Gilet Jaune iconoclaste mais économe ! par Marc VERAT (billet d’humeur)

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Un triptyque de Pierre Soulages mis aux enchères chez Christie’s en 2018 pour 1,5 million d’euros
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Dans le domaine de la Culture et à moins d’une suite sérieuse donnée au mouvement des Gilets Jaunes, il faudra sans doute encore patienter afin de voir les choses changer. Pourtant, en supprimant le Ministère de la Culture avec son budget qui progresse par rapport à 2018 et s’établit à environ dix milliards d’euros, en hausse de 17 millions d’euros, et puisqu’il s’agit, paraît-il, de faire de nécessaires économies, la somme ainsi mise de côté serait loin d’être négligeable.

La disparition du ministère et donc de tout ce qui va avec : Délégation aux arts plastiques, Centres d’art, Villa Médicis, DRAC, FNAC…, aurait en outre l’énorme et juste avantage de mettre fin à l’orientation arbitraire et contre nature de la création artistique en France, c’est-à-dire d’en finir avec une forme d’art officiel.

De la même façon comme, et semble-t-il c’est devenu de notoriété publique, on n’apprend plus rien dans les écoles d’art, fermons celles-ci et remplaçons-les par des écoles techniques des arts, ce qui fut d’ailleurs le cas à l’origine de la création des écoles – techniques – des Beaux-Arts.

Peu après 1968, sont également apparues en concurrence aux écoles d’art, les filières universitaires d’arts plastiques qui n’offrent, hélas, aucune perspective de débouchés mis à part l’enseignement – universitaire ! Moins significatif en terme d’économie mais au combien symbolique, mettons fin aux libéralités fiscales des Fondations, de certaines Associations, et taxons les ventes des œuvres d’art lorsqu’elles atteignent des prix qui les associent à de véritables produits de luxe ou de spéculation.

A titre d’exemple, ce sont 600 millions d’euros d’argent public donnés à la Fondation Vuitton, au titre de la défiscalisation, pour ne faire finalement que de la publicité aux divers produits de la marque, sans oublier, par la même occasion, d’entretenir la cote des œuvres d’art de la collection Pinault.

Le deuxième conflit mondial a fait des États-Unis une superpuissance économique, militaire, politique qui découvre alors le « cultural power ».

Dès 1946, le ministère des Affaires Étrangères des États-Unis participe au financement de deux grands programmes d’expositions de peintures, vitrine de l’excellence de l’Art américain, amenées à voyager en Amériques du Sud et en Europe.

Afin de promouvoir ladite excellence, le sénateur Fullbright établit parallèlement un programme de bourses qui permet à des milliers d’intellectuels d’effectuer le « Grand tour » américain pour admirer sa richesse culturelle.

Il s’agit par exemple, d’affirmer et d’établir l’émergence d’une nouvelle école spécifiquement américaine : l’Expressionnisme abstrait avec J.Pollock, M.Rothko, A.Gorky… Cette école qui reste une construction étroitement liée au contexte de la guerre froide sera soutenue par des fondations, des musées, des universités. Le Rockefeller Brother Fund et le Musée d’Art Moderne de New-York ont ainsi largement promu en Europe le Nouvel Art en organisant nombre de publications et expositions. Cependant et afin d’être totalement crédible pour asseoir la dimension internationale des expositions, quelques artistes européens bénéficieront également du soutien américain. En 1950, Pierre Soulage figure ainsi dans des expositions collectives à New-York, Londres, São Paulo, Copenhague. Dès le début des années 50, ses toiles commencent à entrer dans les grands musées comme la Phillips Gallery à Washington, le Musée Guggenheim et, bien entendu, le Museum of Modern Art de New-York.

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Du 11 décembre 2019 au 9 mars 2020, les toiles de Pierre Soulage seront présentées dans le Salon Carré du musée du Louvre.

« Ils empruntent des toiles à la National Gallery de Washington, au MoMA de New-York, à la Tate de Londres. Tous les grands musées vont prêter. Ils vont décrocher tout le Salon Carré pour installer mes toiles, Giotto, Ucello, et les autres, y compris la Maesta de Cimabue », précise Pierre Soulages dans une interview à la Dépêche du Midi.

L’artiste, né à Rodez en 1919, grand-croix de la Légion d’honneur, fête ses 99 ans et une de ses toiles vient d’ailleurs de franchir la barre de dix millions de dollars aux enchères à New York. Les présidents de la République française viennent tous lui rendre visite avec déférence. Un peintre panthéonisé de son vivant, déifié par le marché international de l’art, exposé en 2009 au Centre Pompidou. Le maître du noir, sera ainsi accueilli au Louvre, dans le saint des saints des musées français. La part de vanité du vieil artiste ne peut donc qu’en être satisfaite.

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Musée du Louvre
Le salon carré
Rue de Rivoli,
75001 Paris, France
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