L’ART « URBAIN » COMME ALTERNATIVE À L’ART « CONTEMPORAIN » ? Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

L’ART « URBAIN » COMME ALTERNATIVE À L’ART « CONTEMPORAIN » ?

D’où vient cette tendresse appuyée de solides subventions, affectant paradoxalement les municipalités plutôt de gauche et/ou vertes pour cet art à haut pouvoir  de pollution visuelle et mentale et à haute vertu spéculo- financière  ?

S’agirait-il de proposer une alternative à l’esthétique languienne socialo-progressiste qui a bourré les FRAC et autres collections publiques de pièces conceptualo-bidulaires inregardables et sans public ?

S’agirait-il de se démarquer d’un vieil art ministériel quarantenaire,  duchampo-buréno-gauchiste et très intello-élitiste, pour aller vers une expression plastique plus jeune, plus populaire, plus rebelle, plus tripale, plus libertaire, plus insoumise, et plus écolo-gaucho- compatible idéologiquement ?

S’agirait-il , finalement, de passer du pire à l’encore pire, de passer de Charybde en Scylla, histoire d’avancer coûte que coûte,  au nom de je ne sais quel devoir de  renouvellement ou de progrès sociétal?

L’avantage de l’art dit « contemporain »,  processualo-discursif et cérébro-bidulaire en diable, c’est qu’il était montré dans des  lieux clos pour un public quasi inexistant, et donc qu’il était possible d’y échapper pour la quasi totalité des gens….

L’inconvénient avec  l’art urbain ou  street – art,  c’est qu’il s’étale à l’air libre sur les murs extérieurs , incontinent, expansif, incontrôlable,  et qu’il peut même déborder en zones rurales., afin  que personne ne puisse  y échapper.

Certes, on trouve parfois  du street-art, urbain ou rural,  inventif,  honnête et avec un contenu artistique indéniable, mais dans 90% des cas, on a affaire à une   une violence colorée gratuite , une gesticulation picturale répétitive , une agression  visuelle  sans surprise, sans douceur ni poésie, terriblement  asphyxiante, oppressive, anxiogène et ravageuse pour la santé mentale et psychique d’un public passant devant, qui n’a rien demandé et qui a  bien d’autres raisons de s’angoisser par ailleurs.

Cette tendresse de nature purement idéologique ( voire électorale) des élus « progressistes » pour le bariolage mural de nos  villes et de nos campagnes,  pourra-t-elle supplanter celle des agents de l’art institutionnel et des spéculateurs de tous poils pour l’art dit contemporain ? On se le demande..

Y aura-t-il bagarre sanglante  entre les contemporainolâtres et les streetartolâtres ?

  • Street artistes
  • Atelier familial de street art dans une friche industrielle
  • Street-art / Non
  • Roubaix, la ville du street art...

Les premiers possèdent  l’avantage majeur d’avoir encore le contrôle  des  réseaux institutionnels et financiers . Ils tiennent les rennes de l’appareil et l’argent public qui va avec. Et pour l’instant, il n’est pas question qu’ils concèdent quoi que ce soit à cet art qu’ils jugent vulgaire, grossier, populiste,  inculte. Il n’est pas question qu’ils achètent pour les FRAC ou pour les collections publiques, qu’ils attribuent quelque  subventions par les DRAC ….Ils laissent  le soutien à cet art  aux départements et aux municipalités qui s’occupent déjà des RSA, et qui voient ainsi une occasion de procurer nouvelle vie et vocation culturelle de pointe à quantité de friches industrielles et d’usines abandonnées (voire de villes entières comme Roubaix )… Des centaines d’associations opportunistes de bombeurs – grapheurs (pas de  bombeuses-grapheuses, car il y a surtout du mâle blanc hétéro dans ce type d’expression plutôt macho) sont donc apparues sur le territoire français dans l’indifférence méprisante de Tania Mouraud et des autorités artistiques  de DRAC et du Ministère  

Mais je pense que cette opposition de fond entre art popu des rues et art distingué des Musées, va aller en s’amenuisant, quand on voit la financiarisation démente de certaines stars internationales du streetart , quand on voit les gigantesques niaiseries du nommé JR envahir les monuments patrimoniaux, quand on voit l’apparition de musées du Streetart, d’ateliers de streetart, quand on le voit  entrer dans les galeries et les foires d’art (alors que sa nature est de rester sur les murs extérieurs ), et un engouement marchand qui écrase et dévore toutes les autres formes d’expression plus délicates et poétiques… comme l’écrevisse américain ravage l’écosystème de nos étangs…Quand on voit comment il suffit de trois galeries street – art post – pop warholé sur 100 galeries présentes dans une foire d’art , pour tout polluer et casser gravement l’ambiance….Quand on voit les décos intérieures bobos Ikéa se pimenter des quelque esthétique punk à chiens, entre un abécédaire de grand-mère  au point de croix et une Marilyn warholée dégotés dans le dépôt Emmaüs du coin.

On suivra avec attention cet affrontement meurtrier entre le conceptual-art de l’élite et le street-art du  middle class, et nous verrons, qui de la peste ou du cholera aura dévoré  l’autre….en espérant qu’ils d’entredévorent définitivement, et que les artistes de rue reviennent travailler chez eux, en arrêtant  d’imposer la vue de leurs œuvres , intéressantes ou non, à des gens qui n’ont  rien demandé.

Mais en attendant, consolons-nous en pensant que 95% de la création actuelle ne relève ni de l’une , ni de l’autre de ces deux avanies….Et allons faire un tour sur le nicolemuseum.fr, pour voir de nos propres yeux la luxuriance de cette  création artistique d’aujourd’hui  qui a échappé aux  méfaits des logiques de pouvoir et d’argent qui surdéterminent  les deux types d’art sus-évoqués. https://nicolemuseum.fr/marcos-carrasquer/