Certains n’ont pas besoin de casser pour « abîmer » l’image de la France L’art contemporain a sa part dans la dégradation de l’image du pays par Jérôme Serri / Avant-propos de Nicole Esterolle (billet d’humeur)

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LIONEL BONAVENTURE / AFP – NICOLAS MESSYASZ/SIPA – Thibault Camus/AP/SIPA

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Avant-Propos / Nicole Esterolle

 

Des tonnes de sable dans les salles capitulaires de l’abbaye de Maubuisson , un gigantesque « Vagin de la reine » dans les jardins de Le Nôtre, un « plug anal » de 15 mètres sur la place Vendôme, une sodomie géante sur la piazza du Centre Pompidou, d’énorme pneus de tracteur sur l’escalier de l’Opera Garnier, etc… 


Je vous joins le lien vers cet excellent texte de Jérôme Serri, paru dans Causeur.fr…texte à lire et à disperser sans modération et qui se termine par ce paragraphe : 


Claude Lévêque a de beaux jours devant lui. Pourquoi ne demanderait-il pas à un joaillier de la place Vendôme de monter ses pneus de tracteur en boucles d’oreilles ? Il y a sûrement pour pareil snobisme une clientèle mondialisée. Attention toutefois aux casseurs ! A la suite de quoi, il pourrait actualiser sa lumineuse enseigne : « mon cul, ma vie, mes couilles », en y ajoutant : « en or ».

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Certains n’ont pas besoin de casser pour « abîmer » l’image de la France

L’art contemporain a sa part dans la dégradation de l’image du pays 

par Jérôme Serri

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Si les images de casse sur les Champs-Elysées ne sont pas comparables au plug anal un temps installé place Vendôme, chacun a sa part dans la dégradation de l’image de la France.

Personne n’a oublié l’inacceptable saccage de l’Arc de Triomphe par des casseurs lors de la manifestation des gilets jaunes du 1er décembre 2018. « Une atteinte à l’image de la France », avait titré Le Parisien. Personne n’oubliera non plus la défiguration des Champs-Elysées, lors des manifestations du 16 mars dernier. Dans l’un et l’autre cas, même si dans celui des Champs-Elysées ce furent les symboles du monde de l’argent et d’une presse estimée aux ordres qui furent visés, il s’agit d’une atteinte portée à notre patrimoine architectural auquel nous sommes tous profondément attachés. Les touristes étrangers peut-être encore plus que nous.

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Le ministère des plasticiens

Jamais, bien entendu, nous ne mettrons ces outrages sur le même plan que celui dont est victime l’Opéra Garnier depuis la fin décembre. S’il s’agit là aussi d’une atteinte à notre patrimoine, celle-ci est de nature fort différente. En effet, l’installation de deux immenses pneus de tracteur dorés à la feuille d’or au pied du double escalier de notre opéra national n’est en rien une détérioration matérielle de celui-ci. Aucun vandalisme, aucune mise à sac, aucun dommage matériel. Si dommage il y a, il est d’un autre type, plus insidieux, et peut-être plus grave tant il paraît plus difficilement réparable. Il prend place à la suite d’une longue chaîne de dommages dont nos politiques depuis quarante ans se sont fait les complices, par lâcheté et avec une inconséquence dont ils n’ont toujours pas mesuré les effets dévastateurs sur les esprits, notamment des plus jeunes.

Ce ne sont pas les tags, les coups de barre à mine ou les flammes qui, depuis des années, portent atteinte aux lieux emblématiques de notre patrimoine, ce sont la puérilité, la vulgarité, et l’impuissance de plasticiens encouragés par le ministère de la Culture et son armée d’inspecteurs généraux de la création. Qui imagine l’un de ces inspecteurs – eh, oui ! c’est un titre et un salaire – frapper à la porte de l’atelier d’un Matisse, d’un Braque ou d’un Picasso ? Il se serait fait immédiatement jeter dehors ! Qui imagine ces mêmes artistes accepter de se faire appeler « plasticiens » par une aussi insignifiante administration ?

Pourquoi, lorsqu’on visitait l’abbaye du Mont-Saint-Michel il y a quelques années, voyait-on soudain sa propre image projetée dans la salle où l’on entrait et, lorsqu’on se penchait par-dessus les remparts, découvrait-on des espèces de méduses en tissus qui les prenaient d’assaut ? Ce n’est certes pas plus méchant que de déverser des tonnes de sable dans les salles capitulaires de l’abbaye de Maubuisson en espérant que les enfants iraient parachever ces dunes en les dévalant. Reconnaissons toutefois qu’il faut une belle dose de bêtise ou d’inculture non seulement chez les plasticiens qui présentent de tels dossiers mais également chez ceux qui se réunissent pour les examiner, les retenir et les subventionner. Il faut n’avoir vraiment rien compris à l’aventure de l’art moderne inaugurée par Manet pour en être arrivé à pareille insignifiance dans les projets culturels.

Du côté de la Rue de Valois, il faut n’avoir jamais soupçonné que les principes qui gouvernèrent hier la politique culturelle d’André Malraux prenaient leur source dans la réflexion sur l’art qu’il avait conduite depuis ses vingt ans, pour livrer la salle des Rubens du Musée du Louvre à un plasticien qui y déversera des tombereaux de pierres tombales. On se demande d’ailleurs pourquoi se trouve en poste dans ce musée une personne en charge des manifestations d’art contemporain. Rien d’étonnant à ce qu’elle soit chargée, de fait, de parasiter la vocation du musée, notamment auprès des jeunes publics, puisqu’elle fut à bonne école avec le directeur du Centre d’Arts plastiques contemporains de Bordeaux qui fut attaqué devant le tribunal par une association de parents pour avoir laissé diffuser sur des écrans de télévision des scènes de masturbation. Lui-même avait enrôlé Roland Barthes, post mortem, dans l’aventure de l’art contemporain en trafiquant honteusement l’une de ses citations. Il fut finalement nommé à la tête de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris.

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Le nom de la prose

On peut se demander si l’inauguration de deux pneus de tracteurs à l’Opéra Garnier en pleine crise des gilets jaunes est en mesure d’enrayer le discrédit des politiques dans l’opinion publique. Rappelons que leur auteur, plasticien assurant très certainement le rayonnement de la France à l’étranger, s’est illustré avec des enseignes lumineuses du style « mon cul, ma vie, mes couilles ».

Le « Plug anal » installé en 2014 place Vendôme par un autre plasticien, sans doute soucieux de s’adresser à la meilleure part des individus, était-il susceptible de contribuer à l’enrayement du manque de respect avec lequel nos ministres de l’Education nationale sont quotidiennement aux prises ? Il paraît que la Commission culture, éducation et communication du Sénat n’avait pas souhaité s’exprimer sur le sujet de peur qu’on puisse lui reprocher de prôner un retour à l’ordre moral. Avec une pareille inquiétude chez nos parlementaires, la restauration du respect à l’école est devenue un défi aussi peu relevable que celui de la quadrature du cercle. D’autant que ces parlementaires ont un argument imparable : « Que faites-vous de la liberté d’expression ? »

Quelle misère ! Il est vrai qu’en permettant au plasticien McCarthy d’installer son plug anal sur une des plus belles places de Paris, à Claude Lévêque, ses pneus au Palais Garnier, à Manzoni, sa « merda d’artista » au Centre Pompidou, ce sont les portes de la liberté d’expression qui ont été ouvertes en grand dans notre pays. On ne pouvait solliciter que ces plasticiens ! Personne d’autre ! Aucune autre liberté d’expression ne s’était présentée au guichet ! Aucune autre ne s’était vue fermer la porte au nez par un inspecteur général de la création ! D’ailleurs tout autre candidat n’aurait pu être qu’un infréquentable partisan du retour à l’ordre moral. C’est tellement évident !

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« N’écoutez pas ce que je dis, regardez ce que je fais ! »

Afin que soit examinée cette aveuglante évidence, j’ai adressé une lettre le 1er février dernier au président du Sénat dans laquelle je lui proposais de mettre en place une commission d’enquête. « La question qui intéresse nos concitoyens, lui disais-je, n’est pas de savoir si, devant cette paire de pneus en or, vous partagez leur indignation ; si vous aimez cette installation ou si vous la détestez. (…) La question qui intéresse les Français n’est pas là. Il s’agit, Monsieur le président, de l’Opéra national (dont le directeur est nommé par le ministre) et peut-être de l’argent public, celui des contribuables. Peut-être cet argent, s’il est public, a-t-il été correctement utilisé conformément aux règles en vigueur, peut-être le projet s’est-il imposé pour les 350 ans de l’Opéra avec une nécessité si évidente qu’il n’y a rien à redire. Eh bien, c’est de cela que nous aimerions être assurés. »

Une copie de cette lettre fut également adressée à la présidente de la commission Culture de cette assemblée, Catherine Morin-Desailly. Aucune réponse. Ni de l’un, ni de l’autre. Le président du Sénat Gérard Larcher, troisième personnage de l’Etat, fut pourtant un des premiers à appeler les gilets jaunes à passer des ronds-points aux tables rondes. Six semaines après avoir reçu la lettre, il n’a toujours pas répondu. On peut citer le philosophe Henri Bergson : « N’écoutez pas ce que je dis, regardez ce que je fais ! »

Eût-ce été à ses yeux commencer de donner raison à tous ceux qui depuis des années dénoncent l’imposture de l’art contemporain et sa financiarisation que d’envisager une commission d’enquête ou d’organiser une audition du ministre ? Eût-ce été se mettre à dos ses amis centristes qui tiennent la commission Culture et hypothéquer ainsi leur soutien lors du renouvellement de sa candidature à la présidence ? Beaucoup de Français en ont assez de ces petits jeux. Ils attendent que les élus sortent de toute urgence de ces sables mouvants de la politique politicienne dans lesquels le pays s’enlise élection après élection. Ils attendent qu’un président de la Haute Assemblée, prétendument gaulliste, ne se contente pas d’aller sur les pas du général De Gaulle en Irlande à l’occasion du 50ème anniversaire de son départ du pouvoir. Ils attendent qu’il assume la France et sa situation préoccupante avec conscience et courage.

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« Merda d’artista » et DJ party de l’Elysée

Mais il est clair que Gérard Larcher ne mesure pas, comme nombre de ses collègues hier et aujourd’hui, combien ces pneus de tracteur, ce plug anal, cette sodomie géante sur la piazza du Centre Pompidou, ce Vagin de la reine dans les jardins de Le Nôtre, cette monumentale paire d’escarpins dans une salle du Château de Versailles, ce chaos de dalles funéraires au Louvre, ces boîtes de « merda d’artista » au Musée national d’art moderne, abîment les esprits et coupent insidieusement l’herbe sous les pieds du ministre de l’Education nationale en place. Aux prises avec la disparition de plus en plus inquiétante chez les élèves du respect des enseignants et des contenus d’enseignement, celui-ci ne peut que s’arracher les cheveux en constatant le soutien que les politiques ne cessent d’apporter, par lâcheté et par ignorance, à la puérilité, la stupidité et la vulgarité. En un mot, au nihilisme.

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