Frédéric Malette – La fragilité des héros / Galerie Catherine Putman (FR)

Capture90909.
Frédéric Malette «Caligula», 2015 | graphite sur calque | 29,7 x 21 cm
 .
.
.
.
.
.
.
FRÉDÉRIC
.
MALETTE
.
La fragilité des héros
.
.
Du 9 avril au 28 mai 2016 
 .
.
Vernissage
09.04.16 
17 à 20 h
.
.
.
.
.
.

La galerie Catherine Putman est heureuse de présenter, pour la première fois, une exposition de Frédéric Malette.

« Se pencher sur le fleuve, qui est de temps et d’eau, Et penser que le temps à son tour est un fleuve, Puisque nous nous perdons comme se perd le fleuve Et que passe un visage autant que passe l’eau. »[1] Jose Luis Borgés

Puissants par leur minutieuse réalisation et troublés par une indéniable distorsion, les visages de Frédéric Malette passent et se distinguent. Visages familiers, visages Autres, visages expressifs ou visages statiques de bustes sculptés. Le crayon de l’artiste traque avant tout avec talent les méandres de ces visages, corps, scènes, destins qui s’offrent à lui par le biais, le plus souvent, de la photographie.

L’apparente neutralité des compositions cède vite la place à l’observation de leur instabilité et bien souvent, de leur altération. A y regarder de plus près, cette altération n’est pas seulement le fruit de l’imaginaire de l’artiste mais celui du traitement physique réservé au graphite et aux feuilles de papier calque ou canson. Effacés, gommés, noircis, grattés, déchirés, superposés, traités à l’avers et au revers, parfois repris par des traits mouvementés presque enfantins, souvent traversés de lignes verticales et horizontales, encadrés, isolés ou occultés par d’imposantes formes abstraites. Sur la forme comme sur le fond, matières et sujets se confrontent à l’énergie, aux gestes à la fois académiques et intuitifs du « dessin en marche » de Frédéric Malette. Car le dessin, pour lui, « commence dans le corps »[2], crée un tempo et donne la cadence.

Une cadence soutenue voire acharnée en raison du rythme exigeant de travail auquel l’artiste s’adonne et nourrie par une recherche démarrée il y a quatre ans : celle de « nommer, trouver la persistance d’un mot, « souvenir » »[3] et à travers elle, celle de son identité.

Descendant d’une famille française installée en Algérie sous Napoléon et d’une mère sur laquelle la « guerre sans nom » et le départ inévitable qui a suivi en 1962 ont laissé de douloureuses traces, Frédéric Malette n’hésite pas à se définir comme « un produit de la colonisation française »[4]. Une des séries fondatrices Les bannis , 2013 qui prend l’album familial, celui du grand-père légionnaire notamment, et les récits de sa mère comme point de départ est là pour en témoigner et marque littéralement le début d’une catharsis. « Les images dorment en moi, comme un rêve et demandent juste à être réveillées.

Le dessin (…) sonde ce qui est arrivé avant ma naissance, avant nous, au plus profond de nous pour se libérer, se séparer des êtres qui nous composent, qui sont une partie de nous afin de vivre le présent, de l’habiter, d’en être capable. »[5]

Frédéric Malette puise depuis régulièrement dans les archives familiales pour créer. Dans Les cris silencieux , 2014, il associe le dessin des photographies de l’actualité des printemps arabes à celui de photos de famille prises en Algérie au siècle dernier et questionne les liens entre héritage colonial et réalité d’aujourd’hui en Afrique du Nord.

C’est également le cas des puissants portraits de la récente série La fameuse part des anges , 2016 réalisés à partir de l’image d’un homme originaire du Ghana où sa fa- mille, paternelle cette fois-ci, a vécu un temps. En transformant ce magnifique visage en apparition fantomatique, l’artiste pose la question de la relation à l’étranger et plus généralement de la relation à l’Autre. « Que se passe-t-il quand je regarde autrui face à face ? »[6] se demande le philosophe Emmanuel Lévinas pour qui l’expérience d’au- trui prend la forme du visage.

Cette question fondamentale de l’altérité, plus encore que celle de l’identité dont elle est indissociable, semble sous-jacente à la plupart des préoccupations de Frédéric Malette. Il s’agit là d’une question dont la vive actualité ne saurait par ailleurs nous échapper.

C’est ainsi que Frédéric Malette mène d’incessants aller-retours entre passé et pré- sent, entre la « petite » et la Grande Histoire et s’inspire des récits et des mythologies personnelles pour tenter d’en révéler par le crayon leur dimension collective et universelle. « Une mémoire personnelle qui joue, court, flâne, coupe à travers, qui reste là et puis revient sur notre mémoire collective d’où émerge notre Histoire. ».

Ce faisant, Frédéric Malette passe de la mémoire au dessin, exutoire à un certain traumatisme dont il est le porteur et ce, « afin de vivre le présent, de l’habiter, d’en être capable. Alors se pose sur le papier, un espace, un temps où le mystère de ce qui est, de ce qui a été, de ce qui sera, s’impose. Et comme Dante et Virgile, après le chaos, à la sortie des Enfers, nous pouvons finalement « revoir les étoiles ».

Difficile d’évoquer le travail de Frédéric Malette sans parler de son goût pour les mots. Ceux de Virgile et de Dante mais aussi ceux entre d’autres d’Eschyle, d’Albert Camus, d’Aimé Césaire ou de Jean Giraudoux. Littérature, poésie, théâtre : l’artiste accorde un temps quotidien à la lecture, complément vital à sa pratique du dessin. D’où il aime à extraire la majorité des magnifiques titres de ses œuvres et séries, révélant un champ sémantique privilégié, celui de l’ombre et de la lumière que l’usage des mille nuances du graphite ne saurait renier. Juliette de Gonet

 

.
.
.

.

.

 

.
.
.
Galerie Catherine Putman
40 rue Quincampoix
75004 Paris I
1er étage
T. +33 (0)1 45 55 23 06
.
.
.