La création céramique contaminée par le conceptualo-virus par Nicole Esterolle (billet d’humeur)

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Une oeuvre de Tiphaine1
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La céramique, cet art « de la main » par excellence, du sensible et du savoir – faire, était pour cela ignorée et méprisée par les artistes du pur intellect conceptualo-bidulaire des réseaux institutionnels subventionnés , qui considéraient ces artistes de la terre comme des rustres , des artisans, des potiers , ignorants les belles manières aristocratiques et les beaux discours de l’art dit contemporain et /ou international…

Mais voilà : depuis quelques années on assiste à une intrusion de plus en plus patente des artistes du cerveau dans le champ de ceux de la main….Cette contamination s’avérant extrêmement dangereuse  pour la survie même de la création artistique  de bon aloi et digne de ce nom..

Céramique- fours pour cuisson improbable d’on ne sait quoi
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Ainsi cette expo, que l’on vient de me signaler, de Tiphaine Calmettes, beau spécimen de la variété « jeune plasticienne » formatée en école des beaux-arts, à l’hystérisation de la forme sur vacuité du contenu, à la déconstruction performative processualo-discursive intitutionnelle, (Elle vient d’ailleurs de recevoir le prix AWARE 2020 de l’« artiste femme émergente »).

Plus d’infos : https://awarewomenartists.com/a_propos/equipe/

Cette exposition , bloquée à cause du corona, devait avoir lieu au Centre de la Céramique contemporaine, de la Borne à Henrichemont en Berry, haut-lieu de la « céramique-céramique » créé il y a quelques décennies par la communauté de céramistes installés sur ce terroir riche en bonne argile, et destiné à révéler le travail de céramistes confirmés aussi bien français, qu’européens et du monde entier.

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Comment expliquer cette intrusion contre-nature des bouffées délirantes de l’ art-contemporain ministériel en ces lieux du travail bien fait, de solide santé mentale et de respect de la terre ? (« la terre est trop vieille pour que l ‘on se moque d’ elle » dit un proverbe breton ).

Cette bouffée foldingue est parfaitement caractérisée, quand on lit la déclaration de ses curators : « Évolutives, les sculptures performatives de Tiphaine Calmettes explore les relations entre l’homme et son environnement . Ses installations créent de nouveaux modes de coexistence entre des éléments a priori séparés, sauvages et urbains, humains et non-humains. Incluant du béton, de la terre, de la mousse et du lichen, mais aussi des empreintes de plantes, d’animaux et de parties de corps, ses œuvres activent les récits qui informent notre rapport au monde. » Délire verbeux poly-directionnel donc, confirmé et co-assumé par l’artiste elle-même et sa copine qui fait dans la cuisine posturo-conceptualo-chamanique (image jointe d’une cérémonie rituelle en FRAC avec bougies et coquilles d’huitres), dans ce texte intitulé « en grattant la terre, j’ai trouvé mon empreinte » et dont voici un éloquent extrait tout ce qu’il y a de plus croquignol : « Un lit de chocolat noir entaillé d’huitres flambées plante le paysage. Il ne s’agit pas d’un de ces paysages que l’on regarde en observateur passif. Son allure de terre ragoutante n’appelle pas la contemplation mais attise la curiosité. Son relief vivant, semblable à une flore sauvage née de décombres urbains, regorge de secrets. Nul autre moyen que de gratter et de fouiller ses entrailles à mains nues, non sans un certain courage, pour y déceler sa nébuleuse intimité. C’est une invitation à une régression prospective, celle de se rassembler pour faire l’expérience d’un repas partagé. Ici aucune convention attendue ou potlatch déguisé, nul besoin de rendre la pareille. »…Ben voyons Ginette !… me permettrais-je d’ajouter, suite à ce texte très ethno-sociétalo questionnatoire destiné à l’emballage discursif de cette sculpture-installation particulièrement grotesque, en forme de four improbable à ne rien cuire en boue séchée, paille de seigle, coquilles d’huitres et chocolat, que l’on voit sur l’image jointe.

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Alors, quels sont les tenants et les aboutissants de l’ intrusion de ce produit de type « émergent sur la scène internationale » dans un lieu plutôt dédié depuis longtemps au circuit court et au local ?

 

– Premier facteur déterminant : 

le récent et important soutien financier du Ministère, de la DRAC et de la Région, pour l’agrandissement et le développement de ce Centre de la Céramique et pour sa mise aux normes « art contemporain »…qui implique évidemment un contrôle et une reprise en main d’ordre esthétique …. On ne va tout de même pas laisser la gestion de ce lieu subventionné à l’association de ces artistes locaux !….D’où la prescription immédiate et obligatoire des « artistes » agréés par le Ministère et les instances dispensatrices de l’argent public, car il est inimaginable que cet argent ait d’autre fonction que le renforcement de l’entre-soi du système institutionnel et de sa « pensée » esthétique délirante, résultat de 40 ans de consanguinité ravageuse…( notons par exemple l’intervention d’un graphiste spécialement dépêché du Ministère, pour relooker et contemporainiser la ligne graphique du Centre et qui a tout aseptisé et aplati comme on le voit sur l’encart pub joint…Une minimalité graphique, qui a été facturée bien sûr un maximum, et qui a déclenché tout de même la colère de quelques artistes de l’association)

– Deuxième facteur : 

L’hébétude globale des céramistes, tellement ringardisés, paupérisés et disqualifiés par 40 ans de duchampisme artistique officiel…Anéantis et terrorisés au point de ne plus oser protester quand de telles impostures intrusives, offensantes à leur égard, arrivent sur leur territoire. N’ayant plus l’énergie de protester, mais aussi arrivant jusqu’ à considérer que cette récupération méprisante du Ministère est tout de même une chance de mise en visibilité de leur travail…Pensant que c’est une occasion pour les gueux de pouvoir attraper quelques miettes du festin institutionnel des aristocrates de l’art, ou bien d’ apporter « un peu de fraicheur et de jeunesse », de casser les codes, de revitaliser le milieu…Enfin, qu’il y a là un espoir d’obtenir un peu d’argent en mettant leur savoir-faire au service du soi disant savoir – penser des artistes de cour, produits du délire conjugué de l’institutionnel et du grand marché… Artistes de cour ne sachant en réalité , ni faire, ni penser, puisqu’ils sont faits et pensés hors d’eux-mêmes, par la mécanique qui les a générés… et qui ne pense pas elle-même…L’inepte, comme chacun sait, s’auto-générant en circuit fermé… * Ainsi le tragique est bien là : dans l’acceptation qu’une belle structure née d’une nécessité vivante et collective, soit ainsi récupérée, détournée, corrompue, vidée de son sens premier ; dans ce renoncement à toute lutte contre l’imbécilité dominante ; dans cette modestie face à l’arrogance de l’incompétence institutionnalisée et financiaririsée.

Alors, que faire ? Si vous avez la moindre idée sur la question, n’hésitez pas à la faire circuler.

 

Texte écrit en juin 2019 sur le même sujet :

Quand la céramique d’art part en eau de boudin et jus de cerveau

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