Le fondateur des Éditions Faton s’est éteint le 2 décembre dernier à l’âge de 92 ans (FR)

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Hommage à

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Louis Faton

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fondateur des Éditions Faton

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Le fondateur des Éditions Faton s’est éteint le 2 décembre dernier à l’âge de 92 ans.

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Rien ne le destinait à l’édition, si ce n’est une immense curiosité d’esprit et le goût des courses à bicyclette de longue haleine. Né le 21 juin 1924 à Saint-Claude dans le Jura, orphelin de père très tôt (à l’âge de 6 ans), il était pupille de la Nation. Brillant élève au collège de Dôle, puis au lycée de Besançon, il avait été l’un des deux seuls de sa classe à être choisi pour préparer Polytechnique et concourir au côté des élèves des prestigieux lycées parisiens. L’arrivée de la guerre, racontait-il toujours avec regret, avait interrompu ce cursus et l’avait obligé à préparer en trois mois une école « facile », celle des Hautes Études Commerciales, qu’il avait intégrée sans effort et qu’il ne tenait pas en grande estime.

Sa carrière professionnelle l’avait ensuite conduit de l’industrie de la laine en Alsace à celle de l’agro-alimentaire en Savoie. Puis il avait mis un pied dans la presse en acquérant, avec un associé, Le Meilleur, spécialisé dans courses hippiques. Son don pour les mathématiques et sa maîtrise des probabilités contribuèrent au succès du journal et de ses prédictions gagnantes. Esprit indépendant, il reprit ensuite, au début des années 1970, la marque de produits diététiques Vivis, et racheta parallèlement, avec un ami banquier, Archéologia dont le premier numéro, paru en 1964, présentait en couverture un visage gréco-romain à peine dégagé du sable ocre. La rédaction d’Archéologia était installée à Paris, la société Vivis et ses confitures et chocolats à teneur en sucre réduite à Strasbourg, lui-même venait d’Aix-les-Bains où il avait œuvré au sein des fromageries Picon pour le groupe Bel.

Il lui fallait donc choisir un camp de base : il détestait Paris mais ne pouvait pas trop s’en éloigner ni s’écarter de Strasbourg; il retint Dijon, à la fois pour des raisons géographiques et familiales. Le vieux centre historique était alors délaissé; il y trouva, dans un des plus beaux hôtels particuliers, entre cour et jardin, un appartement à restaurer, celui de Jean de Berbisey, ancien président du parlement de Bourgogne, et s’y installa.

Le pari était risqué – l’heure n’était pas encore à la décentralisation – le quartier mal famé, l’hôtel du président Berbisey peuplé de créatures étranges et fantasques : de repris de justice venant y chercher refuge à leur sortie de prison, d’une vieille dame sans âge promenant sa tortue en laisse dans le jardin de peur qu’elle ne s’échappe, d’âmes esseulées, montant, hésitantes, les marches qui conduisaient à l’agence matrimoniale installée sous les combles…

Archéologia, dont l’ami banquier s’était désintéressé, y trouva pourtant son nouveau bureau, et commença alors cette grande histoire des Éditions que Louis Faton allait créer et dont une belle page vient de se tourner.

Cette belle page fut d’abord écrite à deux mains, puisque son épouse, Andrée Faton, reprit non seulement au pied levé la rédaction d’Archéologia, mais en devint aussi, jusqu’à sa mort en 1991, l’incarnation, le stylet d’une rigueur et d’une exigence intellectuelle qui allait devenir la signature des Éditions.

Cette belle page refléta ensuite les goûts de son fondateur. Louis Faton était passionné par la peinture, les objets d’art, la science et le sport. Il aimait collectionner les tableaux, les sièges et faire du vélo. Installé dans une des bergères de son salon, il se plongeait avec délectation dans les mémoires de Louis XIV, lisait un ouvrage sur une théorie de physique ou de mathématiques ou expliquait l’importance des cadres et de leurs moulures pour mettre en valeur une peinture. Dans le Jura où il passait toutes ses vacances, il a grimpé inlassablement jusqu’à plus de 80 ans les cols environnants, chronométrant ses performances dans les montées et filant à plein badin dans les descentes – en petit short et sans casque – pour avoir le plaisir de doubler les voitures.

Il ne faut en effet ni avoir peur de l’effort au long cours ni du risque pour créer ex-nihilo ou presque une maison d’édition. À Archéologia, s’est vite ajoutée au tout début des années 70 une feuille de chou, celle des ébénistes du faubourg Saint-Antoine, l’Estampille, qui s’est progressivement élargie aux beaux-arts et à l’ensemble des arts décoratifs. Devenue aujourd’hui L’Objet d’Art, c’était sans doute son magazine de prédilection, celui dans lequel il aimait écrire des articles sur l’histoire du mobilier (il était membre correspondant de la @CNES*), les tableaux ou les vocations de telle ou telle affaire secouant le marché de l’art.

Puis sont arrivés dans le grand hôtel du président Berbisey toute une parentèle de magazines spécialisés, fidèles à la vocation culturelle et scientifique des Éditions : Dossiers d’Archéologie, Dossier de l’art, Religions & Histoire, Arts sacrés, Art et Métiers du Livre, Art de l’enluminure, Canoé Kayak, Sports et Vie, Clarté Grandes Signatures, Histoire antique & médiévale… et une ribambelle de magazines destinés à éveiller les enfants à l’histoire, à l’art, à la littérature et aux mathématiques : ARKÉO, Le Petit Léonard, Histoire Junior, Citoyen Junior, Virgule, Cosinus.

Une vingtaine de titres de presse en tout, rachetés ou créés au sein des Éditions au fil des années – dont quatorze subsistent encore aujourd’hui – quinze, si l’on compte le dernier né, Olalar, l’art dès la maternelle, dont le numéro 1 a paru en septembre dernier.

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Au fil des années aussi, au rythme d’une dizaine par an, la publication de beaux livres et de catalogues s’est ajoutée à celle des magazines, comme un complément et une prolongation naturelle de ces derniers. Louis Faton écoutait toujours avec attention les auteurs qui venaient le trouver. Il était toujours heureux de discuter avec eux, d’enrichir ses connaissances ou de découvrir des domaines qui lui étaient moins familiers. Il s’était très investi dans la Société des Amis des musées de Dijon dont il avait été vice-président. C’était à la fois un plaisir et un devoir pour lui que d’aider chercheurs, érudits et savants à divulguer leurs connaissances ou à promouvoir leur discipline; c’est ainsi qu’il avait créé Art de l’enluminure ou encore la revue Arts sacrés, accepté sans hésiter de se lancer dans l’aventure du monumental ouvrage sur Hyacinthe Rigaud qui vient de paraître ou publié avec d’éminents savants et archéologues des Dossiers d’Archéologie qui ont fait date.

C’était un mécène du savoir, animé de l’inépuisable volonté d’œuvrer à la transmission des connaissances. C’était aussi un patriarche : lui, devenu orphelin si jeune, n’avait eu de cesse que de s’entourer des siens pour œuvrer au rayonnement de l’entreprise qu’il avait créée. Sa maison d’édition devait être familiale – c’était dans son esprit le garant de l’indépendance et de la liberté qui lui étaient si chères. Sa maison d’édition était aussi sa seconde maison ; il en avait, dès qu’il avait pu, installé les rédactions dans l’appartement situé au-dessous du sien, celui de Madame de Berbisey, et la photogravure dans les anciennes cuisines, à l’entresol, où devaient rôtir, au temps de ce Grand Siècle qu’il aimait tant, gibiers et volailles dans l’éclat des bouteilles de bon Bourgogne.

Louis Faton a été président des Éditions qui portent son nom jusqu’en juillet 2013. Une infinie tristesse, partagée par toute sa famille, ses proches et ses collaborateurs, accompagne sa disparition.

Jeanne Faton

Chambre Nationale des Experts Spécialisés

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