Bernar Venet au MAC- Lyon, ou l’effondrement du sens au nom de « l’intérêt national » ! par Nicole Esterolle (billet d’humeur)

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l’artiste au milieu de son « Effondrement »
de 200 tonnes d’acier (notons ici l’immodestie de la posture du personnage,
à la mesure de l’immodestie du poids de l’oeuvre)

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 Bernar Venet au MAC- Lyon,

ou l’effondrement du sens au nom de

« l’intérêt national » ! par Nicole Esterolle

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Pour célébrer en fanfare son départ à la retraite, le directeur du MAC –Lyon, qui , depuis qu’il est entré en fonction en 84, a toujours servi au mieux les intérêts privés de l’art- business international en détournant au profit de ce dernier le dispositif muséal public et l’argent du citoyen , nous a organisé une grandiose rétrospective de l’immense Bernar Venet.

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L’argent public continue donc, comme il se doit, à couler à flots, pour cette exposition , qui « est reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture et bénéficie à ce titre d’un soutien financier exceptionnel de l’État »…Un Etat qui doit bien cela à l’un des deux ou trois plus grands financial-artists et redoutables hommes d’affaires , que nous ayons en France , et dont les colossales ferrailles, droites ou légèrement tordues, verticales ou obliques, en fragments de cercles ou carrément tire-bouchonnées, figurent dans la liste des meilleurs produits pour la haute spéculation tant intellectuelle , politico-culturelle, qu’ artistico-financière …

Revendiquant son niveau « bac moins deux » Bernar Venet (Vernar Benet pour les intimes) est néanmoins entré à l’école des Beaux-Arts de Nice, où il se distingue très vite par sa performance d’allongé au milieu d’un tas de détritus, puis avec des tableaux au goudron très avant-gardistes. Ensuite il va à New York, car il comprend , comme Catherine Millet, que c’est « là que ça se passe » et que c’est là qu’il pourra être au plus vite américanisé, warholisé, duchampisé, contemporanéisé, bref : internationalisé. Il s’y distingue là-aussi très vite en exposant son fameux tas de charbon , au sujet duquel il déclara : « Montrer un tas de charbon, pour moi c’était montrer une sculpture qui, pour la première fois dans l’histoire de l’art, n’avait pas de forme spécifique, dont le produit, c’est-à-dire le charbon, ne servait pas à faire une oeuvre d’art mais était l’oeuvre d’art….Le charbon, posé librement en tas, libérait la sculpture des a priori de la composition imposée par l’artiste. »…Il était donc très en avance pour l’époque, notre Bernar, et précurseur de tous les « tas » de diverses choses, dont sont friands aujourd’hui les adeptes de l’art dit contemporain.(j’en ai à ce jour, 153 dans ma collection spéciale « art de l’amoncellement »).

Il compose aussi , dans la foulée, de la musique concrète en plaçant, avec quelques cailloux, un magnétophone dans une brouette métallique qu’il pousse allègrement sur un sol irrégulier. Il obtient également de la musique abstraite en faisant dégringoler les unes sur les autres comme des dominos, d’énormes poutres métalliques alignées préalablement le long d’un mur . Puis ce fut le temps des agrandissements polychromes d’équations mathématiques célèbres peintes sur toiles ou sur automobile Bugatti . Et puis ce furent les arcs de cercle d’un nombre de degrés précis, d’abord peints sur toile et puis réalisés en gigantesques pièces d’acier , comme celle de 150 tonnes et 50 m de long installée à Nice ( notons que cette pièce, sans aucune qualité plastique ni aucune inventivité formelle et n’incarnant que la violence brute du pouvoir et de l’argent, sans aucune valeur patrimoniale donc, va rester là, arrogante et indestructible , pendant des milliers d’années, comme terrifiant témoin de la stupidité artistique dominante de notre époque.)

Le petit étudiant en art qui se photographiait dans un tas d’ordures, avait déjà bien compris ( tout bac moins deux qu’il fût) qu’il valait mieux miser sur le non-sens, la crétinerie spectaculaire, l’absence de contenu, l’inexpressivité sensible, la neutralité, la dépersonnalisation, etc. , pour réussir dans le métier, pour déclencher du commentaire et faire carrière…Il avait bien prévenu, dès le départ : « souhaiter retirer toute charge d’expression contenue dans l’œuvre pour la réduire à un fait matériel »..et plaire ainsi aux adeptes de plus en plus nombreux de la désensibilisation distinguante et de la conceptualisation discursive de l’art, qui arrivaient en masse aussi bien dans les bureaux du ministère, que sur le marché spéculatif .

Voilà, nous en sommes donc là, avec cette expo récapitulative de 40 ans d’inepte polymorphe, « protéiforme », pédagogisé, institutionnalisé et financiarisé… comme illustration apothéotique, mais finale peut-être, d’un effondrement du sens en art, résultat de 40 ans de dégénérescence par consanguinité en milieu bureaucratico-financier fermé sur son pathos et ignorant totalement la santé, la richesse, la gaité, la diversité, la générosité d’une création d’aujourd’hui, extérieure à lui. Une création libre et indépendante du système clos qui a produit les monstruosités célébrées officiellement ici, par un art d’Etat de nature totalitaire, sous les applaudissements complices d’une majorité de la critique chroniqueuse d’art totalement soumise et endoctrinée par cette idéologie de l’effondrement du sens et des valeurs au nom de la modernité et de l’efficacité médiatique.

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Bernar Venet
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Rétrospective
2019–1959
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Plus d’infos : (ici)
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Jusqu’au
6 janvier 2019
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Musée d’art contemporain de Lyon
Cité internationale
81 quai Charles de Gaulle
69006 LYON – FRANCE
T +33 (0)4 72 69 17 17

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Visite gratuite
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