Quand la cote du plagiaire est quarante fois plus élevée que celle du plagié, sur le grand marché spéculatif de l’inepte, Avant-propos Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

Christian Silvain, Gevallen boom, 2015
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Avant-propos Nicole Esterolle

Quand la cote du plagiaire est quarante fois plus élevée que celle du plagié, sur le grand marché spéculatif de l’inepte, 

Le grand marché international du spéculatif Christies & cie de l’absurde et du n’importe quoi de préférence a encore frappé avec cette l’histoire ahurissante du peintre belge Christian Silvain , dont les œuvres se vendent entre 5 000 et 15 000 euros, et qui vient de découvrir que ses copies plagiées par le Chinois Ye Yongqing se sont vendues jusqu’à quarante fois plus cher chez Christies….Mais avec le site Artprice et sa « Demeure du Chaos » comme étalon référence mondiale de la cote du non-sens, pas de quoi s’étonner de ce genre d’escroquerie, qui n’en est qu’une parmi toutes les autres consubstantielles au financial-art dit « contemporain-international » pour les intimes…

Christian Silvain renonce à porter plainte et à faire un vain procès, compte-tenu du gigantisme et de la puissance non localisable de la machine à fabriquer de cote avec du rien ou du faux. N.B. : Silence étrange autant qu’assourdissant de la croniquaillerie des journaux spécialisés français sur cette histoire pourtant très significative autant que chroquignole … 

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Des oeuvres d’art made in Belgium victimes de plagiat chinois?

Par Charlotte Legrand

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Peintre et sculpteur établi à Kluisbergen, Christian Silvain dénonce un plagiat à grande échelle. Il serait l’oeuvre de Ye Yongqing, un artiste chinois bien coté sur le marché de l’art. « Il est en train de faire fortune! », affirme le Belge, dégoûté. Il refuse toutefois d’engager des poursuites judiciaires à l’autre bout du monde.

Tout commence par un simple fax, envoyé de Bonn en Allemagne. « Des amis me disent qu’ils ont vu mes oeuvres, exposées là-bas. Et qu’il ne s’agissait pas des meilleures! » L’artiste wallon vient de découvrir le pot aux roses. Il recevra par la suite d’autres appels, de galeristes notamment, se plaignant de la qualité des toiles livrées. Ces oeuvres ne sont pas les siennes. Mais elles intègrent les symboles habituels de Christian Silvain. « L’oiseau, le nid, la cage, la croix rouge, l’avion…tout y est! Sauf mon nom, sinon on parlerait de faux! » L’artiste belge se renseigne sur l’auteur des plagiats (présumés). « Il est très connu en Chine, il a le statut de star nationale et vend beaucoup à l’étranger, pour des montants astronomiques ». Il nous cite une toile (de lui) vendue 6000 euros, qui (une fois plagiée) aurait atteint 100 fois plus, dans une grande salle de ventes!

Que faire? Christian Silvain évoque le problème auprès de marchands d’art, de galeristes qui le connaissent bien. Il contacte la SABAM, son homologue allemande. But de la manoeuvre: faire interdire Ye Yongqing des lieux de vente. Mais l’entreprise s’avère très compliquée! « Le responsable européen d’une très grande salle de ventes a une fois expliqué qu’il comprenait bien la frustration que j’avais, mais que les oeuvres de Ye Yongqing se vendaient extrêmement bien, elles atteignaient des montants énormes! » Pour Christian Silvain, l’appât du gain (et des commissions laissées aux salles de ventes), explique pourquoi certains ferment les yeux.

Nous nous sommes tournés vers Christies, un des poids lourds du marché de l’art. « Nous avons déjà vendu des oeuvres de Ye Yongqing, en effet », reconnaît-on à Bruxelles. « Mais les ventes ont eu lieu surtout à Honk Kong. A Londres aussi, mais il y a longtemps… » Christies explique ne pas pouvoir prendre de mesures « d’exclusion », envers certains artistes, s’ils ne font pas l’objet d’une plainte, ou d’une procédure judiciaire. « Nous comprenons cet artiste belge qui se sent victime de plagiat, mais il faut prouver que tel est bien le cas. La police peut le faire, ou un tribunal ». Concernant Ye Yongqing, « il est connu en Chine, bénéficie d’une cote sur le marché de l’art »…Jusqu’à preuve du contraire, « R.A.S » nous fait-on comprendre.

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Arbres, oiseaux, lignes verticales font partie de « l’univers » du peintre belge – © Christian Silvain
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Une oeuvres de l’artiste chinois, vendue chez Christies à Honk Kong – © C. Silvain

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Pourquoi Christian Silvain n’entame-t-il pas des poursuites judiciaires, si c’est le seul moyen pour barrer la route aux auteurs de plagiat? « En Chine…c’est quasiment impossible », nous répond Christian Silvain. Il n’a pas envie de se lancer dans une longue bataille judiciaire. Pas autant de moyens que son adversaire, non plus. « Vous devez payer des avocats sur place, extrêmement cher. Quand vous voyez ce que gagne Ye Yongqing, avec ses toiles…on est loin de ce que nous avons ». Il soupçonne des liens avec la mafia chinoise, évoque un possible blanchiment d’argent…Bref. Il n’ira pas. Le David belge n’affrontera pas le Goliath chinois.

 

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