LE FRAC LE PLUS HALLUCINANT QUI AIT PU EXISTER par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

LE FRAC LE PLUS HALLUCINANT QUI AIT PU EXISTER

Par Nicole Esterolle

C’est par un engagement sociétal forcené que  le FRAC lorrain a su battre, au début du 21-ème siècle, tous les records de contemporanéité… Symptôme du grand pathos artistique d’une époque….  Depuis, les choses se sont un peu calmées. Les FRACs n’ont plus la turgescence posturo-sociétal qu’ils avaient…Faut-il le déplorer ?

Sous la direction « à poigne » et bientôt vingtenaire de Béatrice Josse , aujourd’hui exfiltrée dans la verdure grenobloise (1) ., adepte des arts de l’extrême et d’un actionnisme sociétal , mélange LGBT décolonialiste intersectionnel et kampuchea démocratique, le 49° nord-6° Est FRAC-Lorrain s’était  hissé au sommet de la contemporanéité artistique hexagonale. Il était devenu LA référence pour les 21 autres FRAC (Fonds Régionaux d’Art Contemporain) éparpillés sur le territoire, et pour l’ensemble des préposés institutionnels au développement de l’art et de la culture en France…

Voici quelques lâchers de mots  de Madame FRAC-Lorraine.

Ce petit florilège contient les principaux éléments de langage et de pensée de ce que l’on peut appeler « le terrorisme artistique d’État » : une spécificité bien française. Un « terrorisme d’État » qui devrait, à court terme, être victime de lui-même, sombrer dans sa propre béance de sens et s’auto-détruire à force de repousser les limites de son propre ridicule :

– « J’aime repousser les limites de ce qu’est une collection d’art contemporain »…

– « Aujourd’hui, notre richesse c’est l’immatériel »

– « L’art est pour moi quelque chose qui se pense avant d’être quelque chose qui se voit ».

– « Le paradoxe est instrument de clarté… Inventer des points de vue inversés, célébrer l’invisibilité, revendiquer la disparition… »

– « J’ai conçu ce FRAC comme une plate-forme multidisciplinaire où des sujets sont abordés d’une perspective féministe et postcoloniale, et dont la collection est largement dévouée à l’invisible et aux artistes féminines … »

– « J’ai aussi une vision un peu féministe de l’art, privilégiant le regard des artistes femmes par rapport à des situations politiques. Les hommes ont tendance à ériger des choses… L’érection… »

– je tente bien modestement de déjouer les stéréotypes du masculin, phallique et démonstratif qu’on associe avec la «nécessaire» visibilité d’une collection.

– « Il y a plein de femmes nues dans l’histoire de l’art. Mais quasiment pas d’hommes. Je voulais une bite dans la collection » (Mots lâchés après l’achat d’une photo de Sophie Calle, intitulée Le Divorce (1994) où on la voit, derrière son mari, lui tenir le sexe pendant que celui-ci urine)

– le Frac en est venu tout naturellement à collectionner des propositions d’œuvres, le plus souvent immatérielles, plutôt que leur réalisation tangible

– « Pour fêter ses 10 ans d’indiscipline, le longitude 49° Nord- latitude 6° Est – Frac Lorraine vous invite, incite, invective à toutes les découvertes et expériences aux limites des disciplines et des genres. Face à l’urgence de re-panser le monde, Gianni Pettena vient recouvrir les façades de milliers de franges en un geste éminemment emphatique et donne ainsi à voir le bruissement du vent et à écouter l’architecture onduler.

Un dixième anniversaire sous les augures de tous les possibles ; des rendez-vous décalés et transformés. »

– J’ai acquis une œuvre immatérielle de Tino Sehgal par goût de la performance

autant que par nécessité, car cela m’amuse de souligner que le capitalisme est capable d’acheter tout et n’importe quoi ! »

– « Certaines artistes sont doublement invisibles : un, parce qu’elles sont femmes, deux, parce que leur travail est immatériel »,

– « J’essaie d’acheter des choses qui en principe ne rentrent pas dans les collections publiques traditionnelles. J’essaye de collectionner des idées plus que des objets »

– « C’est à partir de 2004 que j’ai donné un coup d’accélérateur à cette politique d’acquisition d’œuvres protocolaires et performatives. En particulier en proposant de commander à des artistes des interventions «permanentes invisibles»,

Quelques récentes processualités discursives de Madame J.

(Les citations qui précèdent, tout comme les textes qui suivent sont extraits des dossiers de presse et du site du FRAC Lorraine )

Du rodéo urbain

Madame J.  a organisé un rodéo urbain avec l’artiste international Marcus Kreiss :  « L’idée est venue d’une étude, qui montrait que 60 % des gens qui roulent sur les périphériques le font sans aucun but. ( Ah Bon ?) On a demandé à des automobilistes volontaires de circuler la nuit, entre Metz et le Luxembourg avec une lumière faisant apparaître le mot errance. Le préfet était contre. On l’a fait quand même…L’art n’est pas fait pour tourner en rond, mais pour dire quelque chose du monde et le changer  » disait-elle…

De l’immatérialité inodore et incolore.

Madame J.  a sollicité les  artistes Décosterd et Rahm, et leur Peinture Placebo © pour que  la peinture industrielle qui devait recouvrir murs et plafonds des salles d’exposition de son  FRAC contienne une infinitésimale dose de gingembre , ou de fleur d’oranger. Cette peinture Placebo © , qui avait coûté la peau des fesses, ne se distinguait ni par sa couleur, ni par son odeur, mais  qualifiait simplement et psychologiquement les espaces en dehors de toute représentation visuelle ou plastique… , « l’œuvre est interne, elle est quasiment d’ordre hormonal…. Nos corps deviennent alors « espace d’inscription » soit « un support de l’œuvre », et « espace de production » soit « un atelier », a écrit le grand critique d’art international de race limousine, Guy Tortosa dans l’ouvrage « Décosterd et Rahm, Physiological Architecture »,

De l’eau de morgue

Madame J.  a, dans El Baño (2004), invité l’artiste internationale Teresa Margolles pour balancer, sur un homme nu, de l’eau qui avait  servi à laver des corps dans une morgue de Mexico.

De ce qui se passe ou non

La performance Forever (2004) prend la forme d’une webcam installée dans l’une des salles d’exposition du Frac et qui permet, potentiellement à l’artiste, d’observer en continu et «  à jamais  » ce qui s’y passe, ou ne s’y passe pas. Deux questions primordiales sont donc soulevées : que signifie « à jamais » à l’échelle de vie et d’envie d’une artiste, d’une institution, d’une œuvre d’art ?

De la signalétique éphémère

(où l’on comprend mieux ces mystérieuses mentions de latitude et longitude)

Le projet de signalétique et d’identité visuelle a été réalisé par les artistes Nik Thoenen et Maia Gusberti dans le cadre d’une commande publique de la Délégation aux arts plastiques – Ministère de la Culture et de la Communication. À l’intérieur, elle est pensée au sol sous la forme de bandes podo-tactiles qui permettent aussi l’orientation des visiteurs malvoyants. À l’extérieur, elle s’affiche sur la tour-pigeonnier (nom du bâtiment : 49 Nord – 6 Est ; liste des artistes de la collection) et permet d’inscrire l’édifice dans ses nouvelles fonctions (présentation de la création contemporaine) et de le positionner dans la ville selon une nouvelle géographie et une nouvelle temporalité. Mais ces écritures, qui ont coûté la peau des fesses, sont vouées à disparaître, soumises comme elles sont à l’usure du temps et aux dégradations volontaires ou accidentelles inhérentes à l’espace public. Un effacement et une disparition progressive qui témoignent de la volonté du Frac de rappeler la nature temporaire et réversible de son inscription dans ce bâtiment patrimonial riche en histoires.

De l’impression numérique sur une immense bâche

Image 01 . « Celui qui voit comprendra… » Réservée à quelques spectateurs puisqu’elle n’est visible que depuis le haut de la tour pigeonnier du 49 Nord 6 Est, cette pièce monumentale de 15×30 m, de 2005, qui a coûté la peau des fesses, est à l’échelle du paysage. Elle vient s’inscrire sur un grand mur aveugle au fond d’un espace abandonné comme le premier plan d’un décor à la dimension de la ville : au loin, des bâtiments, la cathédrale, quelques usines et encore plus loin, les collines. L’écriture noire et blanche tranche du fait de sa dimension : de longues lettres effilées comme des couteaux. Elle tranche enfin et surtout par sa signification. En effet : à  celui qui s’en donne la peine, le sens saute à la figure. « Comment pouvez-vous dormir ? » sonne comme une injonction générale face à nos aveuglements.

Du hula-hoop

 Dans Barbed Hula (2000), la performeuse israélienne Sigalit Landau a fait du hula-hoop toute nue sur la plage, avec un fil barbelé.( ça lui a coûté la peau de ses fesses) :

Du Moins du monde (2012)

À la recherche du moins du monde… Le Frac Lorraine vous entraine à travers un parcours de sensations intérieures par le biais d’ondes et de vibrations rétiniennes et auditives….Si la méditation est au cœur de nombreuses religions et spiritualités mais également de pratiques médicales, c’est peut-être que la vacuité de l’esprit et les états modifiés de conscience sont inhérents au fonctionnement de notre esprit, de notre cerveau…et de nos fesses bien entendu …. Apprendre à méditer serait un des moyens de changer notre façon innée de ressentir, et donc d’être. Invitations à la pause méditative, à l’éclipse, à la recherche des réalités invisibles, etc…

De l’apesanteur au contact de l’art contemporain

L’ère des lois de l’attraction et de la gravitation… au Frac !  un voyage à travers l’art et la pesanteur  en janvier 2009, au Frac Lorraine. Les œuvres présentées nourrissaient la réflexion du visiteur qui peut parfois demeurer dubitatif devant les installations artistiques dont l’intention est d’apporter une certaine légèreté aux matières parfois lourdes, de provoquer le renversement des perceptions, de figer des instants sur des objets anodins en suspension ou de provoquer la chute physique, etc…

De l’ombre d’un doute ( 2010)

Chercher l’œuvre d’art là où il ne semble pas y en avoir, déceler le détail qui détonne et découvrir de nouvelles dimensions artistiques au détour d’un couloir inexploré, voilà à quoi devaient s’attendre les visiteurs de l’exposition « A l’ombre d’un doute », présentée en 2010 au Frac Lorraine. A part l’eau savonneuse qui envahit la cour du Frac Lorraine en ce vendredi, tout semble habituel. Mais à y bien regarder, les pavés n’ont pas tout à fait le même aspect que d’habitude. Et en observant d’encore plus près, on se surprend à constater qu’une pellicule de silicone transparente, qui a coûté la peau des fesses,  les recouvre intégralement. Pellicule que l’artiste Susanna Fritscher a entrepris de nettoyer à grandes eaux pour qu’elle soit la plus nette possible dès l’ouverture. Le ton est donné : Jouer avec l’invisible et faire douter le spectateur de sa propre perception : voit-il une œuvre ou un tour de son imagination ? Une pellicule de poussière épaisse obstrue certaines fenêtres : entretien négligé ou performance artistique ? Au fur et à mesure de la progression dans les différentes salles du Frac, la découverte se fait ludique, le visiteur hésite,  devient parfois acteur du spectacle qui s’offre à lui, etc…

De l’atteinte à la dignité humaine

« les enfants, nous allons faire bouffer votre merde ! »

Une exposition au FRAC Lorrain en, 2008, de l’artiste Eric Pougeau, à fort taux de « questionnement sociétal »,  terriblement buzzant et déconstruisant l’ « infamille » (jeu de mots combinant « famille » et « infamie »), avec une vingtaine de panneaux affichant de délicieuses friandises verbales  comme ces trois – là :

– « Les enfants, nous allons vous faire bouffer votre merde. Vous êtes notre chair et notre sang. A plus tard Papa et Maman. »

– « Les enfants, nous allons vous sodomiser et vous crucifier. Vous êtes notre chair et notre sang. A plus tard Papa et Maman. »

– « Les enfants, nous allons vous arracher les yeux. Vous êtes notre chair et notre sang. A plus tard Papa et Maman. »

Réaction de l’AGRIF ( agence générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne) qui porte plainte pour atteinte à la dignité humaine.

Réaction de tout le réseau art contemporain français à travers les Inrockuptibles, Le Monde, Libération, pour hurler à la censure et pour traiter les porteurs de cette plainte, de réactionnaires, intégristes, fascistes, etc…et autres qualificatifs habituels.

Réaction du tribunal qui condamne le FRAC à verser 1 euro  symbolique à l’AGRIF

Réaction de Monsieur  Tirlicien président du groupe PCF au conseil régional et président du Frac Lorraine : « Le Frac va bien évidemment faire appel de ce jugement inique pour mieux faire entendre les arguments de la liberté d’exposition et de création… Je suis fier de présider un Frac qui a la réputation d’exposer des œuvres qui interrogent l’intelligence humaine »…

1-    En mars 2016, Béatrice Josse  est nommée à la directiondu Magasin, centre national d’art contemporain, alors dans en pleine crise existentielle Elle entreprend de faire évoluer l’institution, s’éloignant du centre d’exposition classique pour devenir selon ses termes une « zone d’indétermination » Elle renomme d’ailleurs le Magasin en « Magasin des horizons «  ….Ben voyons  Ginette ! 

https://www.lemonde.fr/arts/article/2016/03/10/beatrice-josse-reprend-le-magasin-de-grenoble_4880239_1655012.html

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