« Il suffit d’un grand morceau de ciel » / Galerie Jérôme Pauchant (FR)

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 « Il suffit
d’un grand
morceau de ciel »
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 Terencio GONZÁLEZ
Evan GRUZIS
Lyes HAMMADOUCHE
Nathaniel RACKOWE
Lauryn YOUDEN
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25 mars – 21 mai 2016
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Affiches, bois, sable, vidéo amateur, matériaux de construction, teintures pour textiles, chaque artiste emploie des matériaux bruts ou bon marché pour les sublimer ; de la même manière que la nature, partant des éléments et des matières premières, compose une palette d’univers bigarrés. S’éloignant de la tradition classique de la représentation fondée sur la mimesis, chacun mime les processus de création de la nature elle -même pour engendre r u n paysage à son image.

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Au fil de la déambulation, les échos esthétiques ricochent dans l’espace de la galerie et font passer le spectateur d’un paysage mental à l’autre, d’une méditation à l’autre. Avec ses fonds d’affiches argentines collés sur de grandes toiles de lin enduites de peinture blanche, Terencio González laisse advenir les souvenirs des environnements qu’il a fréquentés et compose des variations vibrantes et lumineuses. Ce phénomène d’éblouissement coloré retrouve l’irisation plus confidentielle des spectres lumineux de Nathaniel Rackowe, néons dissimulés sous des éléments de chantier, ou celle plus prononcée des vidéos croisées d’un coucher de soleil sur la plage de Lauryn You den. Le tranquille va -et -vient des vagues et les remous d’une musique lancinante rappelle tant la portée méditative et la fluidité de s couleurs artificiel le s d’Evan Gruzis , que la force hypnotique du lent mouvement des paysages lunaires et des topographies inversées de Lyes Hammadouche.

L’«embrayeur cosmique » 2 , permettant l’association d’une image abstraite à l’idée de paysage, n’est plus alors concentré dans une simple ligne horizontale qui mettrait en présence la terre et le ciel ; mais dans une approche poétique qui sonde l’inconscient du spectateur . Lointains et impalpables, les paysages vécus – dont les couleurs, les lumières, les mouvements et les impressions perlent sur les rivages de notre imagination -, condensent une présence et une intensité qui force la contemplation et inaugurent l’ ère de l’onirisme moderne : « On rêve avant de contempler. Avant d’être un spectacle conscient tout paysage est une expérience onirique » avait encore souligné Gaston Bachelard 3 . Seule œuvre véritablement figurative, la vidéo de Lauryn Youden s’offre comme la carte postale déformante d’un cliché revisité étrangement proche de l’état de «sommeil paradisiaque » des habitants du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley : au soma, drogue contraignant au bonheur permanent, se substitue l’art, remède fascinant et apaisant saupoudré d’un trait d’humour.

En ces temps tourmentés, il a paru essentiel de rappeler à travers cette exposition que le rêve et la contemplation constituent, encore aujourd’hui , tant une échappatoire pour l’imagination qu’un creuset pour la création. Au terme de ce voyage, les œuvres apparaissent comme un antidote à la rapidité et à la saturation technologique et visuelle du monde, un temps suspendu qui fait raisonner cette phrase qu’Albert Camus écrivait dans ses carnets en 1939: « Il suffit d’un grand morceau de ciel, et le calme revient dans les cœurs trop tendus » 4 .

Raphaëlle Romain Historienne et critique d’art

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Galerie Jérôme Pauchant
61 rue Notre Dame de Nazareth
75003 – Paris
+ 33(0)1 83 56 56 49

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Tuesday – Saturday / 11am – 7 pm

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