De la traçabilité de l’œuvre d’art C’est nouveau. Ça vient de sortir par Nicole Esterolle (Billet d’humeur)

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Eva Marisaldi figure dans la collection du FRAC -PACA

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De la traçabilité de l’œuvre d’art C’est nouveau. Ça vient de sortir par Nicole Esterolle

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C’est la grande transparence ! Chouette ! On va pouvoir savoir si telle œuvre a été traitée à la subvention ou si elle est originellement pure et non polluée. .. On va savoir si telle œuvre conceptuelle ou immatérielle peut être « traçabilisée » ou non … On va savoir notamment comment, par quelle chaine d’acteurs, par quel embrouillaminis de responsabilités, par quel très complexe processus administratif, cette œuvre (image jointe) de la jeune artiste émergente Eva Marisaldi figure dans la collection du FRAC -PACA.

C’est donc une idée qu’elle est presqu’aussi bonne que pour le traçage la viande avariée, et qui nous vient de l’ADAGP, organisme officiel de récolte des droits d’auteurs pour les images publiées des d’œuvres des auteurs graphiques et plastiques qui ont cotisé à cet organisme. Récolte justifiée, comme l’est celle des droits d’auteur des musiciens pour la SPADEM (Ceci dit, je me demande si je ne risque me faire méchamment taxer par l’ADAGP pour avoir publier ici l’image de la palette blanche de Marisaldi)

La traçabilité de l’art sera donc l’objet d’un colloque le 28 septembre prochain à l’Institut national de l’Histoire de l’art (INHA) avec des interventions de sommités d’experts du monde de l’art (voir liste sur lien joint) …et qui se propose « d’ interroger le parcours des œuvres dans l’écosystème culturel et de comprendre le parcours de l’oeuvre, de sa création à sa distribution ou circulation, au sein du marché de l’art et des institutions muséales. »

Bon, très bien ! mais permettons-nous de dire que nous trouvons que cette interrogation reste dans le pur théorique hors-sol et qu’elle est pour le moins superfétatoire voire déplacée, quand elle s’énonce avec autant de solennité dans ce champ de ruines que sont devenus aujourd’hui les mécanisme de reconnaissance et de légitimation de la création plastique.

Permettez-nous aussi de soupçonner que cette interrogation est, pour l’ADAGP, une façon de se racheter de l’échec patent de la mise en place du « droit de suite », opération ultra complexe qui consistait à faire bénéficier à l’auteur d’une œuvre d’une partie des plus-values éventuellement affectées à celle-ci au cours de ventes successives …un vrai casse-tête bureaucratique ! Une de ces bonnes et généreuses idées, comme celle du « droit de monstration », dont l’Enfer est pavé !

Permettez-nous enfin de penser à tort ou à raison que cette idée de traçabilité pour l’art: -n’a aucun sens et est terriblement dérisoire, par rapport à la montagne de problèmes et de sujet de réflexion de tous ordres qui se présentent quant au statut et à la définition de l’artiste, quant à sa survie, sa reconnaissance, son désarroi devant la prolifération d’imposteurs processualo-conceptualo-discursifs, etc

-n’a aucun sens pour 95% des bons artistes de ce pays, qui sont méprisés par les institutions muséales et par le grand marché.

– n’a aucun sens pour des centaines de magnifiques artistes non conformes à la norme officielle, récemment disparus et dont on a perdu toute « trace » dans cette Somalie ravagée qu’est devenu le territoire de l’art en France

– n’a aucun sens concernant les 80% d’œuvres accumulées dans les FRAC et qui sont inéluctablement vouées à court terme aux déchetteries les plus proches – n’a aucun sens donc pour 99% des vrais artistes et des vrais amateurs d’art

– n’a aucun sens par rapport aux sites de cotation qui existent déjà -n’a aucun sens pour les 30% d’artistes inscrits à la MDA et survivant avec le RSA

– n’a aucun sens pour les Buren, Boltanski et Cie qui ont assez d’argent comme ça, et dont on pourrait effacer toute traçabilité de l’œuvre sans porter préjudice à notre patrimoine national.

– n’a aucun sens pour les artistes « modestes » chers à Hervé Di Rosa, lequel intervient pourtant dans ce colloque (Mon Dieu, que vient faire le gentil Hervé dans cette galère ?)

– etc., etc.

La bonne question serait donc de savoir et comprendre à quoi, à qui, comment une telle absurdité apparente peut être utile ?

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Alors permettons-nous de formuler ici quelques réponses : 

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-il faut rappeler d’abord l’origine endogamique de cette opération d’autocongratulation au sein d’un système de pensée fermé sur lui-même et aveugle aux réalités extérieures à lui. (voir la liste des « experts de la culture et du droit d’auteurs » intervenants, qui sont tous des rouages de la mécanique … On y note toutefois la présence plutôt inattendue et réjouissante du commandant de Police, Stéphane THEFO, responsable sûreté de l’Université Lyon1, membre de l’ICMS (International Committee for Museum Security)

– Ensuite dire que si l’ADAGP a tant besoin de se réactiver en ouvrant de nouveau chantiers, c’est parce qu’elle voit avec angoisse son objet et sa raison d’être disparaître , et qu’elle constate que sa fonction centrale de récolte des droits d’auteurs devient désormais impossible avec la libre circulation et la prolifération parfaitement insaisissable et incontrôlable des images d’œuvres sur internet et sur tous les réseaux sociaux… Une libre circulation de l’information qui , de fait, assure et facilite la traçabilité des œuvres sans qu’on ait besoin d’elle…

– Enfin, je crois qu’il faut surtout considérer cette histoire de traçabilité comme une opération d’occultation ou de camouflage de tout ce qui pourrait être utilement l’objet d’un vrai travail d’investigation et de vraie « traçabilité » justement… Je pense ici à toutes les facteurs « en amont » , d’ordre idéologique, financier, bureaucratique, politique, spéculatif (conflits d’intérêts, collusion, détournement, accaparement des édifices publics, etc.), qui interviennent dans la reconnaissance, la légitimation et la survalorisation effarante de quantité d’œuvres ahurissantes à tous égards…

– Oui, ce colloque me semble être une manifestation plutôt contre-productive pour ce qui est de la défense globale des artistes, au-delà du seul droit d’auteur. Une expression supplémentaire de l’entre-soi d’un petit milieu hors-sol, contreproductive, oui, car ce colloque-manoeuvre écran de fumée de pure diversion ne contribue, finalement, qu’à empêcher toute transparence et toute traçabilité, véritables et se faire le complice objectif des malfaisances du système dominant de fausse valorisation de l’art et faciliter le « travail » des imposteurs et faussaires de toutes sortes

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