« J’ai beaucoup appris de Duchamp » dit le méga- plasticien chinois , Huang Yong Ping Par Jean-Pierre Cramoisan (Billet d’humeur)

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Voici un texte très corsé et long en bouche ( en tête également) de mon ami poète et écrivain d’art marseillais, Jean-Pierre Cramoisan. Il y traite de l’un des plus mondialement fameux des financial-artist chinois, tombé très jeune dans la potion duchampienne, et qui a réalisé des œuvres gigantesquement ineptes et se revendiquant comme telles. Citons parmi celles-ci ( images jointes )le porte-bouteilles géant intitulé « les mille bras de Boudha » à la Biennale de Shanghai, l’ énorme empilement de containers surmonté d’un squelette de reptile de 145 mètres de long intitulé « Empire » pour l’expo « Monumenta » au Grand Palais à Paris, le train à grosse tête de mérou, etc.

Cet artiste, est le plus emblématique de « ce colossal et prétentieux foutoir à pognon qu’est l’art dit contemporain » comme le dit Jean-Pierre Cramoisan . Il est le plus illustratif de ce giga –inepte en art totalement indexé sur le giga –absurde économique qui met en danger l’espèce humaine. Il révèle l’énormité des moyens mis en œuvre sans autre fin que la destruction du sens, des équilibres vitaux, de tous les éco-systèmes, pour le seul profit à court terme des réseaux de pouvoir et d’argent.

Le texte de Jean-Pierre Cramoisan est important , car il contribue, je crois, à ce que l’art « contemporain », comme excroissance monstrueuse de mécanismes décérébrés et déshumanisés, soit abordé en termes de désastre écologique, de toxicité sociale, de pollution mentale et de danger pour l’environnement.

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L’artiste chinois nous confie qu’il a beaucoup appris de Duchamp, par exemple à regarder autrement les objets du quotidien, à percevoir « l’intime vibration de leur troublante vérité »… Duchamp s’en amusait, lui qui n’avait pas songé un seul instant à la cataclysmique onde de choc que produirait ses ready-mades pépères et à la contamination mortifère qu’ils communiqueraient à l’art. Sans doute eût-il bien ri de l’épithète saugrenue d’art contemporain qu’on leur accolerait.

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La démesure du vide fait loi

Les objets exercent une fascination enragée sur les collectionneurs et les mécènes chouchouteurs d’artistes à la sauce contemporaine. Seule condition au consternant déballage spectacle de cette idéologie dominante : le gigantisme intrigant, donc forcément questionnant ! La démesure et l’excès font loi ; ils en sont le label. L’attirance est totale, hypnotique : les vannes de la rienitude sont ouvertes, l’argent y prospère, le réalisme 100% matière noire fait recette. On réquisitionne des lieux publics chargés d’histoire pour accueillir le carnaval insensé du mauvais goût et de la débâcle narcisso-outrancière. On commémore le vide, commente la vacuité, sanctifie le néant ! La piètre tragédie du bien-peu, du très-peu et même du peu-peu occupe le devant de la scène artistique.

Les exhibitions à tiroir pour objets en quête d’excitations artistiques, ont effacé l’œuvre en soi. N’est le titre résolument agitateur de ces machins dépourvus de pensée, il ne subsiste que la triste apparence du vide.

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Une surcharge discursive pour l’éloge de la vacuité

Ces nouveaux artifices dont se réclament les héritiers de Duchamp, lampottés aux ready-mades, trouvent leur légitimation dans la surcharge discursive, une litanie de performances capillotractées, de pièges à dérision, d’inventaires farfelus déclinés sous forme d’amoncellements, d’accumulations, autant de stratégies associant des objets de l’ordinaire, car l’artiste intello n’oublie jamais qu’il lui faut une marque de fabrique pour être reconnu par le plus grand nombre.

Quand l’art contemporain déchoit ou se démet des liens qui l’unissent à la couillonnade accélérée d’objets en perte de notoriété, quand sa cote baisse, on lui accorde un joker : l’éloge de la vacuité pour le porter tout naturellement vers une manière de poésie visuelle de secours à base d’émois faisandés, de découlement de verve molle, un dépotoir de mots, parfois d’aphorismes lumineux, comme le sont, par exemple, les néons cucul la praline de Claude Lévêque avec cet anthologique tercet de plantigrade moyennement évolué : mon cul /ma vie / mes couilles

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Le « made in Duchamp » a ensorcelé les écoles d’art

La surenchère des concepts a pris la mauvaise habitude de mettre les choses à l’envers histoire de leur attribuer une foudroyante nouveauté. Aller contre le sens pour engendrer du non-sens.

Depuis 50 ans, les aiguilles de notre boussole artistique semblent s’être étrangement arrêtées sur les ready-mades. Il en éclot à profusion un peu partout, et si l’on peut leur adjoindre une once de provocation salace pour épicer le débat, c’est tant mieux ! On se bouscule pour être dans le coup ! Une des grandes marottes de l’art contemporain consiste à se positionner sur le postulat du tout fait ou du déjà fait. Le made in Duchamp a secoué les esprits, déboussolé les institutions, mis les FRAC en effervescence, ensorcelé les écoles d’art. La question qu’il faut sans doute se poser, c’est comment se débarrasser de l’effet Duchamp ? Les référentiels ont la peau dure. Celui-ci plus que tout autre ! Le mur qu’il a construit autour de son désœuvrement narquois est si redoutable que ceux qui se prévalent de l’avoir dépassé sont condamnés à se noyer dans l’océan de leur vanité. Impossible d’aller au-delà, de faire mieux ; davantage, oui ! Les inconditionnels s’en sont donné à cœur joie.

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Une défécatoire en or massif qui surpasse la pissoire en faïence de chez Leroy – Merlin

En 2016, alors qu’on le croyait définitivement retiré du monde des affaires de l’art, Maurizio Catellan fait un retour triomphal autant que pétant en installant au Guggenheim Museum de New York une sculpture-gogueneau en or massif, un bon 18 carats, intitulé America, parfaite représentation du rêve américain ! Les exégètes de la prestigieuse Sixtine newyorkaise de l’art contemporain nous expliquent qu’il est un clin d’œil aux excès du marché de l’art… que l’œuvre est une opportunité offerte à tous, sa finalité nous rappelant les réalités physiques inévitables de notre humanité partagée. Alors, a-t-il dépassé Duchamp pour de bon ? Car, à l’instar de l’Urinoir, on peut se soulager dans le W.C. de Catellan, une intimité sans précédent avec une œuvre d’art.

Le piège est sans équivoque, le traquenard énorme. Fin de partie. L’imposture de ce demi-siècle a produit tant de niaiseries jugées très sérieuses par d’habiles experts ès contemporanitudes, mobilisée une telle quantité d’énergie sans âme que certains ont fini par adopter ce mode de reproduction en vase clos.

 

L’art sans les mains, mais tout avec la tête

Mais que diable, où est passée la clef Duchamp ?

Il est communément admis que les créateurs de premier ordre ont changé de statut ; ils se sont transformés en entrepreneurs : le fameux concept de l’art sans les mains ! On sème des bouts d’idée avec l’intention de révolutionner le monde, mais soin à des artisans d’en assumer la réalisation. Ce n’est un secret pour personne que Jeff Koons vient du monde des affaires, que beaucoup d’artistes, agitateurs de bouts de ficelle, à la remorque du gourou joueur d’échecs, ont consacré leurs divagations sur le pas-grand-chose, juste l’écho répercuté au rythme tambourinant des scandales neuneu qui favorisent l’hystérie de la surcote. Plus c’est néanteux, plus les zéros s’affolent. La jumenterie des magnats du luxe déploie les œuvres de ses protégés à coups de millions de dollar dans les sociétés de ventes aux enchères.

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Le porte-bouteille à mille bras

À la biennale de Shanghai en 2012, Huang Yong Ping convie à la comédie à ressort des vieilles lunes repensées un des plus illustres vétérans des ready-mades, le talismanique porte-bouteilles qui, sous l’effet Xiamen Dada, se mammouthéise en Les Mille bras de Bouddha, une manière d’arbre de Noël où sont accrochés toutes sortes de prothèses pour manchots mêlés à une profusion d’exotiques colifichets.

En 2013, au Musée d’Art contemporain de Lyon, puis, en 2016, à la Fondation Louis Vuitton, où étaient proposés des œuvres d’artistes chinois, notre « hérisson » a subi une sérieuse cure d’amaigrissement puisque son Bouddha ne compte plus que cinquante bras.

L’ordinaire est tout à coup devenu source d’inspiration pour moi. Duchamp m’a fait redécouvrir l’art, confesse Huang Yong Ping. Sa version culte du porte-bouteilles en atteste. On assiste à la confluence mystifiée de deux cultures. La rencontre du Sphinx et de Bouddha, fait penser au titre d’une fable mythologique.

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L’empire du Rien et l’hystérie marchande

De mai à juin 2016, Monumenta accueille pour une poignée de jours sous la verrière de la Nef du Grand Palais l’installation de Huang Yong Ping, Empire. Depuis 2007, c’est la septième version du cru des plus illustres artistes vivants. Il faut dire que nous n’avons pas d’œuvres de morts célèbres qui, par leur démesure, seraient en mesure d’occuper un aussi vaste espace. Même le David de Michel-Ange ferait figure de miniature. Au dessus de 300 containers aux crues couleurs d’un réalisme implacable, témoins de notre expansionniste civilisation, tous amassés jusqu’à plus de dix mètres du sol et distribués en huit tas, s’étire l’interminable squelette en acier fourbi d’un serpent à béquilles puisqu’il est soutenu par des poteaux. Serpent ou dragon ? Celui de Siegfried, le Smaug de Tolkien ou bien le Long Wang de la mythologie chinoise ? Bien que ce clin d’œil poussif veuille nous entraîner dans un amalgame Orient-Occident, qu’annonce cette superproduction hollywoodienne ? L’hystérie marchande, le fric, le troc, l’hégémonie des transbordements industriels, l’extension incontrôlable de nos excès, le brutal pillage de nos ressources naturelles, tout cela on l’avait bien compris ; de même que la sensation de vertige communiquée par l’ensemble de l’installation ne nous avait pas échappée. Ancré dans le passé et le présent, l’artiste nous rappelle l’assez piètre avertissement des bouleversements annoncés.

Et puis, pourquoi pas, le bicorne de Napoléon ? J’allais oublier l’essentiel, le clou de l’œuvre dans son entièreté, ce qui relie le tout et donne une lisibilité et une cohérence absolues : le bicorne de Napoléon ! Réplique fidèle de l’original scannée en 3D, nous dit le maître du projet pour être exactement au cœur de la vérité : douze mètres d’envergure, quand même ! L’ombre glorieusement horrifique de l’Empire ! L’artiste sort du chapeau le massacre de la bataille d’Eylau… Pourquoi celle-là ? Il eut pu prendre Wagram qui n’était en reste avec son joli carnage. Domination, désastre, puis déclin du pouvoir. On se retrouve pris ici dans l’étau des références, dans le même bric-à-brac symbolard qui sait si bien s’associer aux installations implantées au château de Versailles où les artistes invités remplissent l’espace de leur génial épastrouillant délire mégalomaniaque en essayant de nous renseigner sur la nature de leurs intentions à coup de discours poreux. Routine d’enfilage de lieux communs, le message est direct, clairement expéditif, même si l’artiste n’a pas fait dans la dentelle. Voilà ce qui nous attend : l’allégorie spectrale de la bête de l’apocalypse, cauchemar survolant nos sociétés de consommation et l’hyper puissance du libéralisme planétaire. Une fois que l’on a compris l’autopsie de cet impérialisme incontrôlable, est-on plus avancé ? Quelque chose a-t-il ébranlé nos consciences ? Notre sens critique s’en est-il enrichi ? Voire ! Une chose est sûre c’est qu’on n’a ni besoin d’aspirine, ni même de lire ou de relire Marx ou Engels pour mieux comprendre la critique du capitalisme.

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Démesure et violence symbolique

Toujours cette fichue manie de faire du babélien, de nous impressionner avec des accouchements à dominance culturelle, ce que Bourdieu appelait la violence symbolique. En accueillant ce serpent à sornette anguiforme digne du grand 8 de la Foire du Trône, l’esprit Monumenta invite le spectateur à un incroyable one-artist-show, mais plus proche d’un rendez-vous conçu comme un pseudo-événement artistico-médiatique ou un épiphénomène portant la griffe, si j’ose dire, de la société du spectacle.

Fallait-il faire aussi démesuré pour dénoncer les dangers où nous mène la folie de notre cupidité ? Ne trouverait-on pas ce type de dénonciation dans n’importe quel manuel de philosophie contemporaine un peu déluré ? En fait, cette installation nous offre plus une lecture littérale qu’inventive : sans surprise, un pur exploit technologique. Mais c’est comme ça, Huang Yong Ping entre désormais au Panthéon des artistes empharaonnés. Duchamp aura mis tout seul vingt ans (1946/1966) pour fabriquer, dans la plus opaque intimité, « l’énigmatique » Étant donnés, qui deviendra la mère putative de toutes les installations.

Combien de temps a-t-il fallu à l’équipe de Huang Yong Ping pour fabriquer cette baudruche de métal ?

Comme dans la plupart des cas les installations s’accompagnent d’une inéluctable disparition, qu’adviendra-t-il de ce fol Empire ? Il faudra pourtant désosser une à une les vertèbres de cet interminable reptile. Mais où les stocker ? Aucun musée n’est assez grand pour accueillir un animal de 254 mètres pesant plus de cent tonnes. Retournera-t-il alors dans l’oubli du creuset qui l’a engendré ? Quant aux containers, c’est plus simple, ils réintégreront les espaces marchands où ils avaient été prélevés, en lieu et place de ce qu’ils dénonçaient, pour se remplir à nouveau.

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Les artistes n’en auront donc jamais fini avec Duchamp ?!

Il se prépare encore de joyeux naufrages !

Le propre des objets est surtout d’avoir une fonction, voilà maintenant qu’on leur prête un sens ! En terme choisi, on dira qu’on les détourne dans des pantomimes qui leur accordent une valeur artistique qu’ils n’ont pas. C’est pourtant grâce à leur mode d’utilisation universelle que les hommes partagent la plus grande aptitude à les reconnaître en tant que tel. Ainsi pourrait-on dire que les nouvelles métaphores de l’art contemporain, parodies d’implantations quasi-totémiques, extravaguent à coup de critiques faiblardes sur nos erratiques dérives sociétales, tout cela acagnardé à des sortes de rébus joyeusement fouteurs de gueule. À les soustraire de leur fonction ordinaire, ils deviennent complètement louftingues. De l’art en vrac ! Du toc pour bobos en quête d’étourdissements intellos.

Il est vrai qu’un porte-bouteilles rayonnant au centre d’une galerie a quelque chose d’une audace solennelle. Ô liturgique élévation de l’art ! Et nous voilà précisément au mitan même de l’effet bluff médusant de l’art contemporain : la gêne ressentie devant l’incompréhensible avec, en toile de fond mentale, ce terrible doute qui nous chavire l’esprit : et s’il y avait là une réelle intention, un questionnement ? Et si on était passé à côté de l’essentiel ? La preuve sans fioritures d’un sens profond ? Une empreinte indéniable, indiscutable offerte par l’artiste ? La marque du génie ?

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Les critiques spécialistes du prêt-à-éclaircir les méninges 

C’est là qu’interviennent doctement les spécialistes du prêt-à-éclaircir les méninges des plus revêches en leur pondant des discours éreintants sur le comment et le pourquoi de tous ces bitoniaux refourgués comme étant des œuvres d’art. Tout ce petit monde de critiques, de commissaires d’exposition est prêt à défendre, la tête sur le billot, l’abscons et le tintouin des foutoirs et autres bazars où se côtoie un ramas de bizarreries en errance. Leur credo : justifier coûte que coûte et vaille que vaille la nullardise ! Quant à l’émotion : ouste, du balai ! C’est plus ou pas le sujet ! Tout passe, tout s’entasse ! On patauge dans « le règne de la quantité » où l’objet devient le roi du monde.

Il ne vous aura pas échappé que les surgissements de ces icônes manufacturières ne sont pas là par hasard, d’autant que leur fabrication et leur mise en scène coûtent beaucoup d’argent. Mais c’est comme ça, il faut vous y faire ! Vous aurez peut-être participé un jour, sans le savoir, à l’érection sur une place de votre ville d’un monumental ouvre-boîte à sardines pour ouvrir… Mais quoi au juste ?! On va vous expliquer. Le commentaire fait partie du service après-vente ; il est une garantie financière sur le produit. La clef de voûte de la pensée en œuvre. Si vous n’avez pas compris c’est que vous êtes un benêt. Vous resterez un réactionnaire transi de pétoche sur le pas de la porte de notre époque hurluberlesque ! L’artiste, lui, propose un vague remous cérébral puis s’efface, et, comme la plupart du temps son œuvre revêt les dehors d’une consternante connotation morbido-équivoque, (plug anal, vagin rouillé, excrétions en tous genres), il laisse le soin aux autres de faire gonfler le scandale pour en récolter les lauriers de la gloire. L’art contemporain doit choquer. L’œuvre doit être si confuse qu’elle nous laisse sans voix, dans la consternation et l’embarras.

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C’était pourtant pour votre bien !

Oui, pour vous, vieux fossiles rococo, tocards craintifs encore encroûtés dans des paradigmes esthétiques d’un autre âge ; c’était pour vous aider à mieux comprendre et aborder les phénomènes socioculturels qui traversent notre temps, l’hyper consommation, l’écologie, le recyclage, l’argent grand apôtre de la création, tous ces petits trucs qui, mis bout à bout, mènent aux grandes choses. Maugréer contre ce pitoyable manège donne le tournis ; cela ne sert à rien ; et gueuler contre la multiplication des objets n’arrêtera pas leur accroissement. Vous en avez par-dessus la tête ? De toute façon, comprenez bien que ce n’est pas pour vous mais pour le pognon que génère cet enfumage. C’est comme ça !

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La farce cachée de l’art « contemporain »

L’artiste contemporain vaut par la nullité de son ressassement tant la nature de ses obsessions est étriquée, bridée, minable, ratatinesque, axée autour de chétifs poncifs brandis comme de pathétiques dénonciations. Est-ce là satire musclée ?! Raillerie civilisatrice ? Créer des œuvres capables de vilipender l’égoïsme de nos sociétés, fustiger le monde marchand, alors qu’elles ne sont que de purs produits frictophages, tels sont les enjeux de l’art contemporain. Sa farce cachée !

Le but est atteint, on met des signes et des symboles poly-cultureux cul par dessus tête, on agite, et voilà…

Pourtant, à le bien regarder, il en a fait du chemin ce sympathique porte-bouteilles. Objet consacré, révéré, issu de tous les culots, là où il est, haut perché dans la mémoire de l’Histoire de l’Art, impossible de le détrôner ! Comme il incarne bien l’extrême fonction du vide. Rien ne semble l’animer que sa banale réalité d’égouttoir. Le voilà dressé plaisant radieux épanoui fleurissant, sans soucis de son magnétisme insolent ; la lumière ruisselle sur sa solitude de désembaumé de la Samaritaine. S’il avait une âme, il se demanderait ce qu’il fiche planté dans un musée plutôt que dans un cellier. Rien de plus troublant qu’un objet redéfini comme autre chose que ce pour quoi il a été inventé. Aussi bellement séduisant qu’il soit, on sait malgré tout que c’est un porte-bouteilles. La belle affaire ! Duchamp lui avait juste donné un petit coup de pouce génial qui en a médusé plus d’un. Avant lui les objets ne pensaient pas, maintenant ils pensent pour nous. C’est précisément là que résonne le glas mystère des vibrations invisibles.

 

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