Hommage à Louis Pons

HOMMAGE À LOUIS PONS, L’UN DES GRANDS ARTISTES DE NOTRE TEMPS / Galerie Béatrice Soulié (FR)

Du 11 juin au 17 août 2021

HOMMAGE À LOUIS PONS, L’UN DES GRANDS ARTISTES DE NOTRE TEMPS… MORT DANS LA MISÈRE

Terrible époque que nous vivons, qui voit les artistes les plus creux comme Lavier, Buren, Veilhan, Venet, devenir des stars milliardaires, pendant qu’ un artiste de contenu sensible et poétique comme Louis Pons, finit ses jours dans une misère noire,   après avoir été exposé chez Claude Bernard, au Point Cardinal…

Que se passe-t-il ? Le système dominant de reconnaissance de l’art en France, est-il devenu complétement fou, délirant, stupide, cynique , corrompu jusqu’à l’os ?

Voici des images et un texte de Christian Noorbergen en hommage à cet immense artiste et à l’occasion de la grande exposition que lui consacre la Galerie Béatrice Soulié à Marseille. 

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Hommage à Louis Pons

Par Christian Noorbergen

Louis Pons le taiseux, autodidacte fabuleux, et l’un des très grands de la création, vient de disparaître, le 12 janvier, à 93 ans, à Marseille, où il est né en 1927. Après des études primaires à Marseille, Louis Pons apprend le métier d’ajusteur, ne l’exerce jamais. Dessinateur de presse à la Libération, dans les journaux issus de la Résistance, il est aussi, brièvement, comptable, ouvrier agricole, vendangeur, peintre en bâtiment…

En 1948-1949, à 21 ans, il passe un an et demi en sanatorium, à Hauteville. Malade, il vit à la campagne dans de nombreux villages du sud de la France. Revenu à la vie ouverte, il découvre Joseph Sima, peintre phare du Grand Jeu,  l’œuvre de Joë Bousquet, les dessins de Louis Soutter, les aphorismes cinglants de Lichtenberg. Il réalise environ 2 000 dessins à l’encre de Chine pendant cette période, il peint et acquiert une presse de graveur. Mais, atteint de troubles visuels, il est obligé d’abandonner le dessin, en 1959, “j’ai vécu vingt dans la peau d’un dessinateur que j’aimais comme un frère. Quand il m’a quitté le rie s’est figé“. Dès lors, Louis Pons compose ses premiers assemblages, collages en trois dimensions, et tableaux en relief faits d’objets et de matériaux de récupération. Ses travaux sont présentés en 1962 à la Galerie Alphonse Chave, à Vence. Il écrit, et écrira toujours d’étranges et savoureux aphorismes (“L’idéal serait de transformer l’or en plomb“) et de nombreux forts textes sur ses frères et sœurs en création, de Georges Bru à Fred Deux, de Marie Morel à Pierre Courtin. Il apparaît étonnamment dans un film d’Agnès Varda, (2000) “Les Glaneurs et la Glaneuse“.

La liste de ceux qui ont écrit sur lui Pons est inouïe, de Marc Le Bot à Jeanine Warnod, ou de Louis Délédicq (qui l’a superbement exposé à Tanlay, dans l’Yonne) à l’ensorcelé Jean Benoît.

Son œuvre a reçu l’étiquette banalisée de surréalisme ou encore d’art brut, mais il est d’abord un fabuleux singulier de l’art. A travers ses sombres reliquaires, ses boîtes à magie, et ses assemblages inattendus, il poursuit inlassablement une voie irréelle et poétique chargée jusqu’à l’os. Louis Pons, artiste d’ici et d’ailleurs, n’a rien à voir avec les poncifs de l’art contemporain. Ce drôle de créateur hante « les voies désaffectées » celles où l’on trouve de tout. Dans ses assemblages hétéroclites, son art, comme le disait joliment Jean-Jacques Lerrant est « d’aménager les restes, selon la logique surréaliste des accouplements incongrus ». Les restes en question procèdent cependant, dans leur choix méticuleux, d’une logique devinée secrète. Il ne s’agit pas de déchets, ni à proprement parler de récupération. Il y a des choses abandonnées, laissées là sans respect et sans regard. Déshéritées et sans valeur marchandes. Et Louis Pons leur donne une âme et des structures. Il crée pour elle comme des tableaux en forme de tombes verticales, et de petits objets, et de petites carcasses, inutiles et minables.

Louis Pons est un barbare du regard, un sauvage égaré dans les marges de la modernité. Un saint homme, un tantinet particulier aux yeux couleur de poix, un mystique à l’odeur de soufre qui ne vivrait que dans les greniers et les caves, ignorant avec superbe l’existence des salons. Sans dogme et sans théologie, l’art de Pons est rural et médiéval, avec des relents momifiés d’ornière oubliée, de sorcellerie et de magie scabreuse. Cependant, la poussière s’est accumulée et la nostalgie a perdu ses douleurs. Les œuvres de Pons ont d’emblée la couleur du temps… Mais avec lui, les pauvretés abandonnées reprennent une sacrée dose de vie. On dirait alors les anti-vitrines d’un monde non-civilisé où tous les publicitaires auraient disparu.

Ce fouilleur d’espace à l’écart rejette les constructions intellectuelles trop narcissiquement élaborées. Son art relève plutôt de la mise-à-sac, ou de la brocante vagabonde. Rien à voir avec le principe obsessionnel d’une « trouvaille » conceptuelle inédite. On patauge plutôt dans le poison des caves de l’âme, dans le labyrinthe des objets à jamais abîmés dans les greniers des souvenirs. Sanctuaire silencieux du dedans. Si les rats ont su quitter les lieux éteints de la modernité, leurs cadavres dérisoires peuplent encore les compositions magiques de Louis Pons.

Ses œuvres sont les éclats émiettés d’un reliquaire infini. On dirait des tombeaux d’humanité, creusés dans un domaine enchanté. On y respire un air aigre où le dehors vivifiant importe peu. On voit des surgissements incongrus, des fouillis bizarrement organisés et de somptueux théâtres de la transgression où les objets participeraient tous au même rituel. Entre le sublime et ses débris autrefois épars, ce féticheur discret crée des liens surprenants.

Mais qu’on ne s’attende à aucune élégante hypocrisie : les dents des rats ont remplacé les sourires des villes, et l’air raréfié des paysages bloqués de Pons, emprisonnés à vie dans la grisaille des nostalgies, donne un ciel plus vrai, plus sombre et plus fort que celui des cartes postales de la modernité.

Pons est un fabuleux archéologue du rebours : dans la réalité crue du fantasme, des créatures à l’ironie monstrueuse sont les figures extasiées et grinçantes de ses implacables totems.

L’art de Pons, magicien actif et provocant, est d’exorcisme et d’incantation. Il garde contact avec les origines obscures de la vie. Car Louis Pons l’inoubliable ne sait pas oublier.

En savoir plus sur

Louis Pons :

– L’œuf sauvage, numéro 3, 1992

– Louis Pons, Le Lit du Vent, Paris 1996,

préface de Gilbert Lascault

-Louis Pons, Somogy éditions d’art, Paris 1999,

préface de Gilles Plazy`

« Passeurs de frontières : Pierre Bettencourt,

Gaston Chaissac, Louis Pons », Abbaye d’Auberive

– Galerie Les Yeux Fertiles

– Galerie Chave

– Galerie Claude Bernard

– Galerie Béatrice Soulié

Louis Pons – Rétrospective

Du 11 juin au 17 août 2021

Galerie Béatrice Soulié

11 place aux Huiles

13001 Marseille

06 63 64 22 81

beatricesoulie@free.fr

https://www.galeriebeatricesoulie.com/