Miloslav Moucha – À partir d’un Point / Galerie Laure Roynette (FR)

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Miloslav Moucha, Cycle espagnol, 1985, Huile sur toile, 195 x 130 cm
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Miloslav Moucha
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 À partir
d’un Point
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Du 12 mai au 19 juin 2016
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Si Miloslav Moucha se déclare aujourd’hui « peintre, tout simplement », ce n’est pas sans une pointe de défi, car il sait trop bien où se trouvent les vicissitudes, mais aussi tout le potentiel expressif inhérent à ce métier.

 

Les débuts de sa création artistique se situent dans la Tchécoslovaquie des années 1960, un pays qu’il quitte pour s’installer en France après 1968 au moment de l’occupation soviétique. Ses efforts sont couronnés de succès et il accède à la reconnaissance internationale. Ses œuvres sont présentes dans les collections les plus prestigieuses, notamment celles du MNAM – Centre Pompidou. Nommé professeur à l’École des Beaux-Arts de Besançon en 1974, il quitte l’enseignement au début des années 1990 pour se consacrer entièrement à son oeuvre. À partir de cette époque, il est à nouveau présent sur la scène artistique de son pays natal où il est de plus en plus reconnu, « timidement » mais progressivement, à l’image des illustres artistes tchéco-français Frantisek Kupka ou Josef Síma, dont il prolonge dignement la lignée.

Dans son livre autobiographique Au fil du temps (1999), Moucha décrit, avec le recul, ses expérimentations des années 1970 : actions rituelles, « installations simples, faites de cailloux dorés, bleus ou naturels, de ficelles imprégnées du graphite », mais paraphrasés en parallèle avec des moyens plastiques descriptifs. « Je testais les possibilités offertes par la matériau plastiques, comme le point, la ligne, la surface. Je me rapprochais peu à peu de la peinture classique ». Pierre Restany lui consacre en 1977 un article dont le titre antinomique « Entre présence et absence » résume bien les différentes polarités qui caractérisent les recherches formelles et les quêtes spirituelles de l’artiste.

Le point, qui devient le motif principal de ses oeuvres en 1978, le langage des lignes et des formes picturales et graphiques géométriques, les renvois à la magie engendrée par la rencontre en apparence fortuite entre des objets du réel et l’infini des formes et des couleurs, les natures mortes ou les paysages comme autant de clins d’oeil aux genres classiques : toutes ces oeuvres portent en elles une dimension de découverte, de surprise et d’une connaissance universelle retrouvée.

Miloslav Moucha : « Note sur le rapport entre la forme et son contenu »

Le contenu (le fond) et sa forme ne font qu’un.

Plus le contenu est subtil et universel, plus la forme est simple et abstraite.

Le contenu dicte la forme et la forme révèle le contenu.

Chaque discipline (la poésie, la musique, la peinture, la sculpture…) a ses limites et sa profondeur (infinie) propres. C’est pourquoi tous les arts opèrent en parallèle et se rejoignent dans l’infini, car leur but est le même.

Si le contenu qui dicte la forme provient des profondeurs de la première création, cette forme vous révèle l’intelligence de la vie.

Le rapport entre la forme et le contenu (le fond) nous conduit inévitablement à la réflexion sur la relation entre la forme et le symbole. Si l’homme pouvait se passer du langage des formes, il ne l’aurait pas inventé.

Là où les mots, même très savamment combinés, n’arrivent pas à exprimer la connaissance, l’homme a recours aux symboles. Les symboles les plus riches sont les formes les plus simples – les formes qu’on appelle géométriques. L’ensemble de ces formes constitue un langage traditionnel qui nous permet d’exprimer la conception du monde d’une manière subtile et directe. Tout ce qui est révélé dans ce monde doit avoir une forme, un corps – même s’il est invisible. Chaque forme a son sens même si nous ne le saisissons pas.

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Miloslav Moucha est un artiste peintre et un écrivain français d’origine tchèque, qui fréquenta dans les années 1970 les avant-gardes intellectuelles.

Il est né le 25 mars 1942 à Dolni Litvínov, une vieille ville des Sudètes ravagée par la Seconde Guerre mondiale, dont l’atmosphère est retranscrite dans la série des pointes sèches intitulée « Le Hameau », réalisée dans les années 1960. À cette époque, Moucha peint la misère humaine liée à la terreur rampante du communisme. Il fréquente l’écrivain et essayiste Josef Jedlička qui lui fait découvrir des œuvres bannies par le régime communiste, les penseurs du catholicisme moderne, les artistes en marge des courants officiels, et des poètes tels que Ivan Diviš et Jan Zábrana. Jedlička lui permet de réaliser que l’art n’est pas un jeu mais un travail de conscience, une affaire de destin et de foi.

Sa formation de peintre et l’enseignement artistique qu’il reçoit, conditionné par son échec au concours d’entrée à de l’École des Beaux-arts de Prague, est celui d’un autodidacte. Il exerce alors divers métiers comme bûcheron, mineur, garçon de café, aide-serrurier, emballeur de médicaments pour les animaux, graphiste pour la propagande du travail, réparateur de boîte à vitesse… Par ce biais, il rencontre des criminels et des intellectuels considérés comme criminels. Puis il devient professeur de mathématiques et d’arts plastiques. Par crainte de persécutions, Moucha émigre en France en 1968. Il y fréquente d’autres artistes et intellectuels tchèques, parmi lesquels l’écrivain Josef Kroutvor et le cinéaste Štěpán Benda. À Paris, il découvre l’art d’avant-garde avec Ben Vautier, Claude Viallat, Serge Oldenbourg, etc. Plus tard, il se lie d’amitié avec Pierre Restany et Gérard Barrière. La rencontre avec le peintre Václav Boštík en 1980 est aussi déterminante. Il est attiré par ce qu’il appelle, plutôt que l’art, une attitude : une « philosophie pratique ».

Nommé professeur à l’École de Beaux-arts de Besançon en 1974, il expose en France et dans le monde (Europe, États-Unis, Japon) dès 1971.

En 1978, il doute profondément du bien-fondé de cette activité et se rapproche peu à peu de la peinture classique. Le bouleversement arrive avec son tableau où figure un point unique.

Depuis 1990, Moucha partage son temps entre la France et la République tchèque. Dans sa maison de Bohème, il peint des paysages et des natures mortes. La géométrie, la couleur, leur dialogue dans le rythme et la vibration liés au format, sont les bases d’un vocabulaire plastique nourrit par la contemplation. Défenseur d’un art privé et existentiel, Moucha travaille sur de grands cycles qui ne cessent d’interroger l’origine et les conditions d’apparition du visible.

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Galerie Laure Roynette
20, rue de Thorigny
75003 Paris
T. 06 08 63 54 41
La galerie Laure Roynette
est ouverte du mardi au samedi de 14h à 19h
et sur rendez-vous.
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