LA COOPÉRATIVE ARTISTIQUE D’AÏNI DANS LES CORBIÈRES Par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

Œuvre entête / Jean-Luc Curabet

Philippe Aîni fait figure de gigantesque  exception parmi les artistes plasticiens français.

Après avoir été initialement un humble ouvrier pâtissier dans un petit village perdu sur la lande de Fronsac, il  est parvenu à une solide reconnaissance, avec un art plutôt singulier mais universellement partageable …Il s’inscrit d’emblée, voire congénitalement, hors des courants dominants et apparaît comme une anomalie, un cas d’école d’autodidactie, un incassable incasable, un inclassable, même pas dans la norme des « hors-normes », c’est dire. ! …

L’ample et juste célébrité dont bénéficie aujourd’hui Aïni, est donc de l’ordre de la nécessité souterraine, de la magie blanche, primale, ancrée dans une réalité locale, tripale et ancestrale, totalement étrangère aux systèmes  de légitimation habituels , encore moins aux réseaux mafio-spéculatifs. Elle a déjoué tous les savants pronostics, et c’est en cela qu’elle est à la fois actuelle,  intemporelle et surtout porteuse d’espoir en l’art et en l’humain.

Une œuvre libre en quelque sorte et positive par une fabuleuse  inventivité formelle accrochée et nourrie « au magmas sensuel de la  matière, fouilleuse des entrailles de la chair et de l’animalité des corps… Un art barbare, exultant de sauvage santé » comme le dit mon ami Christian Noorbergen…

Une gigantesque générosité

En plus d’une énorme capacité de travail, il fait montre d’ une générosité gigantesque envers ses  collègues artistes, compatriotes et contemporains, au point de leur aménager, au pays du poète Joseph Delteil, une gigantesque coopérative viticole en coopérative d’art ….Il dit que cette attention à autrui  alimente son imaginaire et ses « visions médiumniques » , autant que l’exploration des poissonneux fonds sous-marins en mer de Chine, que l’artiste pratique assidument un mois par an, depuis des années.

Une expo annuelle pour les amis artistes

C’est rituel. Tous les étés, il fait un grand accrochage dans les 1000 mètres carrés de son atelier – galerie, pour montrer le travail des artistes qu’il aime bien ; Ce n’est pas une exposition – vente, non, c’est seulement une occasion de se rencontrer et de faire la fête. De donner aussi visibilité au collègues, d’inviter des amateurs d’art, des collectionneurs, des voisins …et des gens de la DRAC (qui ne viennent pas, mais qu’importe)

  • La résurrection / Philippe Aîni
  • Philippe Aîni
  • Deux Macréau
  • Deux portrait / Patrick Paufert
  • Coop’art,1 rue Joseph Deletil

Une démarche exemplaire

Il est convenu de dire que les artistes sont des individualistes avec un égo d’éléphant et que c’est la condition de leur indépendance et de leur liberté créative…Affirmer cela est d’une niaiserie sans nom, et la démarche d’Aïni est la démonstration exacte du contraire.

La coopérative d’Aïni est un lieu de connivence entre des créateurs aux écritures différentes, mais qui se reconnaissent « au fond ». C’est une lieu de reconstruction du sens et de réhabilitation du contenu, de l’inventivité, de la gaité, de la fraternité,  face à l’énorme entreprise de « déconstruction » institutionnelle de l’art et du lien social…une démolition qui n’a plus grand chose à déconstruire après 40 ans d’exercice en toute impunité.

Cette Maison d’Art  préfigure toutes celles qui contribueront bientôt, ensemble et toutes différentes,  à la décontemporanisation de l’art, à sa  définanciarisation, à sa  désinternationalisation ,  à sa  déradicalisation   du conceptualisme mortifère, à sa décrinisation d’État, à sa dépollution intellectuelle. (signalons , à 40 km au nord, un lieu ami : la formidable Collection Cérés Franco à Montolieu, logée elle aussi dans une ancienne coopérative viticole)

Tous ces endroits « habités »  constitueront ensemble un outil de  reconstruction  des systèmes  de diffusion et de reconnaissance, de  préservation de l’ écosystème naturel de l’art  et de sa bio-diversité…et tout cela en articulation avec l’avènement heureux d’une pensée écologique globale prônant le retour au local, au circuit court, à l’ancrage territorial, aux nécessités intérieures.

Carré  Line, Titos, Jean-Luc Curabet , Paëlla Chimicos, Patrick Paufert, Delhal , Danielle Le Bricquir, Antoine Rigal , Joseph  Kurhajec, Florence Arnold , Christophe Miralles , Nicolas Gasiorowski , Dominique Albertelli , Gérard Delafosse , Claude Viallat  , René  Strubel, Simone Picciotto , Fabien Chevrier , Stéphan Vivier , Charlotte Massip, Philippe Aïni, Ghyslaine et Sylvain Staëlens , Fabienne Octobre , Stephane Carel, Marc Girard, Daniel Robert , Sandra Detourbet , Moss, André Cervera,  Joel Bastard, Dado, Joseph Donadello, Corneille, Michel Macréau , Lydie Arickx, Beng Lindström, Hervé  Di Rosa, Mario Chichorro, Michel Audiard, Roger Decaux, Pierre Souchaud,  Sylvie  Badia, Mario Murua , Pépé Donate , Bruno  Hadjadj, Lambert Rocour , François Monchâtre , Jean-Marc Gauthier, Messagier, Louis Cane.

Coop’art

Ouverture à partir de 26 juin jusqu’à la fin octobre

1 rue Joseph Deletil

11220 Servies en Val

Tél : 06 21 63 04 31

Aini.philippe@orage.fr

www.lamaisonaini.com

18,50 euros

Ce livre est un témoignage montrant  que nulle part ailleurs qu’en ce territoire de l’art dit contemporain on avait été aussi loin dans la régurgitation du sens, dans l’inepte comme coquetterie intellectuelle , dans la transgression des lois, dans la déconstruction des repères, le « cassages des codes », etc.,…Bref dans ce nihilisme meurtrier nécessaire à l’instrumentalisation de l’humain au profit de ces fellateurs du rien peuplant les réseaux bureaucratico-financiers de cet art abusivement appelé contemporain.… Vente (ici)