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L’EMBALLAGE COMME L’ART QUI TRIOMPHE par Olga Garbuz (Billet d’humeur)

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Jusqu’au 3 octobre, Paris verra son Arc de Triomphe empaqueté par l’artiste conceptuel de renommée internationale Christo. Importance de l’éphémère, de la réplique, de l’apparence, de l’emballage : cette œuvre en dit beaucoup sur l’art contemporain, et plus largement sur la postmodernité.

Cet artiste, dont le vrai nom est Christo Vladimiroff Javacheff est né en Bulgarie en 1935. Il a fait ses études aux Beaux-Arts de Sofia avant de venir s’installer à Vienne, puis à Paris et finalement à NewYork où il a vécu et a travaillé plus d’un demi-siècle, jusqu’à sa mort en 2020. C’est dans les années 1950 à Paris, en intégrant le groupe des Nouveaux Réalistes, que Christo a élaboré sa propre démarche artistique qui consistait à emballer des objets. D’abord des boîtes de conserve, puis des revues et des meubles ; parmi les créations de cette période, on trouve une moto et même une femme, emballée comme une sorte de mannequin. Avec le temps, ses projets prennent une tournure plus large, voire grandiose.

Les premières initiatives d’envergure de Christo sont soutenues par les centres de l’art contemporain. C’est ainsi que le Kunsthalle de Bern permet en 1968 à l’artiste déjà installé sur le sol américain de recouvrir son bâtiment par presque 2 500 mètres carrés de polyéthylène. Suit, dans la même année, l’emballage de l’église et la fontaine dans le centre-ville de Spoletto, en Italie. Aussitôt, l’artiste se tourne vers la nature et crée de gigantesques installations, en cachant sous le tissu une partie du littoral à Sydney ; en étalant un rideau de 13 000 mètres carrés dans la vallée de l’État du Colorado ; en encerclant par du nylon rose vif les îles de la Baie de Biscayen à Miami. Dans l’année 1985, Christo emballe le Pont-Neuf à Paris et dix ans plus tard, le Reichstag à Berlin.

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Aux questions l’interrogeant sur l’utilité de sa démarche, Christo répondait qu’il le fait uniquement pour satisfaire sa propre imagination et pour le plaisir de ses admirateurs. Il considérait ses installations comme une expérimentation pure avec l’espace et le volume, permettant la transformation d’un objet lourd et statique en quelque chose d’éphémère, prêt à disparaître.

L’emballage, fragile et temporaire, devient alors la valeur en soi, plus important que l’objet qu’il dissimule. Et par ce fait, l’approche de Christo reflète parfaitement bien notre époque. C’est ainsi que le postmodernisme est considéré comme une sorte de « pack-culture » (M. Epstein) qui multiplie des semblants, des répliques, des simulacres : des copies dépourvues d’original. Jean Baudrillard, qui a beaucoup développé ces idées, parle du vide, de la rupture qui s’installe entre la perception du réel et le réel lui-même, entre la forme et le contenu. […]

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