Aude de Kerros : «The Square va plus loin que le scandale» (entretien avec Le Figaro)

Aude de Kerros, artiste peintre et graveur, également essayiste, pose ici à l’occasion d’un entretien avec Le Figaro, au cours duquel elle nous parle du livre qu’elle vient de publier, « L’Imposture de l’Art contemporain, une utopie financière », aux Editions Eyrolle.
Photo Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro
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Aude de Kerros : 

«The Square va plus loin

que le scandale»

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Par 

INTERVIEW – L’artiste et essayiste, très critique de l’art contemporain, s’est laissée séduire par le film de Ruben Östlund. Parce qu’il démonte les mécanismes de communication du milieu. Sans caricature, selon elle. «Le sujet du film est l’éternel dilemme entre utopie et réalité», juge-t-elle.

Aude de Kerros, peintre et graveur, est également une essayiste réputée pour ses analyses critiques très documentées du fonctionnement de l’art contemporain, L’Art caché,Sacré Art contemporain et, dernièrement, L’Imposture de l’art contemporain, une utopie financière (Éditions Eyrolles). Elle a vu pour Le Figaro le film de Ruben Östlund, The Square, Palme d’or au dernier festival de Cannes.

 Lire aussi – The Square, Palme d’or 2017: attention œuvre d’art!

LE FIGARO. – The Square est-il une satire du milieu de l’art contemporain?

Aude DE KERROS. – Plus qu’une satire de l’art contemporain, ce film est une fable. On y voit quelques idées aussi vertueuses que conformistes entraîner les protagonistes dans un naufrage de la pensée toute entière. Le lieu du drame, l’ancien palais royal de Stockholm coupé en deux tels deux hémisphères d’un cerveau qui s’ignorent, abrite à la fois une demeure muséifiée servant aux réceptions et galas, et un centre d’AC (art contemporain) ascétique, hygiénique et design, exposant les «classiques» tas de graviers, amoncellement de chaises, etc. C’est une belle métaphore de la société postmoderne de ce Nord de l’Europe, libertaire dans ses mœurs et au demeurant policée, égalitaire et conventionnelle, ne tolérant scrupuleusement aucun détournement de l’argent public. Le personnage principal est le conservateur de ce centre d’AC, Christian, un homme jeune, «very-well-educated», sans vices ni défauts au-delà de l’ordinaire, ni cynique ni pervers. Il croit aux dogmes de l’art contemporain, est cultivé, divorcé, père de famille attentif, fait son métier avec sérieux. Le milieu qui l’entoure est à son image, y compris les mécènes d’âge mûr, très comme il faut, sans démesure, heureux de participer à une vie mondaine, caritative traditionnelle. Rien de bien caricatural en ce qui concerne l’art contemporain, où cette modération est plutôt exceptionnelle.

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La critique du monde médiatique est plus virulente…

Christian s’est déchargé de la com’ sur une agence spécialisée. La nouvelle génération de communicants, va exercer sa créativité, user de nouvelles technologies et méthodes. Alors que l’exposition se veut humaniste et consensuelle, les jeunes propagandistes lancent une vidéo explosive et cruelle (à la cruauté provocante, même) pour créer «l’événement». Rien de plus arty, de plus art contemporain que ce procédé admis depuis des décennies dans l’entre-soi des intellectuels et bourgeois bohèmes. Mais le monde a changé! La vidéo, mise sur les réseaux sociaux sort de son ghetto naturel, elle est likée, partagée, tweeté. Un autre public inattendu s’invite à la performance et – oh surprise! – se scandalise. L’invisible «populo» entre en scène. Le buzz est là! La presse accourt, c’est son métier. Objectif «com’» réussi! Ce qui est intéressant, et neuf, c’est que le film va plus loin que ce scandale. Christian au lieu de profiter de l’aubaine, s’estime fautif et démissionne publiquement lors d’une conférence de presse. Il a vécu à travers ces événements, et d’autres plus personnels, une crise de conscience qui l’oblige à assumer sa responsabilité et à choisir. D’homme ordinaire, il devient un héros incompris. Aurions-nous changé d’époque? Voilà la «morale» cachée de cette fable. Certes les idées se délitent, la pensée se perd dans une forêt de contradictions provoquant dégâts et crises, mais la prise de conscience change aussi profondément le cours des choses.

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Comment interprétez-vous le concept du «Carré» (The Square), sanctuaire de l’égalité et de l’altruisme?

Le Carré est un lieu tracé sur le sol où tout est miséricorde. C’est un concept très humaniste. Belle et très ancienne idée que ces lieux de refuge et de miséricorde où la loi du plus fort est ignorée! Ce furent les temples antiques puis les églises, enfin l’université, où la philosophie et la science n’auraient pas pu exister si le délit d’opinion et le guet n’avaient été bannis de leur enceinte. L’art aussi fut un espace d’immunité. L’art contemporain enfin, malgré sa mission essentiellement transgressive, a solidement établi celle de ses artistes. Le concept de Square est un avatar de cette antique tradition. Sur l’Agora, à Athènes, toutes les religions et opinions étaient défendables. Il y existait quelque chose de proche de l’art contemporain: une école «cynique» qui traversa quelques siècles, fondée sur la provocation et la transgression. Diogène son fondateur pouvait interpeller Alexandre en lui disant «Ôte toi de mon soleil!». Ou se masturber en public sans être molesté. Le but de ces philosophes, reconnus tant par leurs pairs que par la société grecque, était non seulement de penser mais de vivre leur pensée, d’acter ses paradoxes pour, déranger, questionner, donner à penser. L’art contemporain tient le même discours. À une différence près et non des moindres! Les philosophes cyniques avaient ce privilège singulier parce qu’ils vivaient nus, sans possessions ni dépendance, et qu’ils ne faisaient pas la morale… Suite de l’article (ici)

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