Marcel Duchamp, le béant ontologique Par Nicole Esterolle (Critique)

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En illustration :« La Fin tragique de Marcel Duchamp » (1965)

par Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati

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Marcel Duchamp, le béant

ontologique

Par Nicole Esterolle

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Deux ou trois fois par semaine j’ai droit à cette même rengaine: « Oui, mais Duchamp, n’a rien à voir avec la bande de tarés consanguins qui s’en réclament…Duchamp c’était autre chose » Ah bon ! Alors c’était en quoi autre chose? Et dès lors qu’on se pose cette question, on est piégé, aspiré par le vide, enrôlé dans le chœur de duchampolâtres pour se joindre à leurs autistiques incantations à la providentielle absence.

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Car oui, Duchamp est une absence en – soi, pour – soi et hors – de – soi, un non-évènement, un non-objet, une non-pensée, un non-affect, une non-énigme, un non-peintre, un non-voyant, un non-contenu, une non-œuvre, un non-sujet, une non-question, un non-sens, un trou noir, une vacance, une vacuité, une négation, une abnégation, une dérobade existentielle, un désamour généralisé, une invagination ontologique… Duchamp, c’est, question créativité, « que dalle », « peau de zébi », « peau de balle et balais de crin », comme on dit dans le Poitou. Duchamp, c’est l’ impérialisme du néant, la béance aspiratrice de mots, le piège auto-piégeant, le vivre de rien, le croire en rien, l’art du déjà fait et du plus rien faire… C’est un rien glandeur, qui passait par hasard devant la maison des surréalistes, y a vu de la lumière et y est entré par effraction et les a fait rigoler un moment.

Un rien qui, n’ayant pas existé ou n’ayant existé autrement que dans sa non-existence revendiquée, n’eût rien changé, s’il n’avait pas été là, à l’histoire officielle de l’art en tant qu’imposture, puisque celle-ci en aurait trouvé facilement un équivalent.

Un rien vieux farceur, qui s’auto – dénigre, s’auto-dévore, s’auto-alimente, s’auto-détruit et s’auto-conchie en permanence, pour renaitre sans cesse de ses propres fèces.

Un rien au carré ou au cube, indestructible par définition, irréductible par nature à quelque analyse que ce soit.

Un rien postural, sociéto-questionnatoire et briseur de codes Un rien spiralé et auto-centré comme l’arrogant nombril de Père Ubu.

Un rien comme les nouveaux habits de l’Empereur. Un rien qui donne la permission à Pinoncelli de fracasser son urinoir ou de pisser dedans.

Un rien qui n’en donc à rien à foutre de rien, de tout et de lui-même.

Un rien qui trahit sans cesse sa propre cause, qui dénie autant son existence que sa non-existence, qui répète à ses adorateurs que tout cela ne le concerne en rien, et qui pour cela est de plus en plus adulé par eux.

Un rien à la fois combustible et comburant pour la machine à gaz bureaucrato-ministérielle et pour la pensée fuligineuse de ses employés.

Un rien compact comme la crotte de nez excrétée du cerveau d’un critique-historien d’art membre de l’AICA et diplômé de St Charles.

Un rien comme lien social et générateur d’entre-soi dans la communauté des sbires de la guépéou artistique d’Etat .

Un rien intello-gigolo gourou newyorkais pour richissimes douairières emperlousées, prophète donc de la fainéantise aristocratique et de l’art du rien faire mais de le faire savoir, car rien de tel que le rien pour communiquer efficacement. Puisque rien, ce n’est pas rien, si on l’explique abondamment ou si l’on maintient sur le sujet un savant mystère ou une suspicion de signification cachée ou accessible aux seuls initiés…

Un rien de 8,5 cm de large entre deux bandes verticales noires de Buren. Un rien propulseur d’orgasmes mentaux chez Catherine M.

Un rien en tant qu’immatérialité ou anti-matière, qui peut aussi être l’objet d’un cursus universitaire à St Charles

Un rien en forme de grosses bulles spéculo-conceptuelles comme le sont les financières , les Balloon-dogs de Koons, le gigantesque porc gonflable de Mac Carthy, ou la rhétorique barbe-à-papa de Bernard Blistène.

Un rien qui est même la meilleure chose qui puisse arriver à ceux qui ne réussissent jamais à rien.

Un rien n’importe quoi, boite-en-valise, porte-bouteille, roue de vélo, pelle à charbon, etc…

Un rien comme objet de ferveur religieuse : « Seul le rien est grand et Marcel Duchamp est son prophète »

Un rien qui plait aux nantis parce qu’ils n’ont justement plus besoin de rien .

Un rien qui plait aux idiots, parce que là ils comprennent qu’il n’y a rien à comprendre et que ça les arrange bien.

Un rien qui plait aux directeurs de FRAC, qui ne comprennent rien non plus à l’art et ont été choisis pour cela afin de mieux obéir à l’idéologie ministérielle.

Un rien qui, dans cette histoire de l’art duchampien dit contemporain, devient signe de dsitinction et attribut du snob et du dandy : la classe quoi, à peu de frais!

Un rien qui est l’ expression d’un raffinement suprême et d’infinie délicatesse de cœur et d’esprit pour ceux qui n’en ont pas.

Un rien comme placebo ou panacée homéopathique universelle., comme plus ultra-dilué dénominateur commun qui plait à tous , aux riches comme aux pauvres, à la gauche insoumise et à la droite néo-libérale, aux bidochons ruraux comme aux cultureux urbains, aux traders cocaïnés comme aux oligarques russes ivrognes et incultes.

Un rien signe de haute distinction sociale, de supériorité morale et culturelle, de pureté intellectuelle, d’appartenance de classe et à une élite si douée qu’elle est capable de transcender à vide.

Un rien vecteur de connivence entre nantis de tous pays et initiés de haut-vol pour mieux voyager ensemble dans une vacuité mondialisée. Un rien consubstantiel donc à l’internationalité et à la contemporanéité de l’art. Un rien qui qualifie le creux et surtout ce qu’il y a autour.

En illustration : « La Fin tragique ou l’assassinat de Marcel Duchamp » œuvre collective en 8 tableaux réalisée en 1965 par Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Recalcati, qui entend ridiculiser « l’idéalité de l’acte créateur » incarné par Duchamp, et dénoncer aussi le rôle du marché USA et de la CIA dans cette affaire. Œuvre irrévérencieuse que l’Etat français s’est empressé de fourguer aux espagnols.

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La première présentation eu lieu en octobre 1965 dans le cadre de l’exposition « La Figuration narrative dans l’art contemporain »; Chaque tableau mesure 160 cm de haut. Cette œuvre est emblématique de la Figuration narrative et a été représentée dans le cadre de l’exposition, en 2008, Figuration narrative Paris, 1960 – 1972 Actuellement le polyptyque est la propriété du Musée Reina Sofia à Madrid

Explicite, le titre de l’œuvre désigne le dessein d’une œuvre collective qui, résolument provocatrice, figure l’assassinat du père de l’art contemporain Marcel Duchamp (1887-1968). Outre les trois copies de pièces emblématiques de Duchamp (Nu descendant l’escalier n°2, Fontaine et Le Grand Verre), cinq panneaux composent une séquence délibérément narrative.

Le récit, à l’instar d’une intrigue policière, montre les exactions successives des trois artistes depuis l’interrogatoire de Duchamp, son meurtre et la liquidation du cadavre jeté du haut d’un escalier. Dernier opus du brûlot, la scène finale transforme les acteurs du Pop Art et du Nouveau Réalisme en porteurs d’un cercueil recouvert du drapeau américain.

Exacerbant la collusion d’artifices conventionnels avec des méthodes séditieuses, cette peinture iconoclaste entendait malmener « l’idéalité de l’acte créateur » incarné par Duchamp.

 

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