Thomas Fougeirol – OP’S / Galerie Praz-Delavallade (FR)

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Thomas Fougeirol
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 Thomas Fougeirol
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OP’S
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Jusqu’au
26.03.16
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Thomas Fougeirol considère l’espace du tableau comme une surface où agir. C’est à ce titre que depuis des années il s’est débarrassé des outils traditionnels de la peinture pour envisager l’acte de peindre en privilégiant notamment le contact avec la toile par l’intermédiaire d’empreintes de tissus, de grilles métalliques… La peinture est ainsi devenue un espace d’expérimentation sans étapes préliminaires ; le geste s’affinant et se précisant à mesure des expériences (nombreuses) qui impliquent inévitablement une production conséquente de toiles pour arriver à la juste adéquation entre le geste et le résultat escompté.

Thomas Fougeirol envisage ainsi le tableau comme un espace qui enregistre et laisse visible les traces du processus créatif. Sa dernière série d’oeuvres ne manque pas à ce registre. Elle résume sa pratique et l’amène dans une direction nouvelle : après avoir créé des gestes d’empreintes qui supprimaient et arrachaient la matière, il réintroduit un excès de matière. Cette matière est celle des restes et des rebuts de l’atelier, soit autant de matériaux déclassés (poussière, morceaux de toile découpés, de verre, fragments de papiers colorés…) que l’artiste réinjecte dans de nouvelles peintures en les emprisonnant dans l’épaisseur de la pâte. Ces réalisations formellement anti-séduisantes appartiennent pleinement à une réflexion sur l’informe dans laquelle les notions de déclassement, de désordre, d’horizontalité ou encore de bas matérialisme sont à l’oeuvre.

Esthétiquement comparables à des murs d’ateliers (ou des sols), elles fonctionnent comme des résurgences d’histoires picturales déstructurées. Mais ce qui est le plus surprenant dans cette nouvelle série, c’est cette dialectique que ces œuvres entretiennent entre le tactile et le visible, instaurant entre les deux un écart inframince que les tableaux de pluie (2011), sorte de fragments de sol lunaire, avaient déjà sous-entendu.

Ainsi, vues de loin, les toiles ressemblent à des expériences photographiques, voire protophotographiques d’images de matières ou de vues de sols. Elles ont perdu leur matérialité au profit d’une platitude qui efface toute texturologie. Alors que vues de près, elles révèlent toute l’hétérogénéité de leur structure et mettent à nu les traces du processus. Cette double perception a de quoi surprendre. Elle fonctionne comme un trompe l’esprit qui nous rappelle que depuis toujours « l’essence de la peinture ne consiste pas seulement à plaire aux yeux mais à les tromper. » (Roger de Piles)

– Valérie Da Costa

Valérie Da Costa est historienne et critique d’art. Responsable de la rubrique « Arts Visuels »de la revue Mouvement de 2007 à 2014, elle a été commissaire invitée, en 2014 et 2015, pour les nouvelles éditions de Vidéodanse au Centre Pompidou dans le cadre du Nouveau Festival. Elle est, entre autres, l’auteur de Ecrits de Lucio Fontana (Ed. Les Presses du Réel, 2013) et Pino Pascali : retour à la Méditerranée (Ed. Les Presses du Réel, 2015).

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Galerie Praz-Delavallade
5, rue des Haudriettes
75003 Paris
T. 01 45 86 20 00
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