Art dit Contemporain et Patrimoine : de l’antagonisme à la symbiose par Nicole esterolle (Billet d’humeur)

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Oeuvre: Jean-Luc Vilmouth
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Vous voyez ci-joint une œuvre de Jean-Luc Vilmouthtat, acquise au titre du 1% en 2001 pour décorer le parvis de la Bibliothèque Universitaire du Mans, pour la modique somme de 120 000 $… Vous constatez qu’elle est en triste état après vingt ans d’exposition aux intempéries naturelles…Un état cependant moins triste que d’habitude, car sur l’image jointe le ménage avait été fait pour déblayer tous les déchets encombrant normalement les 2000 poteaux de bois fichés en terre, et non agréés par contrat comme pouvant faire partie de l’œuvre après installation ce celle-ci…(Ce qui peut être admis pour certaines œuvres très très contemporaines.)

Cette œuvre manifestement non-durable et à l’obsolescence programmée à court terme, puisqu’on savait bien qu’elle ne pouvait résister très longtemps aux intempéries (même en bois de châtaigner moins putrescible dit-on) , ne peut bien sûr avoir valeur patrimoniale., malgré son prix de 120 000 euros. (Programmée pour « fonctionner » 12 ans au maximum, cela fait tout de même un coût de 10 000 euros par an pour la collectivité, pour un plaisir esthétique éphémère et on ne peut plus discutable.)

On pourrait certes allonger la durabilité de l’œuvre en remplaçant les 2000 piquets à l’identique ( comme les poutres de Notre-Dame de Paris) , ou en plastique imitant le châtaignier, mais cela aurait un coût exorbitant, qui serait autant de moins pour l’achat de livres pour la bibliothèque ou pour la réparation du toit de la chapelle toute proche, qui ,elle , a valeur patrimoniale. On songe aussi aux cinq ou six œuvres qui auraient pu, pour le même prix, être réalisées en bonne pierre ou solide matériau par de bons sculpteurs de la région ou d’ailleurs, pas forcément ringards parce qu’il sont « locaux » comme le pensent les experts de la DRAC.

Et puis, disons –le tout net : au-delà de sa non-durabilité physique, la non-valeur patrimoniale de cette accumulation horizontale de piquets de bois verticaux, tient d’abord au fait qu’elle est d’essence purement conceptuelle … Au fait qu’un concept est par nature extrêmement volatile et dégradable…Au fait qu’il ne s’agit que d’une immatérialité à qui l’artiste a donné épaisseur par les puissants moyens logistiques et financiers qui lui ont été fournis… Au fait qu’il n’y ait guère de sueur, de sens, de cœur, d’émotion, d’inventivité formelle, d’effort physique et de travail manuel venant de l’artiste lui-même … Au fait que même si cela peut provoquer l’étonnement ou le regard amusé des passants, ça ne va pas bien loin ni profond pour ce qui est de l’émotion vraiment esthétique ou de l’élévation spirituelle. (ceci dit, c’est une chance que ces piquets de bois se détruisent d’eux-mêmes, car les poteaux en béton plaqué marbre de Buren, sur la place de l’Hôtel de Ville à Lyon, sont là pour des centaines d’années…forçant ainsi leur valorisation patrimoniale … et le désespoir des Lyonnais)

Bref, nous avons avec ce spectacle lamentable des piquets noircis, le symbole même de ce que peut être le contre-productivisme résultant de l’absurde antagonisme de fond ou structurel qui existe en France entre le patrimoine et l’art dit contemporain.

Un antagonisme ravageur que l’on constate au sein – même des DRAC entre les gens de la modernité artistico-culturelle et ceux du patrimoine , les premiers considérant les seconds comme des ringards ne comprenant rien aux subtilités de la contemporanéité de l’art, et les seconds considérant les premiers comme des pédants, arrogants et superficiels.

Un antagonisme qui a fait peut-être, comme l’affirment certaines mauvaises langues, que la priorité budgétaire donnée par la DRAC Ile de France à l’art contemporain, plutôt qu’à la prévention incendie des édifices patrimoniaux, ait abouti à cet incendie épouvantable de Notre-Dame.

Un antagonisme qui fait , depuis quarante ans, que ne sont valorisées, subventionnées, collectionnées, fraquisées et muséifiées, que les seules œuvres conceptualo-bidulaires, sans aucune valeur durable, pollueuses de l’environnement, artistiquement toxiques, au détriment des œuvres de vraie mise en forme au contenu sensible et poétique et à qui on devrait reconnaître pour cela la valeur durable et patrimoniale…Un antagonisme faisant ainsi que soit détruit le futur patrimoine, pour vivifier l’épanouissement rapide de produits éphémères et vides de sens , mais dont la vertu majeure est d’avoir une forte efficacité spéculatoire , une puissante capacité d’appauvrissement intellectuel pour un enrichissement financier à court terme et pour une consolidation de l’appareil bureaucratique d’Etat au service des grands intérêts privés.

Mais cet antagonisme n’interdit pas certaines vertueuses symbioses : celle, pratique courante, consistant à remplir les salles de châteaux, chapelles et autre monuments du patrimoine avec le l’art dit contemporain, de telle sorte que les visiteurs de ces édifices historiques puissent être comptabilisés comme amateurs de cet art….Celle aussi, très à la mode, qui consiste à faire « dialoguer » des œuvres muséales anciennes avec de l’archi-contemporain, comme ce qui a été commis par le couple Aillagon-Pinault en imposant les Christs en fil de fer d’Adel Abdessemed aux côtés du retable sacré d’Insenheim…Et puis celle, moins courante, où l’on voit l’art dit contemporain enrichir les collectionneurs spéculateurs comme Mrs Pinault et Arnault, de telle sorte que ceux-ci puissent ensuite soustraire une petite part des colossaux bénéfices, pour faire de généreuses donations à la restauration de Notre Dame de Paris, victime justement de la pénurie des budgets qu’aurait dû lui consacrer la DRAC et le Ministère, si celui-ci n’était que « du Patrimoine » et non plus au service d’un art contemporain financier destiné à l’enrichissement des mêmes généreux Pinault et Arnaud….

Mais bon, pour nous consoler de tout cela : il paraît que Mme Hidalgo, la Maire de Paris, souhaite que l’on restaure Notre-Dame « à l’identique »….Ainsi, au moins ici, il n’y aura ni dialogue, ni « symbiose »…

 

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« l’ABC de l’Art dit Contemporain »
 aux éditions 
Jean-Cyrille Godefroy.
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