LA JOCONDE DE L’ART«CONTEMPORAIN »… Par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

Œuvre: La Joconde de Lavier-Pinault-Aillagon

Il y a , au Louvre, la Joconde « au sourire mystérieux » de Léonard de Vinci…

Il y a désormais, à la Bourse de Commerce de Paris, (image jointe)  son équivalent « contemporain »,  pièce centrale de la Collection Pinault : ce « nounours à l’air vicieux » trouvé dans une poubelle et déclaré œuvre d’art par son auteur , Bertrand Lavier, avec l’accord enthousiaste de toutes les autorités culturelles de ce pays ….Bon, nous en sommes là…Dans quelques dizaines d’années, on se demandera de quelle perversité  meurtrière ont été atteintes ces même autorités..

Mais quand on analysera les mécanismes de tous ordres, qui ont conduit à ce carnage de l’art et à la destruction systématique des systèmes habituels de légitimation, on y verra, en position centrale , la loi Aillagon qui, depuis 2003, permet aux entreprises de défiscaliser leur achats d’art  ( à travers souvent des fondations) à hauteur de 60% des sommes versées. …(notons toutefois que cette loi peut être vertueuse dans quelques rares cas)

Une loi aux effets globalement pervers, qui a donc permis, à son ami  milliardaire Pinault , d’acquérir environ 10 000 œuvres , pour un prix intéressant compte-tenu de  l’aimable  soutien du contribuable français. Des œuvres pour la plupart formatées financial-art conceptualo-bidulaire et sociétalo-questionnatoire, recommandées par l’expert  Aillagon, ex-ministre de la culture ,  ex-directeur du Château de Versailles et  initiateur de cette  loi très auto- avantageuse, …Aillagon premier bénéficiaire de sa loi : Bonjour  l’énorme conflit d’intérêt !…

Mais qu’à cela ne tienne : l’important est que l’art de classe internationale profite aussi le bon peuple….

Et c’est ainsi que l’on peut voir la collection Pinault se répandre allégrement avec la bénédiction ministérielle  en trois endroits prestigieux cet été sous le commissariat du même Aillagon : La bourse de Commerce à Paris, Le MUCEM à Marseille et le Couvent des Jacobins à Rennes.

Cette triple opération d’affairisme culturel a été superbement menée. Jolie entortillade !! Bravo les deux compères !

Magistrale méga- turlupinade  qui permet tout à la fois, en réquisitionnant  l’appareil culturel d’État et les dispositifs muséaux qui vont avec,  de valoriser les produits artistico financiers de la collection et de se donner une image de mécène bienfaiteur de l’art et de l’humanité ….Mais le plus admirable dans cette opération c’est que, grâce à la loi Aillagon, il est possible d’ utiliser l’argent du citoyen-même  pour l’abrutir sous prétexte de le cultiver, en l’obligeant à croire qu’il doit exprimer le même respect au nounours de Lavier qu’a la Joconde de Vinci…s’il ne veut pas passer pour un mauvais citoyen….Très, très fort !

Une carambouille d’une telle envergure et d’un tel talent, mérite en effet  admiration et respect.

Une petite aillagonnade parmi d’autres :

C’est l’opération Retable de Grunewald-Pinault-Abdessemed , qui  a consisté à faire placer d’autorité deux Christ en fil de fer barbelé l’artiste Abdessemed, poulain de Pinault, à côté du Retable du Musée d’Isenheim, à l’occasion du cinq-centenaire de cette œuvre sacrée..

Il faut un culot inoui pour oser une telle profanation…Mais pour l’homme qui a fait suspendre un homard en plastique dans la galerie des glaces du Château de Versailles rien n’est impossible dans le registre de l’odieux…

Il s’était même vanter  ensuite, d’avoir pu , par un simple coup de fil, obtenir l’autorisation de la Conservatrice terrorisée du Musée d’Unterlinden, y faire suspendre les grossièretés d’Abdessmed, et leur assurer ainsi une solide plus-value sur le marché.

La MDA intervient  !

J’apprends que la MDA (association Maison des Artistes-30 000 adhérents environ ) a amorcé un « travail au corps » auprès des parlementaires pour les indispensables réformes structurelles, qu’eux seuls sont habilités à faire réaliser !  Bravo !

C’est en effet   la MDA, qui possède la représentativité et la légitimité ( bien plus que  les deux ou trois mini-syndicats) de demander l’action  des parlementaires pour proposer un autre mode d’intervention de l’Etat dans le champ de la création artistique, pour faire que le regard institutionnnel ne s’intéresse pas qu’aux seules créations « conceptualo-bidulaire sociélement engagées », et cesse de ringardiser 95% de la création d’aujourd’hui ; pour que cesse le conflit d’intérêt comme ingrédient consubtantiel à la contemporanéité de l’art,  pour le respect de la biodiversité artistique et pour la reconstruction de l’écosystème naturel de l’art

La MDA a, je crois,  les moyens et les contacts déjà établis pour initier des « groupes de travail » ou des « commissions d’enquête » sur les ahurissantes dérives de l’appareil ministérielle depuis 40 ans…Le moment est venu de faire ça.

Je vois bien, lors d’une de ces commissions, Jean-Jacques Aillagon expliquer doctement aux parlementaires les vertus artistiques et morales du nounours de Lavier ou du Homard de Koons…ça ne manquera pas de panache et méritera assurément d’être conservé aux Archives Nationales…pour être étudié plus tard par une nouvelle génération de critiques-historiens-sociologues de l’art moins contrainte au silence hébété que celle d’aujourd’hui.