DES POTS D’ÉCHAPPEMENT POUR VAPOTAGE CÉRÉBRAL Par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

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Molinéro
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On est bien d’accord sur le fait qu’il n’est pas gentil du tout de dire nommément du mal d’un artiste, d’affirmer tout de go que son travail est moche, stupide, délirant, nul ou ridicule…Car « c’est son choix », car il a le droit et la liberté absolue de faire ce qui lui plait ….et puis, parce qu’après tout, on n’en a rien à faire, compte-tenu des milliers et des milliers de merveilleux artistes existant par ailleurs et que l’on peut aimer sans réserve (1)

Mais dans le cas de l’œuvre (en image ci-contre) de Madame A .M., il semble que l’on soit en droit, en évitant comme il se doit tout jugement d’ordre esthétique, de l’accompagner de quelques commentaires, interrogations voire interprétations.

Il apparaît d’abord que cette œuvre faite de pots d’échappement d’automobile sur lesquels sont posées ce qui ressemble à des couches –culottes de bébé ou de personne âgée incontinente, ne provoque aucune émotion d’ordre artistique, n’émet pas de message politique ni de questionnement sociétal. Elle semble solliciter cependant une approche plus intellectuelle que sensible sans que l’on sache de quel sujet de réflexion il s’agit …Une hypothèse corroborée par le fait que cet assemblage est actuellement exposé dans la galerie parisienne Cortex Athletico, qui , comme sont nom l’indique, cible exclusivement les amateurs d’art musclés du cerveau.

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On apprend également que Madame A.M. est une artiste « plasticienne » au sens littéral du mot, puisqu’elle confectionne aussi des sculptures constituées de poubelles en plastique ramollies par chauffage : « Les poubelles, dit- elle j’en ferai toute ma vie. C’est un peu comme Rodin qui a fait toute sa vie les mêmes gestes avec des sujets différents. » Je vous joins l’image de cadavres de poubelles chauffées à 250 degrès suspendues en 2006, dans une église non désacralisées de Languedoc-Roussillon, dans le cadre d’une large opération FRAC intitulée « Chauffe Marcel », pour concélébrer avec l’évèque et les paroissiens du coin le centième anniversaire de la pissoire du prophète Duchamp.

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Sa forte détermination pour cet art conceptualo-poubellaire donc (variante perso du duchampo-bidulaire plus répandu) , est entretenue pas sa fonction rémunérée de professeur en la matière depuis plusieurs décennies dans différentes Ecoles des Beaux-Arts de France. Elle est soutenue aussi par le réseau institutionnel auquel elle appartient, avec tous les avantages que cette appartenance implique en termes de subventionnement, d’accès prioritaire au dispositif muséal public, d’achats par les FRAC, les MAC et les CAC…le tout compris dans une chaine de « solidarité » corporatiste globale de nature très endogamique.

Ils, elles, sont en effet des milliers dans l’appareil, à bénéficier, comme Mme A.M., des avantages et privilèges de ce confortable entre-soi, et à produire, au bout de quarante ans de consanguinité dégénérative, le même type d’ahurissant bricolage accompagné d’un pilonnage discursif tout aussi délirant. Ces milliers de « professeurs-artistes », sont les agents multicartes de l’art dit contempoprain, car il sont volontiers par la même occasion, critiques d’art, curators, membres de commissions d’achats ou de distribution des subventions…et même parfois associés à des galeries privées à vocation internationale dans une de ces savantes mixtures intérêts privés-intérêts publics, dont l’institutionnalité artistique française peut s’enorgueillir sur la scène mondiale.

Madame A.M. utilise plusieurs assistants hautement spécialisés pour la soudure de ses pots d’échappement pour le cramage de ses poubelles, afin de répondre aux nombreuses commandes des galeries conceptualo-financières parisiennes , des petites galeries provinciales municipales subventionnées et des FRAC, MAC, CAC de l’hexagone. Elle est un modèle de réussite professionnelle dans son secteur et la preuve vivante des bienfaits de la conjonction vertueuse du subventionnal-art et du financial –art, caractérisant l’action de d’Etat pour le progrés de la création artistique.(ne parlons pas des ravages commis pendant ses décennies de professorat sur les très ductiles cerveaux de ses élèves artistes, maltraités comme ses poubelles)

Mais malgré cette réussite exemplaire en matière de réhabilitation de la laideur comme signe de distinction, malgré cette reconnaissance officielle comme produit emblématique de notre 5ème république culturelle et malgré les honneurs et avantages divers qui en découlent, Madame A.M. demeure, une subversive tripale, une rebelle farouche, une rebelle en soi, et qui, ayant perdu l’objet même de sa rébellion a pu l’hystériser en un furieux salmigondis langagier comme on peut le lire dans l’entretien sorti du blog « Documents d’artistes », dont je vous joins le lien. Bouillonnant d’autosatisfaction et d’une pétillante imbécillité, sa véhémente et délirante verbosité peut aussi devenir salace et dévergondée comme exquise coquetterie de classe et pour montrer qu’elle sait demeurer sympa avec le petit personnel. C’est ainsi qu’elle nous informe dire parfois à ses deux assistants : «Alors, vous me faites des bites». En ajoutant : « C’est très codé, c’est le langage de l’atelier, de l’action à mener « Et puis, dans le même élan d’actionnisme radical, elle ajoute : « J’ai récemment réalisé des sculptures avec une table d’accouchement, des déambulateurs et des fauteuils roulants. Ce sont des objets qui nous laissent sur place. Ils nous sidèrent et nous obligent à nous fixer. Ils s’opposent à la fluidité, à la rapidité »…

C’est dire à quel point sa rébellion est lourde, profonde, multipolaire…et d’un surprenant niveau de cogitation, quand , par exemple, elle fait dans la psycho- sémantique lacanienne, ainsi qu’on peut le voir dans cet extrait du même entretien d’anthologie : « Je me suis aperçu que le mot sculpture était toujours présent répété inlassablement sans aucun souci d’élégance ni aucun sens de l’humour ou du jeu. Je me suis mis à l’observer, comme on regarde attentivement un objet sous tous ces angles en essayant d’en découvrir la fonction. Je l’ai tout d’abord découvert manuscrit et avec mon écriture : Un S simplifié séparé du mot , c’ est tout de même le « S » de sorcière, représentation épurée du serpent (qui siffle) ensuite il y a le mot « CULPTURE » divisé (en isolant CUL) par le « P » muet de père ou de Pénis. Et si ce choix de la sculpture souvent pénible à réaliser trouvait son référent et son aboutissement dans son nom, écrit par moi même de préférence ?»…Et là nous sommes définitivement tétanisés et muets devant une telle virtuosité et une telle profondeur d’analyse.

Mais vous aurez compris que si je me suis permis d’ironiser ainsi au sujet de Madame A.M., ce n’est pas la personne qui était visée, mais seulement le produit ou l’excrétion qu’elle est de fait, d’un système parfaitement aberrant, inepte, délirant, inique, ubuesque, anartistique, totalement hors de contrôle humain mais intimement lié à la finance pollueuse de la planète…comme le sont de façon encore plus volumineuse, les hernies artistico-spéculo- financières de type Koons, Hirst, Lavier, Buren, et cie…dont ici j’ose citer les noms sans aucun plaisir.

1- Comme les 5500 qui sont présentés dans le nicolemuseum.fr

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