De l’irrépressible tropisme à l’international du CPGA ( Comité Professionnel des Galeries d’Art) par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

Marion Papillon / Photo Olivier Marty

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Par Nicole Esterolle

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« Nous constatons que nous n’arrivons toujours pas à vraiment impulser l’exportation de la scène française à l’étranger » : c’est la phrase centrale de l’ entretien ci-joint avec Madame Papillon, présidente de ce comité CPGA, publié par l’Oeil Magazine de Janvier 2020… Pour dire que la question de l’aura internationale est devenue pour le CPGA, la préoccupation première et quasi-obsessionnelle.., au dépens de toute autre considération eu égard aux les multiples problèmes de la profession dans sa globalité. Comme s’ il s’agissait , pour ce Comité, de préserver une sorte de très élitaire entre-soi « internationaliste », tout en ignorant les réalités bassement « locales » concernant la grande majorité des galeries de ce pays qui n’ont pas été dignes de figurer dans ce CPGA…et tout en faisant suivre ce premier élément de phrase de ce très paradoxal corollaire : « … et même à améliorer la visibilité des artistes français y compris en France »….

Ainsi, non seulement on est nuls à l’international, mais on l’est encore plus au local ! Comble donc du déplorable!

Et d’autant plus déplorable, que ce tropisme à la mondialisation est de plus en plus contraire à la prise de conscience chez tous les gens « normaux », de l’urgence d’ordre écologique, d’un retour, en art comme ailleurs, au national, au régional, au circuits courts, à la proximité, à la chaleur humaine … Autant de choses, il est vrai, considérées jusqu’à maintenant, comme régressives, réactionnaires, bouseuses , pétainistes, etc , par l’élite des gens super-normaux de l’art dit « contemporain », qui sont partie prenante à 80% de ce CPGA.

Il faut dire en effet que, si ce « comité » ne groupe que 280 galeries sur 2000 ou 2500 existant en France, c’est que les critères de cooptation sont féroces pour l’évaluation d’ une « professionnalité » qui tient moins compte de la prospectivité ou d’une exigence de qualité intrinsèque des artistes, que de leur conformité à la norme posturo-duchampo-conceptualo-crétino bidulaire financiarisable , propre au grand marché spéculatif en liens étroits avec celui de l’institutionalité. (Sur les 280 galeries de ce comité on note cependant une quinzaine d’erreurs de casting, affichant effrontément un art non-contemporain échappant à cette norme…Mystérieuse incohérence dont il conviendrait de trouver les raisons….Existerait-il en effet un art « non-contemporain », moderne, voire hors-norme, qui serait tout de même bankabilisable ?)

Mais qu’à cela ne tienne, l’agrément du CPGA reste un critère de fréquentabilité incontournable pour les critiques d’art alignés à l’international, et pour les directeurs de FRAC ou de Musées qui ne conçoivent pas d’autres achats que de valeurs internationalisées et pour maintenir cette vertueuse collusion entre argent public et intérêts privés qui fait le sel de cette économie néolibéraliste de l’art, qui a mis sous sa botte un dispositif d’Etat financièrement exsangue.

On peut aussi lire en bas de page à droite : « Défendre les galeries, c’est défendre la scène française..car 70% de ses artistes sont représentés par notre comité » , il faut bien sûr comprendre que l’on parle ici des seuls artistes formatés au contemporain-international…soit environ 5% des artistes existant réellement sur la « scène globale »….Ce qui signifie donc que le travail du GPGA, ne concerne que 0 ,70×0,05 =3,5% de la production artistique d’aujourd’hui….Le reste devant être considéré comme une Cour des Miracles d’amateurs, négligeable, méprisable et « non-professionnel », puisque non internationalisable, non-contemporainisable, non-fiacable, et donc non-financiarisable…

Ainsi ce CPGA devient-il le véhicule de pointe dans cette course à l’international délirante et ravageuse de sens, pour embarquer une caste de happy few choisis pour être en recherche de profits , plutôt que de nouveaux talents indépendants et dont les œuvres résisteraient au temps ( Le principe fédérateur étant de fabriquer des produits à obsolescence programmée, beaucoup plus lucratifs pour une spéculation à court terme.)

Tout cela pour bien comprendre la contre-productivité absolue de ce CPGA, voire sa nocivité, en termes de reconnaissance de la création véritable de ce temps, ainsi que le préjudice global que cela implique pour la collectivité, pour les galeries prospectives et pour la création artistique dans sa globalité.

Comprendre aussi que la typologie bien particulière des galeries de ce rassemblement,( voir liste ci-dessous du bureau et des conseillers) implique une solidarité bien particulière également, qui permet un solide soutien entre-soi ou interne, pour mieux enfoncer et disqualifier l’extérieur des autres galeries…. dont l’ambition prospective risque de nuire à la survalorisation des seuls produits agréés par le réseau des galeries « sérieuses » de placements financiers telles que sont la plupart de celles du CPGA..

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Mais enfin ! de quoi se plaint-on ? 

Quand on a , avec Mr Perrotin la Banane, l’exemple même de la réussite d’une galerie française à l’international ? Et, finalement , ce comité, n’est-il pas l’outil le plus adéquat pour accompagner la croissance exponentielle de l’inepte économico-néolibéral mondialisé dans sa course échevelée vers le grand effondrement annoncé du sens, de l’art et de l’humanité ?

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Composition du CPGA :

Présidente : Marion Papillon – Galerie Papillon,Vice-présidents : Benoit Sapiro – Le Minotaure et Isabelle Alfonsi – Marcelle Alix, Trésorier : Philippe Charpentier – mor charpentier, Conseillers : Anne-Sarah Bénichou – galerie Anne-Sarah Bénichou

Thomas Bernard – Galerie Thomas Bernard Cortex Athletico, Florence Bonnefous – Air de Paris, Magda Danysz, Bernard Dulon, Catherine Issert , Philippe Joppin – High Art

Antoine Laurentin , Michel Rein

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Plus d’infos :
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À FOND L’INTERNATIONAL MADE IN USA AVEC LA GALERIE NATHALIE OBADIA

Personnalité référente du marché de l’art contemporain et de la critique alignée, ex-vice- présidente du CPGA, ex-compagne de Daniel Templon, invitée vedette des médias bien-pensants, première et redoutable inquisitrice pour la critique dissidente, enseignante à Sciences-Po, elle affirme sans complexe que l’ACI est un outil indispensable à la paix du monde et à la concorde universelle… que l’ « étalon art » est supérieur à l’ « étalon or »…que les profits réalisés avec l’art contemporain mondialisé et déterritorialisé sont bien supérieurs à ceux réalisés avec l’art moderne beaucoup trop local et encombré du vécu perso des artistes.

La galerie qui porte son nom se veut “française et internationale”. Plus qu’une marchande, Nathalie Obadia est aussi une analyste virtuose de l’échiquier mondial du soft-power, qu’elle décrit dans son ouvrage récent “Géopolitique de l’art contemporain“, qui réaffirme la réalité bienfaisante de l’hégémonie américaine sur le marché mondial de l’art contemporain, et les vertus de l’internationalisme aussi bien pour les artistes que pour les marchands.( avec l’ exemple de son artiste Laure Prouvost qu’elle a su placer comme représentante de la France à la Biennale de Venise 2019.)

Un entretien avec Nathalie Obadia : Entretien d’anthologie que je vous livre, car très illustratif de la « profondeur » de la « pensée artistique » des acteurs du haut-marché de l’ACI.

À lire
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DU VERTUEUX TROPISME AU NATIONAL DE L’EX-PRÉSIDENT DU CPGA… 

…..Qui enjoint les musées à montrer davantage les artistes français !….Allons bon ! (ici)


UNE ENQUÊTE AUPRÈS DES GALERIES D’ART EN FRANCE (ici)

LA SPÉCULATION FINANCIÈRE DÉTRUIT L’ART COMME ELLE DÉTRUIT LES SOLS (ici)

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