grotesques, est devenu une piste très prisée des artistes acrobates de la vacuité.

Que peut-on ajouter de plus, sinon que nous avons eu affaire à un énième baroud d’horreur de l’art contemporain.

Nicole Esterolle

Comité de rédaction pour le Vadrouilleur urbain

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