Grève blanche la promesse de l’eau – 17 artistes révèlent la grève / Galerie Licence IV (FR)

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Sans titre | Photographie / Daniel Airam

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 17 artistes révèlent la grève .

Du 6 septembre

au 21 octobre 2018

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Il est des œuvres d’art qui ont la pureté de concrétions minérales des grands fonds marins. Elles ont l’apparence de ces organismes vivants, fixés à leur substrat nourricier, aux formes naturellement aussi extravagantes qu’harmonieuses, hors du temps et de l’atmosphère terrestre. On peut imaginer ces créatures arrachées de leur support par d’étranges forces telluriques, puis portées au gré des courants océaniques, usées, lavées, fossilisées, et puis s’échouant après un long périple, sur une grève originelle, vierge de tout piétinement humain, déserte, silencieuse et d‘une absolue blancheur. La grève blanche, c’est l’odeur de varech, la chevelure bruissante des dunes, le recommencement du monde et ce sentiment d’immense liberté, d’évidence première, de clarté éblouissante. C’est la promesse de l’eau à la vie terrestre. C’est l’offrande des océans dont l’homme guette, de son abri éphémère, le miraculeux échouage, comme gage du pacte qu’il a scellé avec la mer depuis la nuit des temps. Ce sont ces œuvres, textiles, céramiques, photographiques, peintes ou dessinées, l’osier, les cabanes poétiques qui sont ensemble là, offertes à la lumière du Soleil.

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Daniel Airam

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Le mystère ne capitule pas devant une image floue.

Ne nous inquiétons pas que la vision ne corresponde pas à la nature des choses, si elle ne permet pas de traduire celle- ci, elle la rejoint en son principe insaisissable.

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Sans titre
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Erik Barray

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Noblesse de la vannerie

L’osier est un matériau noble, pour sa nature vivante, pour sa qualité plastique, pour sa texture sensuelle et son étonnante flexibilité. Aussi le travail du vannier, ce savoir –faire séculaire du tressage des fascinants paniers de notre enfance, devait-il passer, un jour, du statut d’artisanat à celui d’art à part entière.

Erik Barray est un de ces artisans-artistes qui ont su reconnaître l’aptitude de ce matériau à être le support d’une inventivité formelle illimitée. L’osier est en effet une de ces matériaux inspirants qui génèrent naturellement l’écriture, la syntaxe, le vocabulaire plastique et le savoir-faire qui vont les magnifier ; un matériau permettant une mise en forme totalement libérée de la fonction utilitaire de la vannerie, et entièrement dédiée à la recherche de cette intelligence entre la main et l’esprit, qu’on appelle la beauté.

Pierre Souchaud essayiste et écrivain d’art.

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Effleurer 2017 / Cordes cousues, béton, fourche, 65 x 20 x 20 cm, 7 kg

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Awena  Cozannet 

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Gratter, Crocher, effleurer. Creuser le sol, chercher sous ses pieds. Faire face à son histoire. Des fragments de béton affleurent de la matière compacte, charriés par un flux ondoyant. Morceaux de corps, mémoire millénaire, mouvements. Dressées sur des griffes de métal, fourche, râteau, bèche et autres outils de jardinier, ces sculptures sont fabriquées à partir de cordes cousues à la main les unes aux autres. Amorcée en 2015 et toujours en cours de création, le projet de cette série est de constituer une vaste installation de sculptures.

Ma démarche est de créer à partir des enjeux de contexte, de rencontres et de matières que je transforme. Interroger le rapport de l’homme au monde, à son origine et à sa temporalité à travers une pratique polymorphe. Mes paysages de sculptures présentent une lecture abstraite, grave, distanciée, symbolique du monde. La sculpture a une présence physique qui réactive une mémoire archaïque du mouvement. C’est le pouvoir de l’image et la puissance de la matière. Que nous rappelle cette image ? Quel récit charrie-t-elle ?

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Nacre
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Christine  Fabre

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J’aime errer sur la grève délaissée par la marée et suivre aux contours d’une côte abrupte l’itinéraire qu’elle impose, en ramassant des cailloux percés, des coquillages dont l’usure a réformé la géométrie, ou des racines de roseau figurant des chimères, et me faire un musée de tous ces débris : pour un bref instant, il ne le cède en rien à ceux où l’on a assemblé des chefs-d’œuvre ; ces derniers proviennent d’ailleurs d’un travail qui – pour avoir son siège dans l’esprit et non au-dehors – n’est peut-être pas fondamentalement différent de celui à quoi la nature se complaît.

Claude Lévi-Strauss « Tristes tropiques »

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Détail
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Sabine Feliciano

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L’extraordinaire variété de la faune des grands fonds océaniques et cette époustouflante inventivité « plastique » de la nature pour créer des organismes aux formes incroyables, sont sujet d’émerveillement, de réflexion et d’inspiration pour beaucoup d’artistes. Ceux-ci produisent aussi, des œuvres aux formes surprenantes et tout autant vivantes et viables, parce que nées d’une immanente et mystérieuse nécessité.

Sabine Feliciano est assurément une de ces artistes fascinées par ces splendeurs pélagiques, car la population vibrionnante des animalcules qu’elle fait naître de ses fils colorés et de ses perles nacrées, est en grande connivence avec le petit peuple grouillant librement dans les fonds marins.

Il arrive parfois que s’échouent sur la grève ces précieux témoins de la luxuriance des formes de la vie, qu’elles nous parviennent des profondeurs des mers, ou bien de celles, immémorielles, de l’imagination humaine.

Pierre Souchaud essayiste et écrivain d’art

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Sans titre | Diamètre : 15 cm | 2017

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Françoise Ferreux

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Le lin m’offre son histoire, sa constance et sa sobriété.

J’ai trouvé là le matériau sensible qui me permet de m’installer dans un long processus de recherches de formes, avec le parti pris exaltant de ne créer qu’avec très peu de choses: de la ficelle de lin, du fil de coton, des aiguilles et une paire de ciseaux.

La fabrication d’une texture nouvelle, nécessitant une longue répétition de gestes d’assemblage progresse lentement.

Puis vient le temps du travail réjouissant : je mets en volume cette texture, mon imaginaire en action, nourri d’observations joyeuses de la Nature.

C’est là un ensemble de formes qui furent un jour vivantes et qui sont au repos, qu’un promeneur solitaire trouverait sur une plage, ne sachant si l’océan les a versées ici ou si de la forêt profonde qui borde cette plage, elles sont arrivées, posant là leur mystère, surprenant le marcheur attentif et l’invitant enfin à les emporter loin, pour compléter chaque jour sa collection secrète.

Il noterait patient, sur un grand cahier noir, ses observations, l’heure de la découverte, la position qu’avait la chose sur le sable, ses mesures et son poids, ses plis et ses replis mystérieux lui feraient dessiner des courbes et des cercles, puis là des ombres, des contrastes, des filaments sortants… Françoise Ferreux

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42 x 22,5 cm Tirage jet d’encre pigmentaire sur papier photo satiné.
Monté sur papier 70 x 50 cm et contrecollé sur dibond alu
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Paulina Fuentes Valenzuela

Ma sirène bien-aimée

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Des cinquante filles du vieux Nérée – ces créatures mi-femmes, mi poissons appelées Néréides –, Amphitrite était la plus belle. Il fallait la voir fendre la vague avec grâce, ondoyer parmi les algues ou, allongée lascivement sur la grève, rêver en fixant l’horizon bleuté. Sa voix mélodieuse, qui se mêlait au grondement du ressac et au chuchotement lancinant des vagues, enchantait tous ceux qui l’entendait. Dès l’instant où il l’aperçut, Poséidon l’aima de toute son âme.

Conte écrit par Gudule, Mille ans de contes, Mythologie grecque, Milan Jeunesse

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Corail Frou frou | Détail

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Marik Korus

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Dans un vaste atelier, calme et baigné de la lumière de Charente Maritime, les créations se succèdent avec le souci constant d’aller plus loin dans la recherche de la rigueur, dans le volume, dans la richesse du rendu, dans la prise de risque, dans le défi lancé à la porcelaine. Le sens de cette quête est d’en offrir toujours plus à l’observateur. À chaque regard, il découvre un élément nouveau, interprète différemment sa lecture, en vient peut-être à se questionner quant à la réalisation technique.

Les formes arrondies, amples, toutes en courbures ont un air de famille mais chacune a son caractère. Leurs parures d’éléments les rendent uniques. Un travail de minutie et de patience confère à chaque pièce toute sa richesse. Les heures passées dans l’atelier à modeler et triturer la terre font naître d’incroyables membranes, tubes, vagues, froissements, presque des souffles, une errance poétique dans la pureté blanche de la porcelaine…

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Sirène 6
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Hélène Lagnieu

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Hélène Lagnieu utilise le dessin comme un scalpel de précision pour l’exploration de ses tréfonds fantasmatiques et de sa mythologie personnelle.

Elle pratique ainsi une sorte de vivisection de l’âme humaine à travers toutes sortes d’hybridations de corps aussi bien, humains, animaux que végétaux, avec cette hallucinante liberté qu’avaient naguère Hieronimus Bosch et Salvador Dali dans ce type d’exercice.

Pierre Souchaud essayiste et écrivain d’art.

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Baigneuse | Hauteur 60 cm

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Isabelle Leclercq

Ruban de terre ruban de temps

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C’est la nature, les rochers bretons, les strates des ardoises, peut-être le mouvement des vagues qu’Isabelle Leclercq a cherché à interpréter. La stratification mise en œuvre se veut un « dialogue avec la nature et avec le temps ».

Les céramiques d’ Isabelle Leclercq disent la lenteur nécessaire à la construction ; elles montrent aussi qu’aucun repentir n’est possible. La pièce s’élabore sans erreur ni remords, mais sous l’influence de la nature, ce qui suscite la création de surfaces telluriques, de vagues, de conques, de vases buissons… (…)

Les spirales, les cernes concentriques sont très présents dans la nature, huitres, coques, ardoisières, cernes du tronc, suggèrent les enroulements construits sans rupture dans la continuité du geste. (…)

Les formes douces contrastent avec l’aspect rugueux qui n’appelle pas le toucher, le mouvement, les courbes contrebalancent l’aspect brut et la monochromie. Nicole Crestou Extraits de la « Revue de la Céramique et du Verre », 2016

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Lame | Raku/métal | 78 x 18 x 26 cm | Cuisson 1 100° | 2016

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Brigitte Long

Pétrifications de songe et de mémoire

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Brigitte Long entretient un dialogue silencieux, intime, puissant et profond avec la matière. Qu’il s’agisse de céramique, de peinture ou de sculpture, elle poursuit toujours le même corps à corps avec le matériau sollicité, pour en exprimer l’évidence interne, pour en révéler l’âme et les pensées secrètes, pour en exalter la sensualité infuse.

Les œuvres de grès ou porcelaine présentées ici, façonnées, engobées, émaillées, sont cuites avec la technique du raku, qui permet de conjuguer brutalité et douceur, rudesse et subtilité, sobriété formelle et tension spirituelle.

Ces pétrifications de temps et d’espace, couvertes des griffures de la mémoire du monde, sont des objets à regarder et caresser pour mieux s’imprégner de toutes les vérités terrestres. Pierre Souchaud essayiste et écrivain d’art.

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Cabane n°40

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David Mansot

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Ainsi, je me réconforte dans les dessins de mes lectures. Je vais habiter les « estampes littéraires » que m’offrent les poètes. Plus la maison gravée est simple, plus elle travaille mon imagination d’habitant. Elle ne reste pas une « représentation ». Les lignes y sont fortes. L’abri est fortifiant. Il demande à être habité simplement, avec la grande sécurité que donne la simplicité. La maison gravée réveille en moi le sens de la hutte ; j’y revis la force de regard qu’a la petite fenêtre. Et voyez ! Si je dis sincèrement l’image, voici que j’éprouve le besoin de souligner. Souligner, n’est-ce pas graver en écrivant ?

Gaston Bachelard, « La poétique de l’espace » (1957) [1961]

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Grande efflorescence 60 x 100 cm| 2015/2017
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Jean-marc Paubel

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Entre animal et minéral – alchimie des terrains – la pierre transmue en ses entrailles la sédimentation des corps enfouis.

La roche est le creuset des transformations, de l’impermanence.

Alliée à l’eau, la pierre synthétise la nature et transcende les règnes dans ses incessantes mutations.

Jean-Marc Paubel

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Croissance | Diamètre 30 cm | 2016
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Simone Pheulpin

La densité d’une vérité intérieure

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Ce que l’on ressent d’emblée devant une sculpture de Simone Pheulpin, c’est cette énergie venant du plus profond de l’œuvre, cette tectonique interne et cette nécessité de fond, qui ont généré la forme.

Cette vérité intérieure est celle de la sobre matérialité, porteuse de sens et de sensualité, du coton brut, qui sera coupé, plié, piqué, cousu, sédimenté, stratifié, ré-enchanté, sublimé. C’est aussi celle d’un métier qu’on dit « d’art », d’un travail qu’on dit « manuel ». C’est celle d’une technique tout à fait unique, toujours réinventée et personnelle, comme née des qualités plastiques mêmes du matériau utilisé et infiniment respectueuse de celles-ci.

Et c’est ainsi que l’artiste se crée son vocabulaire propre et une syntaxe de mise en forme absolument indissociable du fond.

Cette « mise en beauté » est identique à celle des concrétions naturelles, minérales ou végétales : ces « œuvres » vivantes de hasard et de nécessité, de liberté et de contrainte, dont l’intemporalité fait la fascinante présence propice au retour sur soi et à la méditation.

Simone Pheulpin est une figure emblématique de l’art textile, parce qu’elle a œuvré à donner à celui-ci sa noblesse et son statut d’Art en part entière.

Pierre Souchaud essayiste et écrivain d’art

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Fossiles vivants | Huile sur papie
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Maurice Sage

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Le mystère, l’étrangeté troublante, l’immuable pérennité des grandes profondeurs ont inspiré à de nombreuses personnes cette hypothèse que certaines formes très anciennes de vie, « des fossiles vivants » pourraient encore la hanter à notre insu…

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Rachel Carson
Biologiste marine, et écrivain Extrait du livre
« Cette mer qui nous entoure », 1951
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Intissé

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Bénédicte  Vallet

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Approcher l’œuvre de Bénédicte Vallet, c’est entrer dans un univers singulier, qui envoute et déroute.

Son monde imaginaire et poétique, elle l’évoque dans un rapport subtil à la fragilité et à la blancheur de la porcelaine, qu’elle forme et déforme, assemble et rassemble, tisse de chanvre et de lin pour donner naissance à un objet rare, un textile céramique à la fois animal, végétal et minéral.

Ses blanches fantaisies formelles façonnées par des gestes rituels se présentent comme des mutations naturelles, des formes évolutives, pures et légères, qui évoluent dans un monde cultivé, habité de douces sonorités.

Pascal de la Cochetière Extrait Édition Ouest

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Le plat pays XXXXVI | 50 x 72 cm, en cadre 60 x 80 cm
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 RrieJa Van Aart

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Pour « Grève blanche » Rieja van Aart a fait un choix de sa série « Le plat pays ».

Le plat pays

Plaines infinies parfois sombres mais aussi lumineuses et frêles emplies de mémoires d’interventions humaines et d’éruptions de la nature s’apaisant avec le temps Les photographies de Rieja van Aart, nous proposent des rencontres inattendues entre toutes sortes d’objets, matières et éléments végétaux.

Ces juxtapositions silencieuses prennent vie, deviennent langage et se chargent d’une sorte d’évidence sensible ou de message spirituel, par la mystérieuse force symbolique qui émane des éléments ainsi juxtaposés.

Ces natures mortes sont pleines d’une magie et d’une intensité vitale, comme peuvent en contenir les ostensoirs rituels des religions animistes et chamaniques.

Pierre Souchaud essayiste et écrivain d’art.

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Galerie Licence IV
5, place du Gouvernement
(angle rue St Jean) 
69005
Lyon, France
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(Vieux Lyon)
06 87 95 17 98
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mercredi au samedi
  14h30 à 19h
dimanche  
12h à 18h
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https://www.facebook.com/galerielicence4.fr

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https://www.boucheretlecland.com/shop
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Boutique Boucher & Lecland

+ Présentation visuelle

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