VENT DE PANIQUE DANS L’APPAREIL CULTUREL LA CRAPOTEUSE AFFAIRE CLAUDE LÉVÊQUE, SONNE-T-ELLE LA FIN DU GRAND DÉLIRE ARTCONTEMPORAINISTE ? Par Nicole Esterolle

Christophe Girard, Gabriel Matzneff, Claude Lévêque …à qui le tour parmi les figures emblématiques  du grand déconstructivisme hexagonal, permissif à tout va, libertaro-capitaliste, qui a inspiré notre culture de classe et notre art contemporain d’Etat depuis l’apparition miraculeuse de Jack Lang, il y a quarante ans ?

Cette crapoteuse affaire , annonce-t-elle l’implosion d’un système, la fin de l’omerta, le changement d’un paradigme, l’écroulement  du langoland institutionnel, la fin de l’hégémonie de l’inepte et celle de la dictature des fellateurs du Rien ?

Sommes -nous parvenus  à l’inéluctable aboutissement  de 40 ans  d’entre-soi socialo-déconstructiviste totalitaire, d’arrogance  gaucho-duchampiste, de consanguinité dégénérative, du pervers comme signe de reconnaissance tribale, de subversion subventionnée et financiarisée, d’incompétence fonctionnarisée, de rapports incestueux entre intérêts privés et publics, de transgression esthétique, morale, juridique banalisée et institutionalisée ? 

La cote du cocktail  abject-inepte – immonde sur le marché du financial art et dans la petite tête bien-pensante des culturocrates  du Ministère, va-t-elle dégringoler ? Va-t-on devoir oublier la Biennale de Venise 2009, se débarrasser des pneus de l’Opéra, des néons de chez LVMH, du tapis de l’Elysée, des œuvres de chez  Kamel Mennour, de celles de la collection Yvon Lambert en Avignon, qui a coûté si cher à la ville-phare de la culture française, etc…

On peut se le demander…voire l’espérer…Mais rien n’est moins sûr…

On s’est débarrassé  de « gros morceaux » comme Christophe Girard, Gabriel Matzneff, Olivier Duhamel, mais avec Lévêque c’est plus difficile :  les divers  intérêts en jeu sont encore plus énormes …Et  l’appareil, dont il est la monstrueuse excrétion glaireuse,  est gigantesquement tentaculaire et métastasique.

Comme on peut le lire dans l’article du Monde joint,   collectionneurs et Musées, institutions et privés font bloc devant la menace de krach financier, moral  et intellectuel. Ils hurlent, bien sûr, à la nécessité de séparer l’homme,, aussi immonde soit-il, de l’œuvre sublime …Surtout pas d’amalgame…Ne pas jeter l’œuvre avec son auteur…Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain qui l’a nourri…Ne pas faire le jeu des réactionnaires incultes et populistes , qui ont déjà assez dénigré l’œuvre de Lévêque, etc…. « Faudrait-il retirer Caravage des Musées  au prétexte qu’il était un assassin ? »  demande  vicieusement le directeur du mécénat chez Vuitton …Ben voyons Ginette !

Voici le texte du monde :

Remarque préliminaire : On peut se féliciter de voir un texte aussi informatif, dans ce journal qui fait habituellement plutôt dans le déni politiquement correct chamalobobo, et n’a jamais  manqué de faire la promotion  de l’œuvre de Lévêque , à travers ses critiques maison, qui semblent aujourd’hui virer de bord… et se ranger du côté de la réacosphère artistique qu’ils conchiaient volontiers.

Il faut lire les déclarations hallucinantes de niaiserie des collectionneurs milliardaire Bernard Magrez et Sandra Hegedus…lire aussi la description tout aussi sidérante des mécanismes de l’omerta entourant l’exquis Claude Lévêque.

Affaire Claude Lévêque : collectionneurs et musées s’accrochent aux œuvres devenues embarrassantes

Par Roxana Azimi-

Institutions et privés, invoquant la nécessité de séparer l’homme de l’œuvre, se refusent à décrocher les productions de l’artiste accusé « viols et agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans ».

Depuis vingt ans, les combles de la Collection Lambert, en Avignon, sont saturés de fumées artificielles formant un épais brouillard d’où émerge le tracé sinueux d’un néon incandescent, tel un filet de lave. « L’un des clous du musée », vante Yvon Lambert, ancien galeriste devenu libraire. L’œuvre en question, intitulée J’ai rêvé d’un autre monde (2001), est signée Claude Lévêque, un artiste aujourd’hui visé par une enquête pour « viols et agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans », comme l’a

révélé Le Monde dans un long récit mis en ligne le 10 janvier.

Malgré la gravité des accusations, Yvon Lambert, qui dit « n’avoir pas été dans la confidence de sa vie privée », n’a guère envie de retirer cette volumineuse installation. « Elle est populaire et n’a rien d’équivoque », proteste-t-il, redoutant toutefois « qu’un connard vienne désormais lui donner un coup de pied pour la détruire ».

A l’Elysée, le président risque de se prendre les pieds dans un immense tapis représentant des diamants et intitulé Soleil noir, propriété du Mobilier national, signé de Claude Lévêque. Pour l’instant, au palais, on se refuse à tout commentaire. Beaucoup de collectionneurs et d’institutions invoquent la présomption d’innocence de l’artiste. La mairie de Montrouge (Hauts-de-Seine) conserve pour le moment le mot « illumination » écrit au néon sur le beffroi de la ville depuis l’été 2020.

A l’abbaye de Fontevraud (Maine-et-Loire), où se déploie une immense installation baptisée Mort en été (2012), son directeur Martin Morillon n’a aucune intention de la démonter, assurant que cette vague de lumière rouge « sera bel et bien là lors de la réouverture ».

Le collectionneur Gérard Mavalais, qui possède quatre œuvres de Lévêque, actuellement stockées en réserve, se veut tout aussi pondéré. « Bien sûr, cette histoire m’attriste profondément et, bien sûr, je ressens un trouble. J’ai des neveux, je ne voudrais pas qu’il leur arrive quoi que ce soit. » Toutefois, s’il n’a « plus envie de voir l’homme », Gérard Mavalais refuse « de renoncer aux œuvres, d’autant qu’elles ne représentent pas de petits garçons ».

Jeune garçon torse nu

De tels sujets, justement, se retrouvent au Centre national des arts plastiques (CNAP), à Paris, dont l’inventaire, visible en ligne, répertorie un ensemble de photos ambiguës datées de 2004. La série Vacances au Cambodge met ainsi en scène un jeune garçon torse nu, revêtu d’un léger pantalon de coton blanc, prenant la pose sur une table en verre. Le CNAP, sans préciser dans quelles conditions ces clichés ont été acquis, fait savoir aujourd’hui que « ces œuvres n’ont jamais circulé, et resteront dans nos collections à destination des chercheurs ».

Nombre de collectionneurs et conservateurs s’en tiennent à un argumentaire classique des années libertaires, faisant le distinguo entre l’œuvre et l’homme. « Qu’il soit accusé ne me gêne absolument pas, l’artiste fait ce qu’il veut de sa vie, je ne vois pas pourquoi je sanctionnerais l’œuvre », s’insurge le propriétaire de vignobles Bernard Magrez, qui a organisé, en 2013, une grande exposition dans son Institut culturel bordelais.

JEAN-PAUL CLAVERIE, DIRECTEUR MÉCÉNAT DU GROUPE LVMH : « FAUDRAIT-Il RETIRER CARAVAGE DES MUSÉES AU PRÉTEXTE QU’IL ÉTAIT UN ASSASSIN ? »

Le curateur Ami Barak, directeur du Salon de Montrouge, qui a commandé lenéon Illumination, dit être « tombé des nues ». Pour autant, précise-t-il, son « regard sur l’œuvre ne change pas ». Pour Jean-Paul Claverie, directeur mécénat du groupe LVMH, qui possède une demi-douzaine de pièces, « l’œuvre vaut par elle-même. Faudrait-il retirer Caravage des musées au prétexte qu’il était un assassin ? »

« Doit-on s’arrêter de lire Céline parce qu’il était antisémite, brûler Jean Genet ?, rebondit la collectionneuse Sandra Hegedüs. Beaucoup d’artistes n’ont pas un comportement exemplaire. » Cette femme entière, qui a célébré l’artiste lors d’un grand dîner en 2009 chez elle en prélude de la Biennale de Venise (où il représentait la France), a toujours eu avec lui des rapports « respectueux et affectueux ».

« Pas une seconde, je ne me suis posé de question », assure cette mère de trois enfants. Chez elle, les œuvres de Lévêque sont partout accrochées, dès l’entrée, où le néon Rêvez ! (2008) accueille les visiteurs, dans son bureau, dans la salle à manger. « Quand je les ai achetées, elles m’ont touché profondément. Est-ce que cela va changer ? Probablement, confie Sandra Hegedüs. Mais, qu’est-ce qui serait cohérent ? Enlever les œuvres maintenant ? Les réaccrocher dans quelques années ? Accepter les œuvres des artistes morts mais pas celles des vivants ? Qui a la réponse ? »

« Trop d’effroi et d’incertitudes »

Dans l’urgence, Alexia Fabre, directrice du MAC Val, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), s’est forgé une doctrine, sachant que l’institution qu’elle dirige possède deux œuvres de Lévêque actuellement en réserve. « Elles en sortiront certainement un jour, affirme-t-elle, mais, pour qu’on les revoie, il faut que les conditions soient réunies. On ne peut pas les regarder de façon sereine aujourd’hui, il y a trop d’effroi et d’incertitudes. »

L’effondrement prévisible de la cote d’un artiste très présent dans les collections privées et publiques est aussi dans les têtes. Son galeriste, notamment, reste en retrait. Il aurait été pourtant prévenu bien avant la révélation de la plainte déposée par Laurent Faulon. Le 15 mai précisément, l’artiste Jonathan Loppin a appelé Kamel Mennour qui venait d’annoncer à la radio que des œuvres de Claude Lévêque figurent, avec d’autres artistes, dans une exposition de dessins d’enfants. « Kamel m’a dit qu’il le retirerait de l’exposition et il a fini la conversation d’un “on se tient au courant” », raconte Loppin, qui n’a plus eu de contact avec le galeriste depuis.

Depuis décembre 2020, le marchand a opposé son silence aux demandes de la presse. Le 9 janvier, Kamel Mennour vantait encore dans une vidéo publiée sur Instagram « une merveilleuse œuvre » de Claude Lévêque accrochée parmi d’autres artistes incarnant « l’ADN de la galerie » dans son espace de la rue du Pont-de-Lodi (Paris 6e). Le jour même de la publication de l’enquête du Monde, comme si de rien n’était, un autre post célèbre les 55 ans de la mort d’Alberto Giacometti, dont la galerie représente la succession.

Le 12 janvier, seulement, le galeriste a publié un court communiqué indiquant que, afin « de permettre à l’autorité judiciaire d’exercer les investigations nécessaires, Claude Lévêque a décidé de suspendre sa collaboration avec la galerie Kamel Mennour, qui en prend acte ». Une collectionneuse, qui souhaite rester anonyme, s’interroge : « Si je me décide à lui demander de reprendre les œuvres qu’il m’a vendues, j’espère qu’il ne se défaussera pas en prétextant qu’il ne représente plus l’artiste. »

Volker Hermes n’en fait qu’à sa tête ! Le plasticien allemand s’attaque à un grand classique de l’histoire de l’art : le portrait. Ses collages photos déconstruisent la fonction sociale du portrait, écornent la dignité des personnages pour notre plus grand plaisir.