POUR UNE IMPRESCRIBILITÉ DES CRIMES CONTRE L’ART par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

La transgression des modéles, la déconstruction libératrice, le cassage des codes , la subversion des lois tant éthiques qu’esthétiques, la destruction du patrimoine, la promotion de la laideur, le mépris de l’humain, etc : on a connu ça, y a pas si longtemps,  au Cambodge avec l’avénement du Kampoutchéa démocratique…

Serait-il vraiment excessif ou interdit de voir aujourd’hui quelque homologie entre la « révolution culturelle » et/ou « progressisme social » façon Mao et Pol Pol,  et le progressisme artistique façon poteaux de Buren, tulipes de Koons, cadavres de Hirst (image jointe) , banane de Cattelan, frigos de Lavier, boudins de Journiac, plug anal de Mac Carthy,  vie sexuelle de Catherine M., matraques de Kader Attia, Coup de boule  d’Abdessemed, monochromes de Rutault ou de Mosset, et autres produits phares  d’un Duchampoutchéa français tout aussi démocratiquement ravageur  et artistiquement génocidaire?

À cette différence près, et  j’en conviens, qu’en France, ce sont des milliers de morts symboliques d’artistes rayés de la carte, humiliés, interdits de reconnaissance, déligitimés ,ringardisés, réactionnarisés, parce que jugés « contre-révolutionnaires », par l’ « artistik-buro » central.

A cette autre différence près, que cette « révolution culturelle »menée par le Ministère post-languien depuis quarante ans avec la finance publique, est en étroite symbiose avec  la finance privée de la spéculation internationale, façon Pinault et Arnaud, qui en tirent de substantiels bénéfices en termes d’image, de communication  et d’instrumentalisation  éhontée du dispositif public.

Alors  oui, je pense que, lorsque nous aurons  passé cette période de sidération muette,  d’effroi et d’incrédulité que l’on traverse, devant  les atrocités à répétition dont l’art est la victime afin que le couple subversion – financiarisation de l’art ne soit pas dissocié, il faudra imaginer un jour, quelque tribunal de Nuremberg ou Cour de la Haye, pour analyser les mécanismes de ce massacre du sens et en identifier les acteurs….si possible avant la fin du délai de prescription.