Pourquoi ? accompagner de notre signature la lettre de Rémy Aron au Parlement? Par Aude de Kerros (Billet d’humeur)

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(CAPTURE D’ÉCRAN)
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La pétition-lettre ouverte lancée par Rémy Aron, l’ex-président de la Maison Des Artistes (qui obtient près de 4000 signatures après une semaine de mise en ligne), demande la mise en place d’un groupe de travail parlementaire sur la question de l’ubuesque « dirigisme artistique d’Etat »…

Il me semble que Rémy Aron, ex-Président de la Maison des Artistes, artiste lui-même est une des très rares personnes en France à avoir une vue à la fois d’ensemble et de l’intérieur de la réalité diverse et complexe, mal connue de la vie artistique en France. Il connaît aussi la situation dans divers autres pays pour avoir voyagé et s’y être intéressé de près. Enfin il connaît les artistes de tous les courants et le monde de l’art qui les entoure.

Je ne connais pas de fonctionnaire de la culture aujourd’hui en France ayant une connaissance aussi complète du milieu. Toutes choses qui lui donnent une forte légitimité pour écrire cette lettre. Sa démission de la Maison des Artistes, l’ayant libéré de son devoir de réserve.

Pourquoi a-t-il trouvé important d’interpeller l’Assemblée Nationale ? D’abord parce que c’est une façon démocratique d’agir, ensuite parce que la situation actuelle est une conséquence directe de l’action de l’Etat depuis de nombreuses décennies. En effet, le pays qui était la référence mondiale de la création et de la liberté, qui avait le privilège reconnu d’être le seul à avoir sur son territoire tous les courants artistiques, de l’académisme le plus virtuose à la dernière avant- garde, est devenu pour ainsi dire le seul pays à avoir un art officiel, à avoir choisi un unique courant artistique, dont la référence et modèle sont le marché new yorkais. Le fait de l’existence d’un désaccord avec l’Etat de la plus grande partie des artistes, n’est pas reconnu par l’establishment : élus, intellectuels, personnels administratifs et médiatiques, milieux économiques au pouvoir. Il n’y a pas de dissidence artistique en France ! C’est officiel ! Pourquoi, me direz-vous ? Parce que, théoriquement, elle ne peut pas exister : la France est un pays démocratique exemplaire, qui a inventé les « Droits de l’Homme ».

Le système français de l’art est en effet une vertueuse chimère ! Des fonctionnaires ayant la capacité régalienne de déclarer qui est « contemporain » ou pas, décident de ce fait qui est « artiste » ou non. C’est pourquoi il ne peut pas exister en France « d’artiste contemporain » non reconnu et subventionné par l’Etat. Tour de prestidigitation sémantique admirable ! Ce système d’Etat a ce pouvoir parce qu’il vit en harmonie avec un système de marché, qui n’est pas un vrai marché parce que financiarisé et contrôlé par des réseaux étrangers à l’Etat. Ainsi en France, la limite entre argent public et privé, dans ce domaine particulier, est très floue ! Le résultat est que le système français n’est qu’un immense conflit d’intérêts d’une opacité qui a ma connaissance n’existe dans aucun autre pays.

Il a tué par concurrence déloyale le marché indépendant de l’art et toute référence alternative au « mainstream » et de ce fait toute possibilité d’en vivre quand on est un artiste indépendant.

Il existe, en raison de cela, une véritable dissidence artistique en France qui a depuis trente ans reconnu les faits et fait l’analyse.
 
Voici, pour les curieux, la bibliographie des plumes dissidentes faite par Laurent Danchin: Bibliographie de l’art contemporain Laurent Danchin

Réalité difficile à nier…

Ceux qui y appartiennent viennent de tous les courants artistiques de l’Académisme au conceptuel, leur vue commune de la supercherie n’est pas politique, elle est simplement la reconnaissance commune d’une réalité niée. Il a fallu beaucoup de temps pour que l’accusation, la seule existant contre eux, de « fascistes », ne terrorise plus et que les faits soient reconnus.

De cette dissidence paradoxale dans une France cool, le Ministère de la culture ignore tout. Nathalie Heinich, sociologue qui a eu de nombreuses commandes d’enquêtes du Ministère de la Culture pour étudier le milieu de l’art, s’est toujours étonnée que l’on ne lui demande jamais d’enquêter sur la dissidence, sur la critique cultivée de « l’Art contemporain », alors qu’on lui demandait d’étudier de près les comportements de rejet du public anonyme, des expositions et manifestations de l’AC patronnées par l’Etat. Rejet qui ne pouvait être à leurs yeux que bêtement et ignoblement « populiste ».

Alors, pourquoi signer une pétition ? Sans doute pour donner une information sur la situation réelle du monde de l’art, face à « l’Union des artistes luttant contre le fascisme et vertueux gardiens des subventions». Cependant, l’invisible n’est pas néant et une signature comme celle-ci donne une réalité, une visibilité, une mesure qui aurait pu apparaître dans les enquêtes dont Nathalie Heinich n’a jamais eu la commande.

Quels sont les moyens d’action ?

1 – Il est possible d’invoquer la justice face aux conflits d’intérêts omniprésents dans l’action de l’Etat. Le droit les sanctionne mais les procès ne sont pas à la portée de l’artiste non conforme.

2 – Faire honte aux grands médias de leur complicité, c’est ce que font quelques plumes, avec succès, car cela diminue leur crédibilité.

3- Multiplier les tracasseries avec pétitions, demande d’être reçus par l’Assemblée Nationale, etc. C’est ce que nous pouvons faire maintenant.

Les résultats immédiats importent peu. L’usure est à l’oeuvre. Les responsables de cette politique sont désormais regardés, jugés et perdent tous les jours prestige et légitimité. Ce qui vient après ? En général à force de vide, de stérilité, de sénilité, la mort survient soudaine et fulgurante, à l’occasion de trois fois rien.

C’est ce que l’on a pu observer à la fin du système soviétique et de Mao dont on connaît aujourd’hui de multiples récits. Lors du dernier Congrès de l’Union des Ecrivains Soviétiques, peu de temps avant l’effondrement du système Soviétique, un auteur, s’est levé pour poser une question incongrue:

« Comment se fait-il que l’Union des Ecrivains ait publié et diffusé tant de livres, et qu’aucun de ces livres, si soigneusement sélectionnés, n’ait jamais connu la ferveur du public ? »

De fait, il n’est rien resté de la production littéraire ayant obéi aux normes de l’Etat Soviétique.

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Donc faisons tout !
Et commençons par cette pétition :
Pour lire cette lettre ouverte
et la signer vous aussi :
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Graveur, peintre et essayiste, Mme Aude de Kerros
Photo: Jean-Christophe Marmara / Le Figaro
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Archives de l’auteur Aude De Kerros (ici)
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Aude De Kerros
Graveur, peintre et essayiste. L’œuvre gravé de Aude de Kerros comprend un corpus de cinq cents eaux-fortes, rassemblant neuf cycles de gravures, liées par une même quête de la forme et du sens. Elle a également un important œuvre peint. Son intenseparticipation à la vie artistique française a fait d’elle une observatrice attentive des grandes métamorphoses de l’art de ces dernières décennies. Elle en a transcrit les moments importants dans de nombreux articles et écrits et livres dont l’« Art Caché, Les dissidents de l’Art contemporain » aux Éditions Eyrolles, « Sacré Art Contemporain–Évêques, inspecteurs et commissaires » aux Éditions Jean Cyril Godefroy. Elle y esquisse la toile de fond historique et idéologique de l’art de ce demi-siècle, tout en évoquant ce qui se passe dans les ateliers.
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