L’ARTIVISME, UNE STUPIDITÉ SANS LIMITE par Nicole Esterolle (billet d’humeur)

Œuvre : Erwin Wurm
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France-Culture, organe officiel de la bien-pensance artistique duchampo-gauchiste identitaire, nous en remet une couche au sujet l’actionniste – artiviste russe Pavlenski , Car c’est un dissident modèle comme l’intelligentsia française les aime, quand , dans le même temps, celle-ci déteste ses « dissidents intérieurs » et tous ceux qui contestent l’idéologie artistique posturo-duchampo-bidulaire d’Etat. Cette nouvelle couche est peut-être une de trop, quand il est maintenant plus que probable que l’exquis Pavlenski et sa non moins exquise fiancée Alexandra ont bien tendu un infâme piège à Benjamin…et quand Fabien, le directeur de rédac. de l’ Oeil lui-même « lâche » le forcené moscovite dans son édito du numéro de Mars .

Voici donc cet entretien intitulé « l’artivisme , un art sans limite » avec le critique d’art « multi-engagé » Paul Ardenne, spécialiste de l’ « art extrême » qui plait tant aux réseaux institutionnels et du financial –art . Ce critique d’art a fait partie d’un comité de soutien à l’ artiste russe, après que celui-ci ait mis le feu à une succursale de la Banque de France à Paris.

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Nous assistons là, de la part d’un expert national de la « limite » et de la transgression créative, à une prouesse discursive pleine de sérieux et de componction dans son extrême confusion, sur un sujet sans contour bien discernable et de plus en plus glauque et répugnant…Un exposé néanmoins très docte et professoral, qui ne fait pas l’économie de l’inévitable référence à Marcel Duchamp ni des d’autres repères et éléments de langage indispensables quand il s’agit de nous faire avaler l’insupportable. Sachons que Paul Ardenne est l’auteur de Extrême .Esthétiques de la limite dépassée (2006 Flammarion)

Il est en outre le seul critique d’art français 100% bio et il a écrit le livre Un art écologique : Création plasticienne et anthropocène (Le Bord de l’eau, octobre 2018 ( La notion d’ « anthropocène » étant de plus en plus utilisée dans les textes de la critique d’art affiliée au financial-art officiel) Ex- directeur-adjoint du magazine Art Press, fervent motocycliste grosse cylindrée, mais (paradoxalement) aussi écologiste, il pétarade à fond pour l’art contemporain dissident et anti-capitaliste. Il est ainsi l’un des plus farouches défenseurs et promoteurs de l’œuvre de Piotr Pavlenski, tel que nous le montre cette video d’une des conférences qu’il a donné.

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Il est le compagnon de route de quantité d’artistes « engagés » politiquement, questionneurs sociétaux, anticapitalistes, anti-bourgeois, repentants post-coloniaux, révolutionnaristes officiels…Ainsi dans cette expo organisée par lui et intitulée « talking about revolution », et regroupant quelques pointures de la subversion subventionnée et de la révolte financiarisée, tels que tous ceux-ci (dont Pavlenski ) : Adel Abdessemed /Bruno Serralongue / Burak Arikan / Diana Righini Filip Markiewicz / Frank Perrin / Gerard Fromanger / Gianni Motti / Jean-Claude Jolet / Jimmie Durham / Joseph Beuys / Michaela Spiegel / Michel Journiac / O’maurice Mboa /Oksana Shachko / Petr Pavlenski / Shadi Alzaqzouq / Véronique Bourgoin…Autant d’artistes « N’ayant pour la plupart aucune illusion, quant à la durabilité du capitalisme et de son système d’exploitation planétaire, ils expriment cependant l’espérance d’un mieux-disant politique et social tout en restant des témoins vigilants. » …et profitant un maximum du système qu’ils dénoncent…le dit système se nourrissant de cette dénonciation, dans un cercle vertueux dont on connaît bien maintenant le mécanisme diabolique.

Notons l’absence, dans cette liste d’artivistes agréés par le Ministère, de Pierre Pinoncelli le plus vigoureux pourtant dans ce registre, puisqu’il avait fracassé et compissé le fameux urinoir de Duchamp, clef de voûte de la pensée artistique officielle, et ainsi dépassé les « limites » normées en blasphémant le prophète même du divin foutage de gueule.

Enfin, Paul Ardenne avait été le curator au MAC Lyon , en 2014, d’ une historique expo sur la motocyclette intitulée « motopoétique » …En attendant la motocyclette à vapeur ou électrique à faible empreinte carbone.

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AUTRE CHOSE : L’ART CONTEMPORAIN, UNE VASTE PLAISANTERIE ?

C’est le gros titre de couverture de l’Oeil, magazine d’art quatre-vingtenaire, plutôt bourgeois, respectueux du bon goût dominant et complice amusé des fantaisies conceptualo-bidulaires de l’art de grand marché et de l’appareil d’Etat…

Alors que signifie cette question pour le moins déplacée et irrévérencieuse de la part d’un organe aussi bourgeoisement correct?

Commencerait-on à douter du sérieux de l’art dit contemporain ? Les grenouilles de bénitier culturel perdraient-elles la foi en leur culture de classe, en ses dogmes fondamentaux, en sa transcendantale contemporainité?

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Va-t-on vers un effondrement du marché mondial du foutage de gueule ?

C’est à la fois ce que l’on peut espérer et craindre, car on en imagine bien les gigantesques conséquences : chute totale des cotes des Koons, Mc Carthy, Damien Hirst et autres produits de la grande finance, ruine des oligarques collectionneurs, disqualification des fonctionnaires de l’art, des directeurs de FRAC, des professeurs de rien, des fellateurs du néant institutionnel, des grands conservateurs de Musées et des ténors de la critique d’art pro-plug anal, affiliée au système, etc.

Il y a donc de tels enjeux de pouvoirs et d’argent derrière cette « vaste plaisanterie » de l’art dit contemporain, qu’il ne faut donc pas avoir trop d’espoir dans l’imminence de sa chute …

Et l’on se demande finalement si ce dossier de l’Oeil, n’a pas plutôt comme fonction de désamorcer la colère déclenchée par les méfaits de cet art comme sinistre plaisanterie, que de changer les choses. En effet, les dix pages consacrées au sujet et intitulées niaisement « l’art a-t-il le sens de l’humour ? » apparaissent plus l’ apologie d’une rigolade lourdingue, façon Cattelan ou Erwin Wurm , qu’une analyse de fond des tenants et de aboutissants du phénomène.

Bref, on y célèbre encore une fois l’odieux, l’auto-dérision et le cynisme comme signe de distinction de classe, comme on peut le lire dans les propos de Mathieu Mercier (copie jointe), prix Marcel Duchamp, beau spécimen de l’artiste posturo –bidulaire, qui déclare sentencieusement que « se moquer franchement de l’art par l’art peut parfois être efficace »…efficace financièrement en effet comme on en a la preuve avec Koons, Cattelan et Cie.

Notons aussi, comme comble de l’impudence grossièrement récupératrice, l’évocation irrespectueuse de Topor, qui n’a bien entendu rien à faire ici.

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