UNE PÉTITION SANS RÉPONSE DU MINISTÈRE par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

Elle proposait la création d’un groupe de travail (ou commission d’enquête) parlementaire  sur la question de l’intervention de l’Etat  dans le champ de la création artistique et pour que les options artistiques institutionnelles s’ouvrent à la biodiversité de l’art d’aujourd’hui.

La pétition réalisée en 2019, avait obtenu environ 6000 signatures, envoyée au Ministère…mais sans aucune réaction de celui-ci jusqu’à aujourd’hui…ni de Mr Rickner, ni de Mme Bachelot…

Quelques députés de différentes appartenances  ont cependant manifesté depuis leur intérêt pour la question…à suivre donc.

Texte de la pétition :

La France est, depuis quarante ans, l’Etat le plus interventionniste du monde en matière de  création artistique, avec notamment sa Délégation aux Arts plastiques du Ministère, ses Fonds Régionaux d’Art Contemporain, son système de subventionnement et de soutien  à la création.

Mais malgré ce dirigisme, ou à cause de lui, la France n’est plus une référence pour l’art dans le monde, après l’avoir pourtant été pendant des décennies, en attirant des artistes du monde entier et en rassemblant tous les courants de l’art, des avant gardes à l’académisme, sans exclusion.

Il est maintenant reconnu par la plupart des acteurs de l’art en notre pays, que ce système aujourd’hui quarantenaire a été des  plus contre-productifs avec les effets suivants :

– Exclusion des lieux institutionnels de la plupart des artistes, et  en conséquence, disqualification d’une partie égale de la création actuelle

– Survalorisation des créations de nature conceptuelle et posturale au détriment de la mise en forme sensible, de « l’intelligence de la main »,  et du savoir-faire proprement pictural.

– Disqualification et disparition des galeries d’art non-alignées sur l’esthétique « Art Contemporain », internationalisable et financiarisable.

– Inféodation de nature structurelle du dispositif public à la spéculation financière privée globalisée.

– Suppression dans les Ecoles d’art de l’Etat de l’apprentissage des arts du dessin (dessin, peinture, sculpture, gravure), contribuant à la disparition des pratiques… Les enseignements de haut niveau sont interrompus.

–  Acquisitions de quantité d’œuvres d’art « Art Contemporain » sans valeur durable pour  les collections publiques, et qui occupent la majeure partie de celles-ci.

– Généralisation  et banalisation de pratiques opaques de collusion et conflits d’intérêts public-privé, qui ne pourraient être admises dans aucun autre domaine….   Comme la réquisition du Château de Versailles pour la valorisation des œuvres du financial-artiste Koons, ou bien le parasitage du cinq – centenaire du retable d’Isenheim pour celles du poulain de Mr Pinault , Adel Abdessemed      

– Echec total du Ministère à convaincre le grand marché international, de la valeur des artistes français agréés par le Ministère. ( il existe 200  « inspecteurs de la création », mais il n’y a  pas un seul artiste français  au Top 200 des artistes visibles dans le monde ! ). Il faut que la France reprenne toute sa place dans sa véritable diversité créatrice.

Ces dysfonctionnements ravageurs pour l’image de la culture française et pour l’art lui-même, en même temps que  coûteux en argent public, étant d’origine structurelle, il est nécessaire et urgent que se mette en place une instance extérieure à l’appareil institutionnel.  Cette instance réfléchira et proposera des réformes possibles, pour que l’état contribue efficacement à la richesse et à la diversité de l’art d’aujourd’hui.

Claude Rutault en action – Painting pour Perrotin la banane

Nous pensons que l’Assemblée Nationale est la mieux habilitée  pour se doter de cette instance d’audit et de propositions.

–  Audit auprès  des représentants des divers secteurs ou réseaux de l’art actuel : associations et syndicats d’artistes ; galeries de diverses « tendances » ; collectionneurs de tous types ; acteurs institutionnels, associatifs ou privés ; critiques d’art  de différentes obédiences ; historiens , sociologues et essayistes reconnus qui ont publié d’importants ouvrages sur la question.

– Publication d’un rapport parlementaire- état des lieux

– Propositions de réorganisation structurelle tant au niveau de l’Etat, que des régions, des départements et des villes, avec coordination entre tous ces niveaux, dans le sens d’une vraie décentralisation des responsabilités et d’une moindre emprise de l’Etat… et d’un moindre coût en argent public.

– Et enfin que le parlement soit en droit de demander des informations sur le montant des prix d’achat et subventions afin d’établir une transparence comme c’est le cas dans tous les Ministères quand il s’agit d’usage de l’argent du contribuable.

www.librairie-quilombo.org

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