À l’ouest des rails, 2003, vidéogramme Wang Bing

WANG BING – L’OEIL QUI MARCHE / Le bal (FR)

DU 26 MAI AU 3 OCTOBRE 2021

Un jour de 1999, dans le Nord-Est de la Chine, un homme de 32 ans ayant étudié la photographie dans une école d’art, se saisit d’une petite caméra vidéo amateur et filme seul, durant presque 2 ans, la disparition du plus grand complexe sidérurgique chinois. En résulte À l’Ouest des Rails (2003), un film magistral de 9 heures, vécu par beaucoup d’entre nous comme l’avènement d’un cinéaste et d’une manière unique de faire corps avec le cinéma. Ainsi commence l’événement Wang Bing.

Depuis, Wang Bing ne nous a pas quittés. En vingt films réalisés en autant d’années, avec une humilité et un acharnement hors du commun, une oeuvre-monument est née. Cohabitent en son sein, comme les deux faces d’une même pièce, les films anthropologiques où le cinéaste s’attache à suivre les pas des exclus du miracle économique chinois et les films historiques où est recueillie la parole des derniers survivants des campagnes anti droitières de Mao Tsé Toung. Dicté par la nécessité de tailler dans une oeuvre gigantesque pour en révéler la singularité, notre parti pris a été de n’explorer que les premiers. C’est par des fragments découpés dans la matière vivante de 6 films, les plus emblématiques à nos yeux de cet « être au monde » qui lui est propre, que nous avons choisi de pénétrer dans l’oeuvre de Wang Bing. Là s’invente une forme, là s’imprime la présence obstinée de Wang Bing sur les pas de l’Autre, là éclate la virtuosité du cadre dans un monde en perpétuel mouvement, là irradie l’humanité de cet oeil qui marche.

Pour Wang Bing, filmer relève de l’urgence, de la nécessité d’interroger son temps, son pays, séance tenante, d’établir un hors-champ de la couverture médiatique officielle, entre propagande et censure. Le cinéma de Wang Bing est traversé par cette question: Comment montrer la vie des anonymes, ceux que « l’économie socialiste de marché » ignore, méprise ou exploite?
La portée politique du cinéma de Wang Bing, jamais ouvertement revendiquée, s’exprime par une éthique de la patience, de la concentration, de la persistance. Etre là, ni trop loin, ni trop prés, attendre, ne pas partir, ne pas intervenir, ne pas savoir à priori, laisser la vérité des personnages advenir d’elle-même : ce dispositif minimal traduit bien la volonté de se soumettre à ce qui arrive. S’il s’en remet à l’autre, Wang Bing pour autant ne disparait pas. Tout est vu et entendu depuis sa camera, unique point de captation. Son souffle haletant perceptible, le bruit de ses pas ou l’apostrophe d’un ouvrier (« tu filmes ? ») attestent de l’omniprésence invisible, tel un filtre sensible, de son corps filmant.

  • Père et fils, 2014, vidéogramme Wang Bing / Galerie Paris-Beijing
  • À l’ouest des rails, 2003, vidéogramme Wang Bing
  • À l’ouest des rails, 2003, vidéogramme Wang Bing
  • 15 Hours, 2017, vidéogramme Wang Bing / Galerie Chantal Crouse
  • L’Homme sans nom, 2009, vidéogramme Wang Bing / Galerie Chantal Crousel
  • À la folie, 2013, vidéogramme Wang Bing

WANG BING

Wang Bing  est né en 1967 à Xi’an en Chine.

Après des études de photographie à l’École des beaux-arts de Lu Xun, puis à l’Académie de cinéma de Pékin (BFA), il travaille un temps à la télévision avant de débuter sa carrière de cinéaste indépendant. Il se révèle au public avec À l’ouest des rails (1999-2003), une trilogie de 9 heures qui retrace le déclin d’un vaste site industriel en déshérence situé près de Shenyang dans le nord-est de la Chine. Le film reçoit de nombreux prix et distinctions, dont le grand prix du Festival international du documentaire à Marseille, le prix Robert et Frances Flaherty du Yamagata International Documentary Film Festival au Japon et le grand prix du Festival international de cinéma documentaire de Lisbonne. Cette première oeuvre impose Wang Bing comme une figure marquante du cinéma chinois contemporain.

Il réalise ensuite de nombreux films documentaires tels que Fengming, chronique d’une femme chinoise (2007), Les Trois Soeurs du Yunnan (2012), À la folie (2013), Ta’ang (2016), Argent amer (2016), et Les Âmes mortes (2018), ainsi qu’une fiction, Le Fossé (2010). Ces films sont tous présentés dans les festivals internationaux, à Cannes, Venise, Berlin, ou Locarno où il obtient le Léopard d’or en 2017 pour son film Madame Fang.

Parallèlement, Wang Bing s’engage dans la création d’installations vidéo telles que L’Homme sans nom (2009), Crude Oil (2008), 15 Hours (2017), Beauty Lives in Freedom – Gao Ertai (2019). En 2009, la galerie Chantal Crousel à Paris organise sa première exposition en solo.

En 2017, Wang Bing reçoit le EYE Art & Film Prize à Amsterdam pour l’ensemble de son oeuvre. Ses films font l’objet de rétrospectives au Centre Pompidou en 2014, à la documenta 14 à Athènes et Kassel en 2017, au Museo Reina Sofía et à la Filmoteca Española de Madrid en 2018, puis à la Kunsthalle Zürich en 2019. Ses installations vidéo sont présentes dans de nombreuses collections, dont celles du M+ Museum (Hong Kong), du Centre Pompidou (Paris), du Museo Reina Sofia (Madrid).
En 2018-2019, Wang Bing est artiste-professeur invité au Fresnoy, Studio national des arts contemporains.

Aujourd’hui, Wang Bing partage sa vie et son travail entre la Chine et la France.

Commissaires : Dominique Païni et Diane Dufour

Le livre, co-édité à l’occasion de l’exposition par Delpire & coRoma Publications et LE BAL, reçoit le soutien du CNAP et de la galerie Chantal Crousel.

Le Bal

6, Impasse de la Défense

75018 Paris

+33 (01) 44 70 75 50
+33 (01) 44 70 75 56 (renseignements LE BAL BOOKS)
+33 (01) 44 70 75 51 (réservations LE BAL Café)

Métro Place de Clichy, lignes 2 et 13

Bus 54, 74, 81, arrêt Ganneron