LE STREET – ART, ESPÈCE INVASIVE, VA-T-IL BIENTÔT SUPPLANTER CETTE AUTRE ESPÈCE INVASIVE QU’EST L’ART « CONTEMPORAIN » ? Par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

Se détruiront-ils l’un l’autre, ou bien seront-ils alliés pour mieux asphyxier l’art véritablement « libre » représentant 90% de la création actuelle ?

C’est ce qui semble en question avec l’ internationalisation-financiarisation- subvention-subversion- surmédiatisation – gentrification  croissante du street -art et  son engagement sociétal revendiqué, qui semblent rattraper ceux, caractéristiques et constitutifs, de l’art dit contemporain.

Il lui manque toutefois, la dimension  conceptuelle…

C’est un handicap, certes, mais vite compensé par son côté « populaire » face à l’élistisme intellectuel de l’art « contemporain »…La vraie vulgarité supplantant avantageusement pour beaucoup la fausse distinction, tout en restant en alliance objective entre elles, comme  les deux faces d’une même hystérisation de la vacuité, et comme une façon de résorber les affrontements entre classes sociales…

Avec le street-art, le prolo middle class culturel pourra s’acheter un tirage de Swon, JoOne, BurHen, Sean, Kawa, Plok, Taka, Djaklang, Gniark  ou Banksi à 59 euros, en même temps que  le milliardaire pourra s’offrir un « arrachage de mur clandestin » à dix millions de dollars…Tout le monde  est content… exit donc la lutte des classes avec le street art….Paix sociale…bisounours à tous les étages…Oligarques et insoumis , même combat pour la paix dans les foyers!

Mais il a très forte dimension sociétale

Plus que la qualité artistique intrinsèque éventuelle (mais non exclue) des artistes du street – art, c’est leur image sulfureuse de rebelle insoumis, analyseur social, qui prime et qui les valorisent en termes de signe de distinction woke et d’appartenance tribale ou bobo-communautaire.

Et c’est ainsi que les élus écolos et insoumis préposés à la culture commencent à les regarder avec des yeux de Chimène, quand le conceptualo-bidulaire commence à les gonfler visuellement et politiquement.

Et c’est ainsi que l’on voit se développer des « festivals »  street-art dans de nombreuses villes : manifestations festives , «  bon-enfant » , colorées et populaires ,  généreusement subventionnées pour cela par les municipalités et les départements quand les DRAC regardent ça encore du haut de leur respectabilité de classe internationale..

Et c’est ainsi qu’avec de bons et progressistes sentiments envers le peuple, les exclus et les minorités , on contribue au développement de cette esthétique du spectaculaire, de la provocation  visuelle gratuite sans inventivité dans la mise en forme, où l’éventuelle mais rare  virtuosité picturale ne fait que compenser la constante vacuité de fond. Cette apologie de la vulgarité pour tous, sans douceur ni poésie ; cette pollution environnementale patente ; ces gigantesques vomissures colorées  terriblement agressives visuellement et mentalement …mesurera-t-on un jour les dégâts qu’elles infligent à une population qui les subit sans avoir rien demandé, en termes de contribution au développement de la   violence, de l’agressivité , de l’anxiété, de l’abrutissement, de l’aliénation,  qui imprègnent déjà suffisamment la société ?

Un remède à la désindustrialisation

Et c’est ainsi que le street – art  devient, par je ne sais quel énorme retournement du sens, une alternative et un remède à la fuite des industries …En procurant une vertueuse réaffectation  squatteuse aux friches industrielle, aux usines désaffectées ….Et en devenant  par exemple  le sauveur de la ville de Roubaix cruellement désindustrialisée (voir article de Beaux-arts joint sur le sujet)…

Un encanaillement classifiant

Et c’est ainsi que la middle class culturelle progressiste pourra venir s’encanailler à peu de frais dans des lieux pourris pour y rencontrer des « artistes » en rupture, petits opportunistes dont la contestation sociétale est pour beaucoup très lucrative…Ils pourront aussi participer avec leurs enfants à des « ateliers street – art » (image jointe), pour pouvoir saloper ensuite les murs de leur rue ou la façade de leur maison, pour épater les collègues….

Un désamour institutionnel permanent

Tout cela est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais ce n’est pas pour autant , que le street – art va envahir les FRAC et les collections muséales, comme l’a fait l’art conceptualo-bidulaire ces dernières décennies…

Non,  et même si , par son côté rebelle et sociétalement engagé, il a tendance à plaire autant aux idéologies  culturelles écolos et ultra –gauche, qu’à celles des richissimes collectionneurs spéculateurs, on n’ est tout de même pas encore arrivé au point de mélanger le punk inculte bombeur en rupture sociale avec le fils de bourge sur-diplômé émergent sur la scène artistique internationale ;  le caviar et le tarama ; le foulard hermès avec la serpillière usagée ; les torviettes et les serchons….

Et puis, autre  impossibilité majeure pour cette intronisation en collections publiques : c’ est que les œuvres street-art de qualité –  car il en existe tout de même, comme celles de l’excellent Bom K par exemple  image jointe – font nécessairement corps avec leur support et n’ont plus aucun sens, si elles sont détachées de leur mur, de leur support et de leur environnement « nourriciers ».( n’en déplaise aux galeries spécialisées street et pop art , qui font un tabac dans les foires d’art à bidochons)

Fraternité et complémentarité

Alors, je ne crois pas que le street -art  puisse supplanter ou remplacer le conceptualo-bidulaire. Parce que, aussi « sociétalo-questionnatoire » l’un que l’autre, il auront toujours leurs  circuits de diffusion , de financiarisation et d’aide institutionnelle, parallèles et disjoints…. Complémentaires en quelque sorte pour la consolidation d’un système qui continuera d’exclure la 90 % de la création actuelle : celle  non formatée, ni  au street , ni au posturo-bidulaire.

Roubaix : une ville qui renait grâce au street-Art…Ben voyons Ginette !

https://www.beauxarts.com/grand-format/roubaix-une-renaissance-par-le-street-art/

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