Balance ton école d’art ça devait arriver….Par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

BALANCE TON ÉCOLE D’ART !

Le moteur de cette affaire est que la  transgressivité à la fois esthétique, éthique, sexuelle est un tout éminemment pédagogique et libérateur en écoles d’art… Au nom de la créativité, de la contemporanéité, du droit de s’exprimer et de se conformer aux injonctions de Catherine M., grande prêtresse , avec sa revue Art Press, du fornicationnisme performatif… Une subversivité systématique  autant gratuite que stérile, bien évidemment…Voire dévastatrice artistiquement parlant et humainement ….

J’ai donc une certaine satisfaction de voir  qu’arrive enfin ce mouvement de dénonciation des habitudes pudiquement déniées jusqu’à aujourd’hui, de harcèlement psy et sexuel comme pratique pédagogique en écoles d’art.

Voici l’intro et le lien vers « Balance ton école d’art »

Aux Beaux-Arts, les étudiantes ne veulent plus séparer le harceleur du professeur. Depuis un an, les étudiantes des 46 écoles d’art prennent la parole pour dénoncer sexisme et harcèlement. Témoignages. »

« C’est un petit milieu patriarcal où des professeurs se permettent tout », résume une pensionnaire des beaux-arts.

Une trentaine de témoignages racontent les agressions sexuelles et la misogynie dans les écoles d’art. Lassées des agissements de leurs professeurs, trois étudiantes des beaux-arts de Rennes lancent en février dernier un questionnaire partagé dans tous les établissements de France. En un mois, elles reçoivent plus de 100 témoignages, puis créent leur compte Instagram

https://www.streetpress.com/sujet/1612782917-metoo-harcelement-sexuel-beaux-arts-etudiantes-professeur-agression-patriarcat-culture

J’avais en effet publié là-dessus :

  • un texte sur un rapport sénatorial de 2013 , dans mon livre « ABC de l’art dit contemporain » intitulé « Le harcèlement sexuel, c’est éminemment pédagogique ! »…
  • – Et le témoignage d’une élève de l’école des BA de Bordeaux, qui avait fait grand bruit en 2016, intitulé « Ce que les beaux-Arts de Bordeaux m’ont appris »

1 -« Le harcèlement sexuel, c’est éminemment pédagogique ! »…

– Un rapport accablant du Sénat en 2013 :

https://www.letudiant.fr/etudes/ecole-art/harcelement-dans-les-ecoles-d-art-le-rapport-choc-du-senat.html

Un communiqué outragé de l’ANDEA (asso nationale des profs d’Écoles d’art ) pour contrer  des « allégations mensongères »…Ben voyons Ginette !

https://www.lequotidiendelart.com/articles/4109-l-and%C3%A9a-r%C3%A9pond-au-rapport-d-information-du-s%C3%A9nat-sur-le-sexisme-dans-les-%C3%A9coles-d-art.html

2 – « Ce que les Beaux Arts de Bordeaux m’ont appris »

Voici donc des extraits du témoignage de M., élève à l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux

«  Ici on se tutoie, on se tape dans le dos, on fait des blagues salaces, on suce…. »

Je suis quelqu’un de timide mais très sociable, et ce fut une véritable horreur pour moi de m’intégrer dans cette école. Tout d’abord j’aimerais parler des élèves. En première année, je suis tombée sur des gens extrêmement prétentieux qui se disaient déjà « artistes » et qui méprisaient les autres, les plus réservés. Des groupes se sont très vite formés au sein de la promo et je n’ai pas du tout eu l’occasion de m’intégrer dans un de ces groupes. Pourquoi ? Je n’étais pas vraiment dans « l’ambiance » Beaux Arts. Ce qui est c’est que je m’étais dit qu’en venant aux Beaux Arts je rencontrerais des personnes ouvertes d’esprit et passionnées, avec lesquelles je pourrais parler de tout pendant des heures. La désillusion ne fut que plus violente.

Les sujets de conversation ne tournaient qu’autour des multiples soirées durant lesquelles élèves et profs couchaient ensemble et se droguaient. Si tu veux rentrer dans ce monde, tu as intérêt à faire la même chose que les autres. Le problème c’est que ma vision du rapport élève/professeur ne correspondait absolument pas à la réalité des Beaux Arts. Ici on se tutoie, on se tape dans le dos, on fait des blagues salaces, on suce et on prend tout ce qui passe en soirée pour être en bon rapport avec tout le monde.

« Le café pompier »

L’école des Beaux Arts de Bordeaux dispose d’une annexe, « Le café pompier », juste à côté dont le rez-de-chaussée est un café « associatif » tenu par quelques élèves triés sur le volet (les plus lookés et les plus méprisants aussi). Ce « café » est l’endroit où toutes les soirées se passent et si tu veux faire partie des gens cool, tu ne dois rater aucune soirée. C’est The place to be. C’est également l’endroit où tu suces pour monter ta côte de popularité auprès des profs et où tu écoutes de la bonne musique de merde (parce que c’est tellement décalé d’en écouter). Ici, tout le monde se connait et « s’adore », on picole, on danse, on drague, et on prépare les coups de pute du lendemain. Je pense que j’ai du aller à deux ou trois soirées max, et j’en suis partie aussi vite que je suis arrivée.


En dehors des soirées, en cours, c’est un peu le même problème. On te dit pas bonjour dans les couloirs, on te regarde pas ou alors de haut. Il n’est pas vraiment question d’entraide, chacun est dans son coin, dans son délire, on partage très peu, seulement avec les gens aussi barrés que toi. Je me souviens d’une fois où j’ai aidé une fille à monter une table à l’étage par pur altruisme, elle en revenait pas.

Les profs aussi c’est quelque chose.

Comme dit plus haut, tu peux te les mettre dans la poche en faisant des soirées avec eux, ou alors faut vraiment que tu sois ultra dans le délire « conceptuel », que tu utilises le jargon adéquat (c’est-à-dire que tu déblatères des inepties enrobées de mots pompeux pour parler d’une vieille pince à linge). Si t’es un peu trop bon élève, qui bosse beaucoup mais qui parle pas trop, ça va être chaud pour toi. Parce qu’il faut aussi avoir énormément d’humour, en tout cas un certain type d’humour. Si t’es pas drôle, tu dégages. Bah oui parce qu’il faut savoir combler les blancs dans une conversation d’artistes sinon on se fait chier et ça c’est pas possible parce que c’est tellement fun les Beaux Arts. Et puis ce qui fait tout le charme de l’école c’est que les profs ne s’apprécient pas entre eux, eux aussi ils forment des petits groupes de langues de putes, ils se tirent dans les pattes, ils n’hésitent pas à balancer les uns sur les autres devant les élèves. Et là, t’as intérêt à faire ton choix, à décider dans quel clan tu te trouves, parce que c’est pas possible d’aimer tout le monde tu comprends ? Du coup, ça donne des situations ultras malsaines, où tu as des avis différents sur ton travail mais tu peux pas tous les prendre en compte parce que c’est mal vu.

Ça m’a appris à devenir contemporaine.

Quand t’es aux Beaux Arts faut aussi accepter les pauses clopes à répétitions des profs, où leurs petits quarts d’heure (voire demie heure) de retard le matin et/ou le midi, parce que tu comprends, eux ils sont importants, il faut qu’il prennent deux trois café/clopes avant de commencer donc toi t’attends gentiment dans ton coin et tu fermes bien ta gueule.


Quant à ta production personnelle, il va falloir que tu ravales bien ton estime. En deuxième année, j’ai commencé à produire des performances vidéos sur lesquelles j’ai bossé comme une folle. A la fin de chaque semestre tu es évalué(é) par tes profs par rapport à ce que tu as réalisés dans ton Arc. En gros tu montres ce que tu as fait (tu te mets à poil quoi) et tu attends le Saint Verdict. Perso, avec moi ça ne se passait jamais bien. En gros ils sont pas là pour te tirer vers le haut, te donner de bons conseils avisés, mais plutôt pour bien t’enterrer et pisser sur ta fierté. Je me suis entendu dire à plusieurs reprises que je n’étais pas assez « contemporaine » (HAHAHAHAHAHAHA) et que je n’étais pas assez conceptuelle. Ce qui est plutôt drôle venant de la part de profs qui font encore des cubes en béton.
Ça m’a appris à devenir contemporaine…….

Catherine M. assume encore aujourd’hui ses talents passés (assez diminués paraît-il aujourd’hui) autant buccaux que vaginaux (rien semble-t-il du côté de l’anal) dans cet entretien « ébouristoufflant » avec la reine du stupéfiant botoxé, Léa Salamé…

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