« Re-Politiser Borduas » de Oli Sorenson / Galerie Mainline (CA)

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« Re-Politiser Borduas » 
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de Oli Sorenson 
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5 – 15 octobre 2017
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 Vernissage
Samedi
07.10.17
17-20h
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Performance 18h
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C’est entre l’ironie singulière et la controverse planifi é e que se tiendra la performance Re – Politiser Borduas d’ Oli Sorenson, samedi le 7 octobre prochain, à 18 h, à la galerie Mainline. Lors du vernissage, l’artiste découpera plusieurs reproductions des tableaux de Paul – Émile Borduas, qui seront ensuite diffusés pour dix jours au cœur du boulevard St-Laurent . L ’artiste tente ra ainsi de revisiter u n e esthétique centrale de la culture québécoise auprès d’un large public, pour accentuer son potentiel démocratique de même qu’exalter sa dimension politique.
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Sorenson propose une exposition entièrement autofinancée , indépendante d es contraintes commerciale s des galerie s privées , des règles d’acquisition de collections d’entreprises et des délibérations démesurées des centre s d’artistes autogérés , qui dissipent trop souvent la charge politique des œuvres d’art . Par la bande, Sorenson nous rappelle comment la rédaction du Refus Global a couté cher à Borduas, qui a perdu son poste de professeur et sa santé avant de bénéficier des transformations sociales engendrées par ce manifeste. En endommageant ainsi ces copies, Sorenson vise à ce qu e les tableaux originaux soient revigorés de leur dimension contestataire, que ceux – ci puissent transmettre une expérience visuelle plus choquante auprès du regardeur, une impression sans doute plus fidèle à l a réception initiale de ces peintures dans les années 1950.

Néanmoins , Sorenson poursuit ici une pratique résolument contemporaine, consistant à emprunter les gestes créateurs d’autres artistes pour questionner leurs représentation s identitaires actuelles . L’artiste a créé et ensuite lacéré ses copies s ans avoir examiné les qualités matérielles des originaux dans les musées qui les abritent, se fiant exclusivement à des jpeg trouvés sur Internet . Ainsi par cette combinaison de geste s iconoclastes, Sorenson atteste de l’ omniprésence des réseaux numériques dans son univers culturel, même quand il produit des œuvres tangibles . Il souligne de nouveau ce constat par l’ajout de néons qui cadrent s es tableaux d’un halo signalant la source lumineuse d e s écran s d’ordinateur s . D’ autre part, ces halos dénotent d’ une signalétique typique des icône s catholiques , dont la destruction partielle , lors de la performance de l’artiste , ne pourrait qu’ évoquer un sentiment de sacrilège.

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Le sacrifice d’une icône et sa résilience :

quand performer est remixer.

Nathalie Bachand est auteure

et commissaire.

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Le dernier projet de l’artiste montréalais Oli Sorenson, Re – Politiser Borduas présente des œuvres à multiples facettes. À la fois tableaux, pièces lumineuses et performance, l’ensemble articule sous ces trois aspects une réflexion sur la tradition picturale versus la culture du remix et l’omniprésence de l’Internet ; de même que l a charge politique de l’art et son possible réinvestissement à travers le geste performatif.

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Cinq tableaux s’affichent comme d ’infidèles copies de la série dites des « peaux de vache » , dont fait partie L’étoile noire (1957), œuvre phare du peintre québécois Paul – Émile Borduas, chef de file du mouvement Automatiste et auteur principal du manifeste Refus global . Ce qui intéresse Sorenson n’est pas l’exactitude de ses reproductions , mais plutôt la citation des originaux . Par cette posture, il parvient à exprimer toute la puissance de l’empreinte visuelle qu’a laissé Borduas dans le paysage culturel québécois . C’est à partir d’ images trouvées via Google que Sorenson a réalisé ses tableaux à l’acrylique pour , en quelque sorte , montrer à quel point l’ Internet est devenu le gardien de nos mémoires collectives . Forts ressemblants mais pastiches tout de même, il les a « augmenté » d’une aura lumineuse. Des tubes au néon sont intégrés aux faux – cadres des tableaux, créant un périmètre de lumière dont la source nous est invisible à première vue . Cet ajout leur confère quelque chose de mystique , contribuant à déplacer la peinture vers un état qui la dépasserait. Contrairement aux œuvres minimalistes de l’américain Dan Flavin , ou maximalistes de l’artiste berlinois Anselm Reyle , les néon s ne sont pas apparent s et leur matérialité n’ est pas en cause : à la fois halo symbolique et highlight réel , c’est essentiellement la lumière qui est ici convoquée . Seul indice nous rattachant au monde tangible : l’origine électrique du phénomène est soulignée par des fils laissés apparents au sol.

Ces tableaux lumineux f ont très vite l’objet d’une intervention de l’artiste : ils n’existent finalement que pour recevoir ce geste transformateur. Lors de la soirée d’ouverture, les tableaux seront tous – lentement et méthodiquement – lacérés au couteau . Icône confirmée de l’histoire de l’art québécois, l’œuvre de Borduas incarne également l’institutionnalisation de l’art . À ce titre, le geste performatif et destructeur de Sorenson s’adresse tout autant au statut sacré de l’ objet d’ art qu’à sa prise en charge par les instances officielles. Le geste est iconoclaste, mais sa finalité n’est pas la destruction : celle – ci est nécessaire afin de remixer les éléments initiaux et d’en ressortir avec une proposition qui nous « dit » autre chose. Le tableau en effet ne parle plus d’Automatisme ou d’une citation de peinture , mais bien plutôt de sa résilience comme objet culturel à capital symbolique. L’aspect provocateur du geste porte en lui une volonté politique : il réclame un déplacement des valeurs et des idéologies – et travaille à les réévaluer . En parallèle du réinvestissement politique de ce geste , résulte aussi l’image d’une œuvre martyre, tel un Saint – Sébastien qui s’ ouvre sur des profondeurs insondables – évoquant en cela certaines œuvres d’Anish Kapoor , où des volumes de pierre fissurés sont rempli de pigments aux tonalités sombres , créant d’intenses effets d’abîmes . Le tableau insiste ainsi sur sa matérialité et révèle la profondeur – au sens figuré comme littéral – que contient l’image.

 

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Galerie Mainline
3905, boul. Saint-Laurent,
Montréal, QC
H2W 1X9
 (514) 849-3378
Ouvert: mercredi-Dimanche 12-20h
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https://www.facebook.com/GalerieMainLineGallery/
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