Affaire Griveaux : quand l’activisme politique prétend se cacher derrière l’art par Jérôme Serri (Billet d’humeur)

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Par Jérôme Serri

Pour Jérôme Serri, journaliste littéraire et ancien collaborateur parlementaire, l’“affaire Griveaux” a tous les atours d’une de ces soi-disant “œuvres” comme l’art moderne en produit trop souvent.

Couvrez ce sexe que je ne saurais voir. Par de pareils objets le vote serait faussé. Trop tard ! Le mal est fait. La classe politique est cependant unanime pour dénoncer la diffusion sur les réseaux sociaux d’une « vidéo à caractère sexuel » qui a conduit le candidat de la Macronie à se retirer de la course à la mairie de Paris. Après l’élection présidentielle, c’est au tour de l’élection parisienne d’être frappée de plein fouet. A la pétanque, cela s’appelle faire un carreau. Cette violence inouïe en pleine campagne des municipales inquiète d’autant plus les responsables politiques qu’est annoncée la semaine prochaine la sortie d’un livre mettant en cause le clientélisme de certains élus qui n’ont pas hésité depuis des années à négocier avec les ennemis islamistes de la République.

 

Arguments et contre-arguments, la République en marche  se prend les pieds dans le tapis de l’Hôtel de ville.

Cela fait quatre jours que Benjamin Griveaux s’est pris les pieds dans le tapis de la Saint-Valentin, quatre jours que ça cause dans les rédactions, sur les plateaux de télévision, dans les chaumières :

• Benjamin Griveaux ne pouvait pas ne pas démissionner. Il a voulu protéger sa famille. C’était trop lourd. Mettez-vous à sa place !

• Il n’aurait pas dû démissionner. En démissionnant, il se reconnaît coupable. Or, aux yeux de la loi, il n’a rien commis d’illégal.

• Ce qui est scandaleux, c’est la diffusion de cette vidéo sur les réseaux sociaux. Une ligne rouge a été franchie. D’ailleurs, ce genre de diffusion sans l’autorisation de la personne concernée est punie par la loi.

• De quoi est-il coupable ? De rien. Somme toute, il a été imprudent. Quand on est un homme public, qui plus est quand on a été ministre, on ne poste pas ce genre de photo ou de vidéo sur internet.

• La vie privée, c’est la vie privée. Et il n’y a pas de « mais ». Cette diffusion est ignoble. Il s’agit là d’un véritable viol et je ne comprends même pas qu’on puisse parler d’imprudence devant un tel scandale.

• A l’ère des réseaux sociaux, un responsable politique ne peut pas ne pas se méfier de leur terrible capacité de nuisance. Il n’a pas le droit d’ignorer que les élus sont des cibles privilégiées. Même s’il n’a rien fait d’illégal, j’ai le droit de trouver ce candidat condamnable. Cette affaire a fait le tour du monde. La terre entière regarde désormais notre pays par le trou de la serrure.

• Ce n’est pas exact ! Quand vous lisez les commentaires sur les réseaux sociaux, au-delà des plaisanteries parfois très drôles, c’est l’incohérence qui est dénoncée. L’incohérence d’un candidat qui d’un côté se présente comme un bon père de famille avec femme et enfants, et de l’autre apparaît sous un jour peu glorieux.

• Ce que vous appelez l’incohérence n’est rien d’autre que l’hypocrisie que lui reproche celui qui prétend avoir diffusé la vidéo. Étonnamment, tout le monde parle de ce Piotr Pavlenski comme d’un artiste russe contemporain, comme s’il allait de soi qu’il était un artiste. S’enrouler nu dans un rouleau de fil barbelé pour dénoncer la répression ou se coudre les lèvres pour protester contre la censure de la presse ne vous apparente ni à Picasso peignant Guernica ni à Goya peignant le Tres de mayo. Une contestation, fût-elle spectaculaire, n’est pas une œuvre d’art. Pour dénoncer l’hypocrisie Molière écrit le Tartuffe. Aussi serait-il plus juste de parler d’activisme politique plutôt que d’art à propos de ce russe de 35 ans à qui la France a accordé l’asile politique entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2017.

• Croyez-vous que ce soit la révélation de cette hypocrisie qui ait amené Benjamin Griveaux à renoncer à sa candidature à la mairie de Paris ? Si l’hypocrisie, le mensonge, l’infidélité, la malhonnêteté étaient des raisons suffisantes en politique pour jeter l’éponge en pleine compétition électorale, ça se saurait ! Les agences de communications sont en effet équipées en éléments de langage divers et variés pour permettre à un candidat de répondre à toutes sortes d’accusations fondées ou infondées.

• En dépit du proverbe qui veut que « le ridicule ne tue pas », Benjamin Griveaux – c’est une première en France – vient d’être tué politiquement par le ridicule. Par un ridicule impossible à assumer et dont il aura du mal à se relever.

• Mais François Hollande ne fut-il pas ridicule lorsqu’il apparut au journal télévisé, un soir d’août 2014, trempé comme une soupe, les lunettes couvertes de buée ? Souvenez-vous, il avait refusé d’être abrité par un parapluie alors qu’une pluie torrentielle s’abattait sur l’île de Sein durant son discours. Ne le fut-il pas tout autant lorsque des paparazzi le surprirent débarquant au petit matin chez Julie Gayet avec un paquet de croissants ? Nombre de séquences filmées montrent nos politiques dans des situations qui furent loin d’être à leur avantage.

• Avec la vidéo de Benjamin Griveaux, nous sommes devant tout autre chose. Il ne s’agit pas de n’importe quel ridicule. Celui de sa situation est un ridicule absolu qui envoie au néant le sujet qui s’est commis avec ce que la technique permet de plus vil. Sa vidéo nous met en effet en présence de ce qui devait rester en dehors de tout regard. Or, ces images obligent l’électeur parisien, même s’il ne les a pas vues lui-même, à partager l’intimité d’une pratique sexuelle qui, pour être en soi banale, n’en est pas moins impartageable, l’obligeant ainsi à avoir honte pour lui. Etalées sur tous les écrans des smartphones, elles font irrémédiablement voler en éclats les efforts déployés par le candidat pour inspirer confiance.

Il y eut le Vagin de la reine dans les jardins du château de Versailles, le Plug anal place Vendôme devant le ministère de la Justice, la scène de sodomie géante devant le Centre Georges-Pompidou, le Mickey Mouse fier de son érection au Grand-Palais, il y eut la boîte de Merda d’artista au Musée national d’art moderne, les enseignes lumineuses « mon cul, ma vie mes couilles » ou « je suis une merde » de l’auteur des fameux pneus de tracteur installés à l’Opéra, l’urinoir de Duchamp, les verres d’urine de ses disciples, il y eut surtout des élus pour financer ces manifestations et ces achats, des fonctionnaires culturels pour en baptiser « artistes » les auteurs, et des journalistes pour les encenser.

 

« Griveaux out », l’« œuvre » la plus aboutie de Pavlenski ?

On continue d’appeler « artiste » ce réfugié russe qui a revendiqué la diffusion de la vidéo de Benjamin Griveaux sur les réseaux sociaux, comme on appelait « artiste » celui qui, en 2000, installa au CAPC de Bordeaux, dans le cadre de l’exposition « Présumés innocents », des postes de télévision où tournaient en boucle des films montrant des adolescents se masturbant.

Après tant de manifestations gouvernées par l’indigence intellectuelle et les copinages douteux, Paris, qui a connu des époques plus fécondes, plus fastes, plus glorieuses, Paris vient de passer à côté de son couronnement, à côté finalement d’un destin que tant de responsables inconséquents suscitèrent au fil des ans. Oui, Paris, « capitale mondiale des arts et de la culture », aurait pu avoir enfin un maire digne d’elle, un maire artiste lui aussi à sa façon, un maire se filmant… à ses heures perdues… sous les ors outragés de la République.

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