Rififi dans le marché de l’art – Martine Robert / Les Echos.fr

1219780_rififi-dans-le-marche-de-lart-web-021908335939_1000x300

.
Rififi dans le marché de l’art
©Jerome CHATIN/EXPANSION-REA

.
.
.
.
Rififi dans
le marché de l’art 
.
.
.
 
Martine Robert / Journaliste
.
.
.
.

Yves Bouvier a fait de l’entreprise paternelle suisse le leader mondial du transport d’œuvres d’art. Et s’est ainsi constitué un puissant réseau auprès des grands collectionneurs. Devenu marchand d’art aux marges colossales et aux pratiques contestables, il est aujourd’hui accusé d’escroqueries.

.

C’est un scandale à la dimension du marché de l’art : mondial. Il réunit les ingrédients d’un grand polar : un géant des ports francs, un milliardaire russe, des amis présumés douteux, l’héritière d’un des plus grands artistes du xxe siècle. Et des théâtres d’opérations aux réputations sulfureuses : Genève, Monaco, Singapour, des paradis fiscaux… Le cas Yves Bouvier, qui tient en haleine depuis des mois le microcosme, pourrait laisser des séquelles durables tant ses ramifications sont multiples. Cette personnalité atypique, mais puissante, du monde de l’art, a patiemment assemblé tous les rouages d’un système redoutable à l’aide d’une garde rapprochée, aux pratiques « très efficaces », et d’un cercle beaucoup plus large de relations d’affaires qui lui étaient toutes plus ou moins redevables… qui d’apports financiers, qui de business, qui de cadeaux.

Tout était pourtant très bien parti. Tel son père Jean-Jacques, entré comme apprenti en 1953 chez le transitaire suisse Natural Le Coultre pour en prendre les rênes trente ans plus tard, l’autodidacte Yves Bouvier a du flair. En 1992, il donne un nouvel élan à l’entreprise en la spécialisant dans le transport et la logistique d’œuvres d’art. Rapidement, il bâtit sa réussite sur les ports francs de Genève,en apportant des services « all inclusive » à ces entrepôts où des millions de tableaux peuvent être stockés, expertisés, restaurés, encadrés, cédés, en franchise de droits de douane et de taxes. Et comme depuis 2008, le secret bancaire n’est plus aussi bien gardé, ces forteresses opaques offrent aux grandes fortunes des alternatives intéressantes. Premier locataire sur 20 000 m2 de ces coffres-forts genevois, principal actionnaire du port franc du Luxembourg, gestionnaire et associé de celui de Singapour, organisateur de ceux en chantier à Pékin et Shanghai, Bouvier dispose de postes d’observation très privilégiés pour savoir qui détient quoi.

Ce business rentable ne lui assure toutefois pas le train de vie des collectionneurs milliardaires dont il entrepose les merveilles et qui le fascinent, prêts à payer des fortunes les tableaux de leurs rêves. « Ce n’est pas en se contentant des activités de Natural Le Coultre qu’il aurait pu acquérir son yacht de 35 mètres, son Falcon 7X capable de relier Genève à Singapour sans escale, ses Ferrari… Cependant les ports francs lui ont apporté une respectabilité, une légitimité, et servi de vitrines pour développer d’autres affaires », commente un spécialiste du marché de l’art. Mais, en jouant les marchands d’art, Bouvier va transformer en or les informations uniques dont il dispose. Qu’importe si les galeristes et antiquaires y dénoncent une concurrence déloyale… D’autant que dans ce secteur, le délit d’initié n’existe pas – au contraire même.

En 2003, il propose à l’oligarque Dmitri Rybolovlev, alors propriétaire à 65% d’Uralkali, l’un des plus grands producteurs d’engrais potassique du monde, de lui constituer une collection exceptionnelle. Pendant onze ans, le milliardaire russe, figurant parmi les 150 premières fortunes de la planète, va ainsi acquérir une quarantaine de pièces fabuleuses, pour un total de 2 milliards de dollars – des Van Gogh, Picasso, Gauguin, Modigliani…

Chaque fois, Yves Bouvier mène d’âpres négociations avec les vendeurs dans l’intérêt de son client russe… et du sien bien évidemment. Dès qu’il est certain que le Russe est prêt à acheter une œuvre, il l’acquiert lui-même, sans risque ni avance de fonds, pour la revendre immédiatement à son client, avec une marge phénoménale. Dans les mails adressés par Bouvier à Mike, l’homme de confiance de Rybolovlev, on peut lire : « Je peux baisser le prix uniquement en proposant un paiement très rapide » ; « Pour le Magritte, je dois agir dans la plus grande discrétion pour éviter d’attirer l’attention sur ce tableau. »

Suite de l’article (ici)

.

.

.


 

Découvrez nos offres  

Et choisissez la formule d’abonnement la plus adaptée à vos besoins

.

http://abonnement.lesechos.fr/?origin=W30OAHEAB&xtatc=INT-27-Y||Z

 

.
.