L’épave d’un bateau où a péri un millier de migrants en Méditerranée exposée à la Biennale de Venise / Avant-propos Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

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L’épave du pire naufrage de migrants en Méditerranée, en avril 2015,

exposée à la Biennale d’art contemporain de Venise

du 11 mai au 24 novembre. 2019. (TIZIANA FABI / AFP)


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Avant-propos

Nicole Esterolle

 

A Venise, un festival de financial artists contemporains internationaux, opportunistes, charognards, abjects récupérateurs des misères du monde pour en tirer profit médiatique et enrichir leurs collectionneurs milliardaires responsables de ces mêmes misères…

« Des œuvres autour des drames contemporains. Au-delà de l’épave, le commissaire de cette Biennale, l’Américain Ralph Rugoff, a invité 79 artistes contemporains à créer des œuvres sur les drames du monde moderne. Le Coréen Lee Bul a dédié une installation à un autre naufrage, celui du ferry Sewol, qui a fait 304 morts, pour l’essentiel des lycéens, en avril 2014 au large de la Corée du Sud : une montagne de vieux chiffons se gonfle pour représenter la douleur, la peur, l’étonnement et l’impuissance. C’est encore la rage, l’impuissance et la mort qui émanent du travail de la Mexicaine Teresa Margolles. Elle expose un mur érigé de barbelés et constitué de blocs de ciment d’une école où l’on peut voir les impacts de balles, là où quatre personnes ont été tuées. »

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L’épave d’un bateau où a péri un millier de migrants en Méditerranée exposée à la Biennale de Venise

L’épave d’un bateau ayant sombré en mer Méditerranée avec un millier de personnes en avril 2015 sera exposée à la Biennale d’art contemporain de Venise du 11 mai au 20 novembre 2019.

L’épave du « Barca Nostra », bateau de pêche qui avait percuté en mer Méditerranée un cargo portugais avant de sombrer avec un millier de migrants, sera exposée à la Biennale de Venise à partir du samedi 11 mai jusqu’au 20 novembre à la Biennale d’art contemporain de Venise.

Le cargo avait été envoyé au secours de l’embarcation de fortune dans la nuit du 18 au 19 avril 2015, et seulement 28 personnes avait pu être sauvées. C’est le pire naufrage de migrants survenu en Méditerranée, la Biennale concevant cette exposition comme une invitation à la réflexion sur un des phénomènes majeurs du XXIe siècle.

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L’épave dédiée à un « Jardin de la mémoire »

Le gouvernement de l’époque, dirigé par Matteo Renzi, a déboursé 10 millions d’euros pour renflouer l’épave, qui gisait à 370 mètres de profondeurs, et l’amener en 2016 en Sicile afin de tenter d’identifier les victimes et leur donner une sépulture digne.

Par une ouverture rectangulaire que l’on distingue nettement sur les flancs balafrés de cette grosse barque à la peinture bleue et rouge écaillée, les pompiers sont allés récupérer les restes des centaines de personnes entassés dans la coque.

Des dizaines de médecins-légistes se sont relayés pour participer à l’examen des 800 à 900 victimes. Ils ont retrouvé des documents du Soudan, de Somalie, du Mali, de Gambie, d’Ethiopie, du Sénégal, de Côte d’Ivoire, d’Erythrée, de Guinée Bissau et du Bangladesh.

Ils ont aussi trouvé des petits sachets de terre que certains emmenaient de leur pays et le bulletin scolaire qu’un adolescent avait cousu dans ses vêtements comme passeport pour une nouvelle vie.

Les victimes sont désormais inhumées dans différents cimetières de Sicile et l’épave, au départ promise à la destruction, a été finalement été préservée pour intégrer un projet de « Jardin de la mémoire » en Sicile.

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« Invitation au silence et à la réflexion »

En attendant la réalisatioàn de ce projet, l’artiste suisse Christoph Buchel a obtenu le feu vert des autorités italiennes et du Comité du 18 avril – qui représente les victimes – pour transporter et exposer l’épave à Venise dans le cadre de son projet « Barca Nostra » (« Notre barque »).

Lors de la Biennale de 2015, cet artiste avait créé la polémique en installant une mosquée dans une ancienne église de Venise. Portée sur une barge, l’épave est arrivée à Venise, où elle offre un contraste saisissant avec les élégants palais byzantins et les ponts délicatement ornés de la cité des doges.

est exposée à l’Arsenal, les immenses chantiers navals vénitiens. Aucune installation autour, aucune explication devant. « C’est un lieu silencieux, à l’abri du bruit, une invitation au silence et à la réflexion », a expliqué à la presse le président de la Biennale, Paolo Baratta.* Des œuvres autour des drames contemporains

Au-delà de l’épave, le commissaire de cette Biennale, l’Américain Ralph Rugoff, a invité 79 artistes contemporains à créer des œuvres sur les drames du monde moderne. Le Coréen Lee Bul a dédié une installation à un autre naufrage, celui du ferry Sewol, qui a fait 304 morts, pour l’essentiel des lycéens, en avril 2014 au large de la Corée du Sud : une montagne de vieux chiffons se gonfle pour représenter la douleur, la peur, l’étonnement et l’impuissance.

 

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France info
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« l’ABC de l’Art dit Contemporain »
 aux éditions Jean-Cyrille Godefroy
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