LE BATEAU DE LA DOUBLE HONTE Par Nicole Esterolle (Billet d’Humeur)

La première honte est celle que ce bateau ait pu causer la mort de 800 migrants, dans la nuit du 18 au 19 avril 2015, au large des côtes lybiennes.


La deuxième est que l’’épave de ce bateau ait pu être récupérée pour devenir la pièce centrale du projet Barca Nostra de l’artiste Christoph Büchel pour la 58e édition de la Biennale de Venise.


Cette ignominieuse récupération des misères du monde à des fins d’émergence médiatique sur la scène de l’art contemporain international, est courante (avec Ai Weiwei, Koons, Yoko Ono, Kader Attia, etc. comme acteurs majeurs de cette pratique) ; Pour ce qui concerne l’artiste Büchel , elle est aussi un coutumier filon de reconnaissance et de valorisation de son œuvre sur le marché de de l’immonde, puisque ce n’est pas la première fois que l’artiste s’empare de la question des migrations : en 2017, il avait construit un camps de réfugiés au S.M.A.K de Gand, visuellement proche de la jungle de Calais. Et en 2015, dans le pavillon islandais de la Biennale de Venise, il avait transformé une église catholique désaffectée en mosquée.

Mais au-delà de l’odieux et misérable opportunisme de tous ces artistes, c’est bien de l’ensemble du système de l’ art contemporain financier dont il conviendrait d’avoir honte et peur , puisque c’est lui qui a généré ces putrides excrétions, pour en faire des références esthétiques.

Oui, il conviendrait donc d’être autant effrayé par ces grands messes de l’art financier que sont les biennales et les grandes foires d’art, qu’on ne l’est par d’autres dangers objectifs pour la survie de l’humanité.

Oui il faudrait sans doute interdire ces grands rassemblements qui ne sont rien d’autre qu’étalages obscènes des élégances internationales et démonstrations de force de la finance mondiale, pour mieux cautionner la toxicité du néolibéralisme débridé ravageur de l’environnement…. Cette épave fonctionnant ici autant comme objet d’effroi et de déploration devant une catastrophe humanitaire, que comme expression de l’arrogance des ultra-riches oligarques acteurs du système responsable de cette même catastrophe.

Question :

Ne pourrait-on pas  utiliser l’argent placé dans la spéculation artistique internationale , pour le développement économique des pays d’où viennent ces migrants ?… Ce serait une façon de  réduire ces mouvements migratoires…et de tarir dans le même temps le misérable fond de commerce de ces artistes et spéculateurs charognards…

ALLONS BON ! 

Personne ne veut payer le rapatriement de l’épave en Sicile …

L’ignominie continue donc, plus tragique que cocasse : en décembre 2020, la carcasse du chalutier, n’a toujours pas été rapatriée en Sicile. Car personne ne veut payer son acheminement….

L’épave « Barca Nostra », œuvre phare de la Biennale 2019, toujours en rade à Venise / LE MONDE

Images jointes :

Le waggon qui, rempli de migrants mexicains, avait été criblé de balles par les gardes-frontière US. Un don de Yoko Ono au Musée d’Art Contemporain de Lyon.

« Save our Souls » Igloo en gilets de sauvetage. Œuvre de Achilleas Soureas installée devant le Baptistère Saint-Jean à Poitiers en 2018

Les colonnes de gilets de sauvetage de Ai Weiwei à l’Audirorium de Berlin