Musée des Abattoirs de Toulouse historiquement incorrect Par Los Olvidados – La Dépêche du Midi (billet d’humeur)

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Polycarpov Pablo Salen
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Alors que le Musée des Abattoirs de Toulouse ne désemplit pas pour l’exposition « Picasso et l’exil », les familles des principaux artistes espagnols ayant vécu et réalisé leurs œuvres à Toulouse affichent leur mécontentement pour cette expositions qui les a volontairement oublié. L’artiste peintre et sculpteur Michel Batlle, fils d’exilé en est scandalisé.

 

Le Musée des Abattoirs de Toulouse porte bien son nom de solution finale en ce qui concerne l’exposition « Picasso et l’exil »du fait d’un oubli volontaire des artistes exilés qui vécurent et réalisèrent leur œuvre à Toulouse, capitale de l’exil républicain espagnol.

Est-ce par méconnaissance de la situation de l’art dans le pays toulousain ou est-ce un choix imposé par les réseaux marchands et officiels qui font que Toulouse n’est pas vraiment une capitale culturelle mais seulement une ville de province ? Une attitude qui pour nous artistes, nous est habituelle et fatale… le centralisme, le provincialisme…

Il s’agit là d’un oubli volontaire historiquement incorrect et je m’étonne qu’il n’y ait si peu de personne qui le relève, je pense que les familles des artistes espagnols disparus n’ont pas eu la force de le manifester et leur tristesse n’a d’égale que la mienne…

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Les macaques Carlos Pradal
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Je suis fils d’exilé et artiste, né à Toulouse, j’ai connu tous les peintres et sculpteurs exilés qu’y y vivaient et avec lesquels j’avais des relations amicales. Camps-Vicens ancien capitaine dans l’armée républicaine était mon voisin Quai de Tounis, il était ami de mon père qui mourut en 1947 des suites de la guerre civile, un an après ma naissance, puis vers mes 18 ans, lors de mes premières expositions, je rencontrais Carlos Pradal, Vicens Gironella, Forcadell, Alos, Brugarolas, Izquierdo Carvajal, plus tard Pablo Salen, Olga Gimeno, Rodolf Fauria-Gort … Nous parlions souvent en catalan ou en castillan et remontait en eux une époque forte et violente, mais aucun ne voulait évoquer cette terrible période qui les avait amené jusqu’à l’exil à Toulouse.

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Virgilio Guitarra
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Dommage que cette exposition du Musée des Abattoirs soit amputée de nos artistes toulousains, il n’y a seulement qu’un tableau, celui de Joan Jorda. Dommage, car l’exposition est intéressante mais ce manque fait que je ne peux y adhérer totalement. Je comprends que la directrice joue sur le phénomène star Picasso et on peut y voir des œuvres rares comme la gravure de la « Femme qui pleure » mais ce n’est pas suffisant et Picasso ne doit pas gommer nos toulousains et leurs œuvres. Le mot « exil » fait parfois office de fourre tout et d’ailleurs on se demande ce que font certaines œuvres dans cette exposition !

Madame Annabelle Ténèze directrice des « Abattoirs » a-t-elle au moins entendu parler de ces artistes ? A-t-elle vu « Les Macaques » de Carlos Pradal ? La série de gravures sur la guerre d’Espagne de Pablo Salen, conservée à la Bibliothèque nationale ? Pablo qui, jeune pilotes fut mitraillé en vol et perdit un bras et qui toute sa vie durant tirait ses gravures avec une seule main… Et les lièges sculptés de Vicens Gironella que Jean Dubuffet adorait et qu’il fit entrer dans son Musée de l’art brut à Lausane ? Et que dire des peintures de Virgilio Vallmajo, auquel le Musée de l’Exil de La Jonquera consacra une exposition monographique, considéré comme le premier artiste géométrique espagnol, peintures toutes réalisées à Toulouse entre 1939 et 1947 ? Certains d’entre eux avaient rencontré Picasso à Paris dès les premiers temps de l’exil.

Lors du vernissage de cette exposition je faisais le constat de cet oubli auprès d’un des responsable du musée qui me répondait qu’il ne pouvait pas mettre tous les artistes… Mais quand même, que soient représentés au moins les principaux artistes toulousains de l’exil ! Que l’on diminue le nombre de toiles du neveu de Picasso Javier Vilato qui n’a jamais fait que pasticher son oncle à tel point qu’à tout moment devant ses tableaux, on ne sait s’il s’agit de l’oncle ou du neveu, ce qui perturbe la visite de l’exposition !

A plusieurs reprises j’ai organisé des expositions d’artistes exilés et de la génération suivante, dont je fais partie avec Flore, fille de Olga Gimeno, Charles Posas ou Francisco Artigas. Il y a quelques personnes qui connaissent bien ces artistes et l’ambiance qui régnait à Toulouse de l’après guerre jusqu’au années 80 ; car les artistes espagnols exilés amenèrent à notre cité une dynamique nouvelle et furent accueillis chaleureusement par le milieu culturel toulousain ; pourquoi ne pas les avoir sollicité ?

Il faudra encore du temps avant de réhabiliter nos artistes de l’exil républicain espagnol, puisque les officiels pris dans les filets de leurs réseaux marchands et victimes des modes n’ont pas pris la mesure de ce qui fut à Toulouse, une histoire humaine et artistique.

Le combat de ces artistes qui avaient lâché les pinceaux pour le fusil ne fait que continuer.

 

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Dépêche du Midi
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