Quand les syndicats et associations d’artistes, pris au piège de leur « neutralité esthétique », sont impuissants devant les malfaisances de l’art d’Etat Par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

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Quand les syndicats et associations d’artistes ,

pris au piège de leur « neutralité esthétique »,

sont impuissants devant les malfaisances de l’art d’Etat.

Par Nicole Esterolle

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Je vous cite d’abord cet extrait éloquent du règlement intérieur de l’association Maison des Artistes , dont on trouve l’équivalent dans le règlement intérieur de tous les syndicats d’artistes plasticiens :

« Le président et les membres du bureau sont tenus au stricte respect de la pluralité des engagements politiques et esthétiques des membres de l’association, à ce titre ils s’abstiennent de toutes déclarations, tant en public que dans leurs relations avec les pouvoirs publics, de nature à porter atteinte aux principes de neutralité de l’association. »

Et c’est au nom du respect de ce principe fondamental de neutralité :

– que certains membres de la MDA ont demandé le retrait de la lettre de Rémy Aron sur le site de l’association, arguant que celui-ci n’a pas respecté, ce règlement, tant en sa qualité de président largement invoquée dans sa lettre de démission, qu’en tant que membre de l’association… – que les syndicats d’artistes et la MDA ne protestent pas et n’organisent aucune manifestation devant les innombrables outrages que l’art et eux-mêmes subissent de la part de l’appareil ministériel et des réseaux mafio- institutionnels depuis des dizaines d’années . Parmi ces injures subies passivement, citons par exemple l’installation probable des tulipes de Koons devant le Palais de Tokyo ; la réquisition du Château de Versailles pour la valorisation des œuvres du même Koons ou de Murakami ; l’élection à l’Académie des Beaux-Arts de Fabrice Hyber, et de sa balançoire à double godemichés ; l’élection à la même Académie et sa nomination au poste de Directeur de l’ENSBA Paris de Mr Bustamante, enfonceur de camion dans une chapelle ; l’achat par l’Etat des seules œuvres de type conceptualo-postural ; les collusions, détournement d’argent et de dispositifs publics, conflits d’intérêts , qui sont consubstantiels à la contemporanéité de l’art ministériel.…

Nous sommes donc dans cette situation de haute absurdité, où c’est le respect de la diversité des opinions esthétiques, qui oblige que soient respectées aussi les opinions de ceux qui ne respectent pas cette diversité . Pieds et poings liés par cette loi indérogeable pour eux de bienveillante neutralité, les organisations d’artistes se cantonnent donc obstinément dans les seules revendications disons « domestiques » et de surface, et s’interdisent la moindre réflexion de fond sur la pertinence de leurs actions pour une véritable aide à la survie des artistes, à la préservation de leur dignité et à leur juste reconnaissance…

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Il faut , disent-ils, obéir à cette loi de neutralité de tolérance et d’ouverture, même quand celle-ci protège ceux qui la bafouent en permanence au nom de la liberté de création, ceux qui excluent 95% des artistes d’aujourd’hui au nom de critères esthétiques sectaires,communautaristes et surtout adaptés aux stratégies du pouvoir et de l’argent. Il faut respecter une loi qui permet le déni de la loi et sa transgression systématique, et qui fait que le « cassage des codes », le « bousculement des repères », la dérision, le cynisme, le mépris des règles tant éthiques qu’esthétiques et juridiques, deviennent (comme cette balançoire à double godemichés) un mode d’expression artistique à part entière et donc une œuvre d’art que l’on se doit par principe de ne pas contester.

Cracher sur l’art et les artistes de la mise en forme sensible, les humilier, les ringardiser, les délégitimer, les paupériser, restera donc indéfiniment considéré par les syndicats d’artistes comme une manifestation « performative » parmi les plus élevées, les plus distinguées et les plus hautement contemporaines de la pensée artistique d’aujourd’hui. Quand il s’agit plus simplement d’un symptôme de la déliquescence d’un Etat de non-sens et de non droit, qu’il est interdit, vulgaire et politiquement incorrect de contester sous peine d’être traité automatiquement de facho populiste attardé…Et c’est bien cela dont les syndicats ont le plus peur … Surtout quand certains de leurs représentants sont les purs produits de la contemporainitude subventionnée… Et c’est ainsi que les organisations d’artistes, soutiendront à la rigueur plus volontiers les tulipes de Koons que l’engagement de Rémy Aron, l’affreux réactionnaire dénoncé comme tel, il y a quelques années, par le bien- nommé journal Libération porte – parole de la bien – pensance duchampo-islamo-gauchiste branchée Hyber, Bustamante et Palais de Tokyo.

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