Texte de mon ami Touhami Ennadre par Yves Michaud (billet d’humeur)

Quota / Touhami ENNADRE (1953)

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Suggestion

Yves Michaud 

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Je reprends ici un texte de mon ami Touhami Ennadre, qui en a marre d’être traité de photographe africain ou de photographe marocain. Communautaristes-racistes-et-bien-pensants, ne vous faites pas mal en lisant ces mots.

« L’autre jour, en lisant mon quotidien du soir, j’ai été affecté par un article sur la photographie africaine.

Ceux qui parlent, sur un mode soi-disant flatteur, de photographie africaine, sont d’abord des prédateurs non africains. Ceux qui parlent de photographie arabe sont surtout des parasites culturels ni de langue ni de culture arabe, qui lui imposent leur vision folkloriste pour se recycler et satisfaire leurs vanités mondaines.

Lorsque le travail d’un artiste d’origine africaine ou de culture et de langue arabe, est reconnu à l’international, ils le tiennent à l’écart parce qu’il n’est pas à leur image ni à celle qui leur convient alors même qu’ils sont démunis de lumière…

Et parce que cet artiste refuse d’être leur pion. Nous, les Africains!, non plus, ça ne veut rien dire. Ce n’est que de la frime teintée d’opportunisme, un fonds de commerce.

En Afrique, il y a plus de 150 langues différentes, de peuples différents, alors, pourquoi cette catégorisation? Depuis que je suis photographe, je n’ai jamais entendu les gens sérieux évoquer ou revendiquer une photographie européenne, asiatique, russe, nord ou même sud-américaine. Pourquoi alors une photographie africaine?

D’accord, nous avons une origine commune mais cette ghettoïsation culturelle est aussi dangereuse qu’insultante. Elle me répugne parce qu’elle est fabriquée pour les besoins exclusifs de ces parasites de la culture, chasseurs de subventions, aux manières souvent pires que celles des colonialistes blancs d’autrefois.

Bien sûr, il y a des manieurs d’objectifs d’origine africaine qui, pour la plupart, ont appris la photographie dans des écoles occidentales et qui reproduisent à l’identique ce qu’ils ont ingurgité.

Le sujet peut être Africain, le manieur d’objectif aussi mais sa manière reste occidentale. Chasser l’autre ou en reproduire l’image figée, froide, artificielle, où n’apparait que la qualité de l’objectif dans un studio, n’est pas gage d’une créativité authentique. C’est un leurre, fabriqué de toutes pièces par ces nouveaux négriers de leurs semblables.

Pour qu’il y ait une photographie africaine, encore lui faudrait-il un projet esthétique pareil à nul autre… Or, je ne vois qu’imitateurs, sans l’ombre d’une perception personnelle, qui regardent comme regardent les Occidentaux, produisent des images standards, en couleurs, agrandies comme partout ailleurs : par les labos industriels.

Ceux qui parlent d’artistes africains, par exemple à la Biennale de Venise, font croire que leurs poulains débarquent tout juste de leur cambrousse alors qu’ils vivent depuis longtemps à Paris, biberonnés, négociés par d’habiles affairistes mais déconnectés de la réalité du pays de leur naissance.

L’estampille d’artiste africain vaut label d’artistes de batterie, comme les poulets, en France… Pourquoi cette identification fictive alors ? Parce que, dans ce créneau de basse-cour, il y a du pognon à piquer.

Je n’ai jamais entendu de véritable artiste se présenter par sa nationalité. Seule compte pour lui la force d’interpeller l’autre et de retenir son regard. Identifier un artiste par ses origines, non par l’originalité de son travail, reste à mes yeux réducteur et inadmissible. L’artiste est individualiste mais il se nourrit de ce qu’il vit, de ce qu’il voit et ressent partout où il va. Il se fiche des frontières!

Dans un monde qui ne cesse d’évoluer à la vitesse de la lumière, de grâce, arrêtez de nous bassiner avec vos salades nationalistes rétrogrades. »

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